La vision est ordinairement diminuée ou perdue
Un autre phénomène peut s’observer dans la choroïde, c’est-à-dire le développement de tubercules dans cette membrane, fait qui est presque pathognomonique de la méningite tuberculeuse. Selon M. Allbutt, ils ne se voient que très-rarement, et quoiqu’il examinât les yeux de tous les malades qui étaient atteints de cette maladie, pendant trois ans il ne les observa jamais. Il examina aussi les yeux de deux malades à l’autopsie sans rencontrer de tubercules. M. Huguenin aussi regarde leur présence comme d’une rareté extrême. M. Jaccoud (1) cependant dit qu’il les a trouvés en deux en 25 cas de cette maladie. Il les a vus comme « des points jaunâtres de la grosseur d’une tête d’épingle environ, au nombre de un, deux ou trois et même plus, situés dans l’hémisphère postérieur de l’œil, à quelque distance de la papille, d’une teinte progressivement grisâtre sur leurs bords, qui se confondent insensi-
(1) Ibid., t. XXII, p. 245.
blement avec la choroïde... » La présence bien et dûment constatée d’un seul tubercule choroïdien donne au diagnostic de la méningite tuberculeuse une cex'titude absolue.
Quand la méningite tuberculeuse survient pendant le cours d’une phthisie confirmée la marche est irrégulière ; elle est ordinairement plus rapide et ressemble davantage à la forme franche. Le diagnostic reposera dans ce cas sur le fait de la tuberculose préexistante et ne sera que rarement difficile. Il ne faut pas insister sur ce que la marche de la méningite tuberculeuse primitive est souvent trèsanormale ; que l’on peut observer au début de la paratysie, de l’aphasie, une perte subite de connaissance, ou du délire, etc ; que les sjmiptômes dits caractéristiques peuvent manquer, et que si on excepte les tubercules de la choroïde, qui ne s’observent que rarement, il n’y a pas de symptôme pathognomonique ; que les désordres de l’intelligence peuvent être peu prononcés, et enfin que la multiplicité des formes dans lesquelles la maladie peut se montrer est telle que le diagnostic peut être un des problèmes les plus difficiles de la médecine clinique.
Dans les deux observations suivantes, on aperçoit comment la méningite tuberculeuse peut simuler une pneumonie ou une fièvre t}rphoïde.
Observation III.
Méningite tuberculeuse. Début insidieux simulant une pneumonie.
Mort. Autopsie.
C. S. .., âgé de 2 ans, est entré le 18 février 1879, à l’hôpital Evelina, dans le service de M. le Dr Baxter.
Ses parents vivaient encore et jouissaient d’une bonne santé. Ils avaient eu dix enfants dont l’aîné était mort de convulsions, le deuxième et le cinquième de pneumonie ; le troisième a été trois fois à l’hôpital pour une maladie pulmonaire.
Nourri par sa mère juscju’à l’âge de 18 mois, 1 enfant était fort et s’est bien porté jusqu’à l’àge de 2 ans. Il y a un mois, il souffrait de céphalalgie et un médecin diagnostiqua « fluxion de poitrine. »
H a été atteint de fièvre pendant deux semaines, d’anorexie et d’amaigrissement. Une toux ne tarda pas à se montrer qui eut la même durée que les symptômes précédents ; enfin il y eut quelques vomissements.
A son entrée à l'hôpital, il était très-amaigri ; il n’y avait pas de dyspnée. A la percussion on ne trouva rien d’anormal. L’auscultation révéla des râles sous- crépitants et de la respiration bronchiale à la partie inférieure du poumon gauche. A droite les bruits étaient normaux. P. 140. T. 38. Resp. 34.
En face des symptômes précédents on diagnostiqua une pneumonie du côté gauche.
Traitement : Cataplasme sur la poitrine. Carbonate d’ammoniaque. Lait.
Le 24. Les râles sous-crépitants ont disparu. Un nouveau symptôme attire l’attention, c’est la tendance de l’enfant à la somnolence. P. 112. T. 38.5. Resp. 40.
Traitement : Du vin, de l’huile de foie de morue.
Le 25. L’état somnolent est tellement augmenté que l’enfant ne reconnaît plus sa mère. Il y a de la constipation, en même temps que des vomissements, qui ont apparu vers le soir. Ces symptômes sont accompagnés d’un grincement de dents assez accentué. Il n’y a pas de convulsions. L’auscultation de la poitrine ne donne que des résultats négatifs. Les parois abdominales sont rétractées. P. 100, T. 38,5. Resp. 28.
Traitement mercuriel (Hydrarg. c. Cretà) et l’huile de foie de morue..
Le 27. Les vomissements et la constipation persistent de même quel’étet comateux. P. 140. T. 37,5
Le 28. L’état comateux persiste mais les vomissements ont cessé. Pupilles égales et réagissant à l’approche de la lumière. Il y a de la constipation. P. 128 (irrégulier). T. 37. Resp. 44, irrégulière.
3 mars. Le coma est moins accentué. On peut provoquer les raies méningitiques qui dans ce cas sont bien nettes. Il n’y a point de paralysie. A l’examen ophthalmoscopique le contour de la papille est diil us du côté gauche. L’enfant crie quand il est touché. P. 120. T. 37.
Le 7. Toujours très-somnolent. L’enfant ne vomit plus et il peut prendre du lait et du vin. Les parois abdominales sont toujours rétractées. P. 120. T. 36,2.
Le 17. La somnolence a persisté jusqu’à aujourd’hui quand il reconnaît son père. Pas de vomissements. T. 37.
Le28. L'enfant estresté plus ou moins somnolent, mais n’a jamais présenté de paralysie. P. 100-120. T. 37-37,5. Resp. 18-23.
Le l01' au 30 avril. Presque pas de changement. Il y a eu des alternatives de somnolence et de coma. L’émaciation a augmenté Des vomissements se sont montrés de temps en temps. Le pouls, la température et la respiration variaient à peu près entre les mêmes limites que dans le mois de mars.
5 mai. I^e petit malade est plus somnolent; il gémit continuellement. Ses pouces sont fléchis vers la paume de la main ; les autres doigts sont aussi dans la flexion et serrés contre le pouce. P. 64, irrégulier. T. 37. Resp. 24.
Le 6. La somnolence persiste. Les doigts se trouvent dans le même état. P. 160. T. 37,5. Resp. 20.
Le 7 . L’enfant est comateux. En examinant les pieds on trouve que les orteils sont fortement tordus du côté interne. Pas de paralysie. P. 120. T. 37,6.
Le 8. La tête est renversée en arrière. Tous les autres symptômes persistent. P. 160. T. 37. Resp. 28.
Le 9. Strabisme externe du côté droit. P. 112. T. 36,5. Resp. 18. Le coma a persisté jusqu’à la mort qui eut lieu à 5 heures du soir.
Autopsie. — Les circonvolutions cérébrales étaient un peu comprimées, mais les méninges qui recouvraient la convexité des hémisphères cérébraux paraissaient saines. En séparant le cerveau de la boîte crânienne, 1 litre environ de sérosité s’est échappé des ventricules. Sur Je tiers postérieur de la base du cerveau la pie-mère paraissait opaque, tandis que dans le tiers antérieur, c'est-à-dire en avant du chiasma des nerfs optiques et dans les scissures de Sylvius, la membrane avait sa transparence normale. La protubérance annulaire, la moelle allongée, et la portion du cervelet qui avoisinait les organes précédents étaient recouvertes d’un exsudât gris, fibrineux, qui atteignait le plus haut degré de résistance sur le cervelet.
Le corps calleux paraissait normal. Le prolongement sphénoïdal
du ventricule latéral paraissait distendu par la sérosité. La membrane qui tapissait le ventricule latéral était recouverte de granulations. L’aqueduc de Sylvius était dilaté. Le corps strié, la couche optique, le tissu du cervelet, ne présentaient rien d’anormal.
Thorax. — Il n’y avait pas de sérosité dans les cavités pleurales. Quelques adhérences du côté droit qui semblaient anciennes. Hémorrhagies sous-pleurales sur le lobe supérieur du poumon gauche et sur le lobe inférieur du poumon droit sur les surfaces postérieures. Deux ganglions bronchiques étaient caséeux dans le médiastin postérieur, et adhérents au lobe inférieur du poumon gauche. Des tubercules caséeux s’apercevaient dans les ganglions. La matière caséeuse était molle. Les bords antérieurs du poumon gauche étaient emphysémateux.
Organes de la digestion. — Les plaques de Peyer étaient injectées et proéminentes. Les glandes solitaires étaient injectées çà et là. Le foie, la rate, les reins et le cœur ne présentaient rien d’anormal.
Observation IV.
Méningite tuberculeuse simulant une fièvre typhoïde.
Mort. Autopsie.
G. C..., âgé de 6 ans, est entré le 18 avril 1875, dans le service de M. le Dr Taylor à « Guy’s Hospital, » Londres.
Sa mère souffre d’ascite. Son père jouit d'une bonne santé. L’enfant a eu trois frères et deux sœurs qui sont morts en bas âge, et il lui reste une sœur qui est souvent malade. L’hiver dernier le malade eut de la bronchite, et pendant le mois de février et de mars il semblait ne pas bien se porter. Le Vendredi-Saint (le I l avril) il paraissait plus malade, souffrant de vomissements, de la fièvre et se plaignant de douleur abdominale. Ces symptômes ne s’améliorant pas, sa mère l’a apporté à l’hôpital. L’enfant a été mal nourri. Depuis le 14 il était constipé, la constipation étant vaincue difficilement aj.t moyen du jalap.
L’enfant est pâle, amaigri. Il n’y a pas de photophobie. Il a des sueurs profuses pendant la nuit. Le ventre est distendu et sonore à la percussion. Pas d’éruption. Il n’existe aucun symptôme de syphilis congénitale ni aux yeux ni sur la peau. Il y a de l’anorexie, les lèvres sont sèches, et la langue est recouverte d’un enduit
blanchâtre. Le malade est constipé depuis cinq jours. On ne trouve rien d’anormal ni aux poumons, ni au cœur au moyen de l’auscultation et de la percussion, mais il y aune toux sèche, fréquente. L’enfant est triste, et sans vivacité, mais son intelligence [tarait normale. L’urine ne contient ni d’albumine, ni de sucre. P. 134. T. 38. Resp. 30.
Traitement. — De la quinine, et comme aliment, 'du lait et du bouillon. Lavement.
Pendant une semaine il n’y avait que peu de changement, la toux et les symptômes fébriles continuaient, la constipation persiste, mais l’abdomen est devenu ballonné. Pas d’éruption.
Le 28. Le malade se plaint de douleur abdominale et de céphalalgie. Pas d’éruption. Pas de tache cérébrale méningi tique. Pas de vomissements. Sur la région précordiale, la matité est étendue à la deuxième côte, et jusqu’au côté droit du sternum, et sur cette région on entend un bruit de frottement. P. 130, régulier. T. 37,6. Resp. 34, régulière.
Le 29. De la diarrhée, les selles étant liquides et jaunâtres. Le bruit de frottement s’entend toujours sur la région précordiale.
1er mai. La diarrhée persiste. Lavement opiacé.
Le 14. Les symptômes fébriles ont toujours continué, le pouls variant de 100 à 140, la température de 37,8 à 39°. La température du soir ne différait que peu de celle du matin, étant parfois 1/20 plus élevée, mais ordinairement abaissée de la même quantité. Le frottement est moins distinct sur la région précordiaie. Pas d’éruption, le ventre est moins ballonné.
Le 17. Le malade est somnolent, et ne veut pas qu’on le touche. P. 96. T. 38°.
Le 19. Le visage est rouge et l’enfant est toujours somnolent, mais son intelligence ne parait pas troublée. Il crie souvent et semble souffrir de la céphalalgie, mettant souvent la main à la tète. Incontinence d’urine. Respiration rude, et des râles muqueux sur la base du poumon droit. Matin, P. 72. T. 37,1. Resp. 30. Soir, T. 38,7.
Traitement. — Par la digitale.
Le 21. Plus somnolent. Pouls irrégulier et intermittent. Du souffle tubaire sur la base du poumon droit. Sueurs profuses pendant le soir. Le muscle droit externe de l’œil du côté gauche semble atteint de parésie. Matin, P. 90. T. 37,2. Resp. 30. Soir, T. 37,3.
Le 22. Toujours somnolent. Les cris d’angoisse sont plus fréquents. Pas d’expression. Il semble exister de la parésie dans le bras du côté droit. Sensibilité normale. L’abdomen est plus rétracté. Matin, P. 80. T. 36,7. Resp. 26. Soir, T. 37,7.
•Le 23. Pouls irrégulier. Pas de changement. P. 100. T. 36,7. Resp. 26. Soir, T. 38,6.
Le 24. Plus somnolent. Le pouls est très-faible. Matin, P. 120. T. 36,1, Resp. 20. Soir, T. 38,4.
Le 23. Le malade est plus somnolent et ne paraît pas comprendre ce que l’on lui dit. P. 144. T. 38,3 Resp. 36.
Le 26. Le pouls très-faible et dicrote. La face est pâle et amaigrie. J1 y a de la diarrhée et les selles contiennent du sang. En place on entend des râles muqueux sur les poumons ; l’expiration est rude et ça et là il y a de la matité à la percussion. Le malade paraît être clans un état de réflexion ayant son regard fixe d’un côté ou de l’autre mais ne paraissant pas être impressionné de ce qu’il voit (I). P. 130. T. 37,4. Resp, 70. Soir, T. 38,4.
Le 27. Le malade est sans connaissance. Les yeux sont cernés. Le face est plus amaigrie, et l’abdomen est ballonné. Il y a de la carpbologie, et des soubresauts des tendons. P. 170. T. 38,4. Resp. 70.
Il succombe le soir.
Autopsie. — Quand le cerveau était enlevé delà cavité crânienne on observait dans la pie-mère des granulations de chaque côté de la scissure interhémisphérique, et par place sur la face latérale des hémisphères. Il y avait çà et là des exsudats inflammatoires, surtout autour de la scissure de Rolando du côté gauche. On observait aussi des granulations le long des vaisseaux sur la base du cerveau, sur lelozange limité parles bandelettes optiques et par les pédoncules cérébraux, et le long des artères cérébrales moyennes clans les scissures de Sylvius. Il y avait des exsudats inflammatoires dans les mêmes parties, et la pie-mère semblait épaissie. La membrane ventriculaire et les plexus choroïdes paraissaient sains.
Poumons. — Quelques-uns des ganglions bronchiques étaient caséeux. Les plèvres et les deux poumons étaient infiltrés de granulations.
Cœur. — Le péricarde était adhérent au cœur et recouvert de
(1) Nouv. Dict. de méd. et de chir. prat., vol. XXII, p. 239.
granulations. Les valvules aortiques parassaient épaissies ; les autres valvules du cœur étaient saines.
Reins. — La région corticale du rein gauche contenait des granulations. Le rein droit paraissait sain.
Le foie paraissait sain.
Tube digestif. — Des ulcères larges et dirigés transversalement se trouvaient dans le cæcum et dans la partie inférieure de l’intestin grêle. Dans l’appendice iléocœcal on trouvait aussi des ulcères et du pus concret. Sur le péritoine recouvrant les parties de l’intestin qui étaient élevées on trouvait des granulations.
La rate paraissait saine.
On peut observer à propos de ce malade qu’il présentait les lésions concomitantes les plus ordinaires de la méningite tuberculeuse, c’est-à-dire des tubercules dans le péritoine, les plèvres, le péricarde et le rein. Qu’il démontrait que l’hémorrhagie intestinale peut coexister avec la méningite tuberculeuse à cause des ulcères tuberculeux dans le tube digestif et que cette hémorrhagie n’est pas caractéristique de la dothiénentérie. Dans les deux ou trois derniers jours de la maladie il présentait la condition méditative sur laquelle M. Jaccoud a insisté (1) en disant : « Au bout d’un temps variable les malades tombent dans un état de calme extrêmement singulier, que l’on n’observe que dans la méningite tuberculeuse; ils n’ont plus l’apparence de dormir, mais ils ont l’air d’être plongés dans une profonde réflexion ; ils ont les yeux ouverts, les globes oculaires immobiles, et le regard dirigé vers un objet qu’ils paraissent regarder par distraction et sans le voir, comme il arrive souvent à ceux qui, dans l’état de santé, sont soudainement absorbés par une réflexion sérieuse et qui dirigent machinalement leur regard vers un objet qu’ils ne regardent pas en réalité.
(1) Ibid., p. 239*
L’hydrocéphalie aiguë ( Hydrocéphalies acutus sine tu berculis). — Lorsqu’on eut trouvé que l’épanchement ventriculaire n’était pas le phénomène essentiel de la méningite tuberculeuse, le terme hydrocéphalie aiguë commença. à perdre sa place parmi les maladies. Dans certains cas cependant on trouve encore cet épanchement ventriculaire, c’est-à-dire dans les maladies qui sont accompagnées d’hydropisies généralisées, surtout après la scarlatine. On la trouve encore dans certaines affections cérébrales (tubercules, tumeurs, etc.) et dans les cas décompression des veines qui rapportent le sang du cerveau.
L’hydrocéphalie est alors symptomatique.
L’existence de l’hydrocéphalie aiguë essentielle est incertaine quoique plusieurs exemples soient cités par divers auteurs (MM. Rilliet et Barthez, M. Bouchut). MM. Rilliet et Barthez ont dit en parlant de cette maladie (1) : « Nous ne trouvons pas remplies dans ces observations toutes les conditions... qui sont indispensables pour résoudre ce problème. L’examen des urines en particulier est indispensable, et nous appelons spécialement l’attention des médecins sur l’importance de cet examen toutes les fois qu’il existe des symptômes cérébraux chez les enfants. » M. Huguenin (3) appelle cette maladie la leptoméningite, établissant les causes qui la produisent, mais reconnaissant que les symptômes peuvent être iden- , tiques avec ceux de la méningite tuberculeuse.
Nous commencerons maintenant l’étude du diagnostic différentiel en la distinguant d’abord de la variété franche.
Méningite franche. — Cette maladie est franchement
(1) Mal. des enfants, t. Il, p. 150.
(2) Encyclopedia of the practice of medecine.
aiguë, différant ainsi de la forme ordinaire de la méningite tuberculeuse. Elle s’en distingue dans la grande majorité des cas par les particularités suivantes.
Il n’y a ni prédisposition héréditaire, ni tuberculose dans la famille, ni antécédents scrofuleux (glandes engorgées, etc.) chez le malade. Il n’y a pas de période prodromique, et « les constitutions les plus robustes sont plus particulièrement exposées à la maladie » (Rilliet et Barthez), la méningite franche primitive survenant surtout chez ceux qui jouissent d’une bonne santé.
La marche est plus rapide, l’intelligence étant abolie à une période précoce de l’affection, tandis que dans la variété tuberculeuse la marche est plus lente et l’intelligence ne se perd que vers la fin de la maladie.
Le diagnostic cependant n’est pas toujours impossible: 1° A cause des circonstances dans lesquelles la maladie se montre, c’est-à-dire après une scarlatine antérieure.
2° L’hydropisie se montre dans une autre partie du
corps.
3° La céphalalgie est moins prononcée ; les vomissements et la constipation manquent ordinairement (Jaccoud) (1).
4° L’albuminurie coexiste..
Maladie hyclrocéphaloïde (Spurious hydrocephalus) de Marshall Hall.
Cette condition résultant de l’épuisement des puissances vitales produites par le sevrage prématuré, la diarrhée, la mauvaise alimentation ou une cause quelconque qui afffaiblit les malades produit parfois des S3rmptô-
(1) Ibid., t. XXII, p. 260.
mes semblables à ceux de la méningite tuberculeuse. Marshall Hall (1) a premièrement distingué la fausse de la vraie méningite, et ses observations ont été confirmées plus tard par Abercrombie, par Gooch etpar Watson.
Deux périodes s’observent:
1 0 La période d’excitation caractérisée par l’amaigrissement, l’irritabilité, l’état fébrile, les vomissements, la sensibilité à la lumière et aux bruits, les gémissements et les soupirs qui accompagnent le sommeil, les cris plaintifs et la diarrhée.
2° La période de dépression caractérisée par de la somnolence, un pouls faible, des pupilles dilatées et n’agissant pas promptement sous l’influence de la lumière, et parfois des convulsions. La langueur s’accroît, le pouls devient de plus en plus faible, la sommolence se convertit en assoupissement qui est suivi du coma et de la mort.
La connaissance de cette forme de pseudo-méningite produite probablement par l’anémie cérébrale est importante parce que les symptômes ne sont pas pathognomoniques. Il faut demander l’histoire de l’enfant depuis sa naissance, à quel âge il était sevré, s’il souffre de la diarrhée, s’il vomit immédiatement après ses aliments ou quand l’estomac est vide, et seulement alors on peut penser à la méningite vraie (West) (2).
Thrombose des sinus de la dure-mère. — La thrombose des sinus cérébraux peut résulter soit d’un affaiblissement de la circulation, soit d’une phlébite. Ainsi la diarrhée des enfants, la mauvaise alimentation d’un côté, et la carie de la portion pierreuse de l’os temporal oud’unautreoscrànien, de 1 autre, ou des furoncles sur la face sont les causes prin-
(1) Marshall Hall. Diseases and dérangements of the nervous System. London, 1841, p. 153.
(2) Diseases of infancy and childhood, p. 100.
Lubbock. 4
cipales de cette thrombose. La première variété peut produire de l’affaissement, de la somnolence et du coma, comme l’anémie cérébrale dans la maladie hydrencéphaloïde de Marshall Hall ; mais, dans cette dernière maladie, les désordres moteurs sont rares, tandis que dans la thrombose dyscrasique le spasme des muscles cervicaux postérieurs, du dos et même des muscles des extrémités sont constants. On a observé aussi du nystagmus, du ptosis, de la parésie des muscles de la face. Cet état se trouve surtout de 1 à 6 mois. Ainsi ces symptômes indiquent, selon Nothnagel (1), à cet âge une thrombose des sinus plutôt que de l’anémie cérébrale, quoique ces deux affections, le plus souvent, coexistent. Parfois les veines en dehors du crâne qui communiquent avec le sinus sont gonflées, et dans ce cas le diagnostic est plus facile. On a parlé aussi de l’épistaxis, de la transpiration exagérée sur la peau du front, du cou et de la poitrine (2) (Fritz), comme des phénomènes importants par rapport au diagnostic, ainsi que de la cyanose du visage avec dilatation des veines temporal es et de l’épistaxis.
Quand le sinus latéral est affecté la veine mastoïdienne ne peut plus se vider et la peau derrière l’oreille deviendrait oedémateuse. Si le sinus caverneux est occupé par les caillots, l’hyperémie veineuse du fond de l’œil, l’œdème des paupières et de la conjonctivite, et l’exophthalmie s’observent ; l’irritation ou la paralysie des nerfs qui avoisinent ce sinus (3), de l’ophthalmique, du pathétique ou du moteur oculaire commun ou externe pourraient en résulter. La fontanelle antérieure, déprimée à cause de l’affection préexistante, peut encore devenir saillant )f le crâne agrandi,
(1) Cyclopedia of the Practice of medecine. Dr H» von Ziemssen t. XII, p. 209.
(2) Bulletin de la Société anatomique, 1860, p. 77.
(3) D’Espine et Picot. Mal. de l'enfance, p. 225.
et le volume de la tête augmenté comme dans l’hydrocéphalie chronique, soit à cause de la sérosité accumulée dans les ventricules, soit à cause d’une hémorrhagie méningée ou cérébrale produite par la thrombose des sinus cérébraux.
Conclusion. — 1° Si la diarrhée, la mauvaise alimentation ou une autre cause affaiblissante est suivie de somnolence et de coma, surtout avec des spasmes musculaires ou de la paralysie chez un enfant de 1 à 6 mois , la thrombose des sinus cérébraux peut être soupçonnée.
2° L’œdème derrière l’oreille indiquerait que le sinus latéral est affecté, et si c’est le sinus caverneux, on verra l’hyperémie du fond de l’œil, l’œdème des paupières, l’exophthalmie et l’irritation ou la paralysie des nerfs voisins.
3° L’hydrocéphalie peut résulter de cette condition.
La thrombose phlébitique résultant du traumatisme, de la carie des os du crâne ou de furoncles sur la face produit des symptômes ressemblant à ceux de l’infection purulente, une maladie qui sera considérée dans les pages suivantes.
La dentition difficile. — On a supposé que la dentition difficile et pénible produit parfois des convulsions chez les .jeunes enfants. D’autres auteurs (M. Ramskill), cependant, pensent que les convulsions de la dentition difficile sont plutôt produites par une alimentation grossière ou insuffisante que par la dentition, mais que, survenant au même moment que les dents percent les gencives, on les a attribuées à tort à la dentition. Une troisième opinion, qui semble plus exacte, est que les convulsions sont produites par les deux causes; la cause prédisposante serait la mauvaise alimentation, le rachitisme, tandis que la dentition difficile est la cause excitante des symptômes cérébraux. Ainsi
mmi
en incisant les gencives pour que la dent sorte plus facilement les convulsions s’arrêtent souvent à l’instant même. MM. Rilliet et Barthez (1) ont insisté sur la difficulté de distinguer les symptômes nerveux résultant de cet état et de la méningite. M. Jaccoud, cependant, dit qu’une observation attentive permettra d’établir le diagnostic différentiel. Ainsi le délire, les spasmes, les contractures et les paralysies de la méningite sont ordinairement absents, et les symptômes qui s’observent indiquent plutôt une hyperémie qu’une méningite cérébrale.
M. Jaccoud (2) dit encore que « l’examen attentif de la bouche, l’absence de soupirs, l’intensité et en même temps l’irrégularité de la fièvre, la coloration très-vive de l’une des joues, la facilité des évacuations par de légers minoratifs sont les signes différentiels les plus importants. » 11 ne faut pas oublier cependant que la méningite tuberculeuse et la dentition laborieuse peuvent coïncider et que l’existence d’une de ces affections n’empêche pas le début de l’autre.
Troubles digestifs. 1° Embarras gastrique. — MM. Rilliet et Barthez (3) ont dit que les symptômes produits par l’embarras gastrique ressemblaient à ceux de la période prodromique de la méningite tuberculeuse. La céphalagie, une fièvre peu intense, des vomissements, de la constipation, peuvent exister dans les deux maladies ; mais, en dehors de la céphalalgie, les symptômes nerveux de la méningite tuberculeuse manquent dans l’embarras gastrique. La bouche pâteuse, la langue blanche, la douleur à l’épigastre
(1) Ibid., t. III, p. 588.
(2) Ibid., p. 255.
(3) Mal. des enfants, t. I, p. 731.
indiquent au début une maladie gastrique, tandis que la prédisposition héréditaire à la tuberculose, le regard hostile, la constipation opiniâtre, la céphalalgie intense de la méningite tuberculeuse sont absents. L’administration d’un vomitif dissipera les doutes.
2° Catarrhe intestinal. — Les troubles intestinaux peuvent encore produire les vomissements, l’agitation, la rétraction de l’abdomen, les spasmes dans les membres qui se trouvent chez les malades à la première période de la méningite tuberculeuse. Plus tard, si le malade se rétablit de ce malaise, la température s’élève, la somnolence se montre et l’enfant tombe dans une condition d’abattement accompagnée de gémissements et de cris ressemblant aux cris hydrencéphaliques. Le catarrhe intestinal se distingue cependant par la diarrhée qui prend la place de la constipation de la méningite, la maladie ressemblant plutôt au choléra qu’à une maladie cérébrale. Les contractures localisées, le délire, la céphalalgie intense de la méningite font défaut et les symptômes indiquent un état maladif produit par une cause débilitante, plutôt qu’une inflammation. La pseudo-méningite ou la maladie hydrocéphaloïde de Marshall Hall qui peut en résulter a été déjà étudiée.
Vers intestinaux. — « Toutes les fois, dit le professeur Jaccoud (1), qu’un enfant présente des phénomènes cérébraux à marche lente, il convient, avant de porter le diagnostic : méningite tuberculeuse, d’administrer à une ou deux reprises un fort vermifuge; les helminthes pouvant donner lieu à l’ensemble des accidents qui constituent la période prodromique de la maladie (méningite tuberculeuse), tout rentre dans l’ordre après l’expulsion des para-
it) Ibid., p, 259.
sites. Ce précepte pratique ne doit jamais être transgressé. » Que l’affection vermineuse puisse, selon les auteurs, provoquer les symptômes de la période prodromique de la méningite tuberculeuse, cela n’est pas étonnant quand on parcourt l’histoire, donnée par M. Davaine (1), des accidents que la médecine ancienne a attribués à la présence des vers-intestinaux dans le tube digestif. Ainsi l’aliénation mentale, la manie, l’hystérie, la catalepsie, le tétanos, la chorée, les convulsions épileptiformes, la paralysie, la surdité, la cécité, la dysentérie et une foule d’autres maladies étaient supposées la conséquence de leur présence dans le tube digestif. Guersant (2) pensait que ces affections n’étaient pas ainsi produites et que les symptômes étaient plutôt produits par une maladie du cerveau, du poumon ou d’un autre organe. Qu’une pseudo-méningite puisse cependant dépendre de leur présence dans le tube digestif, cela est démontré par le fait que les symptômes disparaissent après l’expulsion des parasites au moyen d’un anthelmintique Ainsi la tristesse, les vomissements, la perte d’appétit, le pouls inégal et irrégulier comme dans la méningite tuberculeuse, même l’abattement et la somnolence peuvent induire en erreur. Un anthelmintique est administré : des lombrics ou peut-être des oxyures (3) sont expulsés, et les symptômes cessent. Cependant l’absence de céphalalgie, du mâchonnement, des cris hydrencéphaliques, et ordinairement de la constipation qui, si elle existe, cède facilement à l’influence d’un léger purgatif, indique la nécessité d’administrer un anthelmintique pour éclairer le diagnostic.
Congestion hépatique. — Rilliet et Barthez ont parlé de
(1) Traité des entozoaires, etc. Paris, 1877, p. 53.
(2) Dict. de méd., t. XXX, p. 66.
(3) Diseases of Infancy and Chilchood. West, p. 673.
la ressemblance des symptômes produits par Informe apyrétique de la congestion hépatique à ceux de la première période de la méningite tuberculeuse. MM. Bouchut et West ne décrivent pas cette congestion, et Rilliet et Barthez eux-mêmes disent que l’affection est fort rare et qu’ils n’ont pu trouver d’observations dans les recueils périodiques (1).
« La lenteur et l’irrégularité du pouls », disent ces auteurs, « les nausées continuelles, les vomissements, la constipation, les changements de coloration du visage, l’abattement qui va quelquefois jusqu’à la somnolence simulent à s’y méprendre la première période delà méningite. »
Ils la distinguent par l’absence « en général de la céphaalgie, et presque toujours les soupirs, les grincements de dents, l’irrégularité delà respiration manquent, et l’assoupissement quand il existe est loin d’être aussi profond que celui de la méningite. »
La tuméfaction du foie, la douleur dans l’hypochondre droit, la soif intense, la couleur foncée des urines, et surtout l’ictère, quand il se montre, paraissent être d’autres points de différence.
Pneumonie lobaire aiguë des enfants. — Cette maladie peut produire au début des symptômes cérébraux, de sorte que le vrai caractère de la maladie soit caché. L’enfant a de la fièvre ; des vomissements, des convulsions peuvent se montrer faisant soupçonner de la congestion cérébrale produite par une maladie de l’encéphale, et non ce qui existe : une hyperémie méningée sympathique de la maladie pulmonaire.
(1) Ibid., vol. Il, p. 23.
La constipation, la céphalalgie sont d’autres points de ressemblance avec la méningite et l’enfant, s’il peut parler, ne se plaint parfois que du mal de tête. Il y a à peine de la toux.
Les vomissements cependant sont moins persistants que dans une maladie cérébrale, il n’y a ni les nausées, ni l’irritabilité gastrique qui existe au début de la méningite. Les selles sont naturelles.
La langue est d’une couleur rouge plus foncée, le pouls est plus fréquent, la température plus élevée que dans la méningite, la chaleur s’observant sur le tronc plutôt que sur la tête. Le malade se plaint encore d’une soif tourmentante. L’auscultation révélera bientôt la véritable affection. Si la possibilité de cette ressemblance est oubliée, et si ce moyen d’investigation n’est pas pratiqué la maladie ne se reconnaîtra peut-être qu’après la mort.
Le D1' West (1) insiste particulièrement sur cette erreur.
Fièvre typhoïde. -■ La fièvre typhoïde des enfants présente parfois, comme la même maladie chez l’adulte, des symptômes qu’il est à peu près impossible de distinguer de ceux de la méningite tuberculeuse. Ainsi la maladie peut débuter par un changement de caractère, de la céphalalgie, de l’anorexie, de la faiblesse et de la fièvre légère cet état durantun ou plusieurs jours. Des vomissements (rarement), de la constipation, et du délire tranquille ou bruyant se présentent, bientôt suivis de somnolence. Le pouls devient parfois irrégulier, intermittent et inégal, la respiration irrégulière. Dans la plupart des cas on distinguera cependant cette maladie de la méningite tuberculeuse par les symptômes suivants :
• (1) Ibid., p. 838.
1° Les vomissements, la céphalalgie et la constipation manquent ordinairement Quand ils existent les vomissements sontplus légers, la céphalalgie est moins intense, la constipation moins opiniâtre que dans la méningite tuberculeuse.
2° Les taches rosées lenticulaires, la fièvre prononcée, la soif vive, la langue blanche, le ballonnement du ventre, la tuméfaction de la rate, la toux et les râles qui s’entendent à l’auscultation de la poitrine sont d’autres points distinctifs de la maladie.
3° L’absence ordinaire de spasmes, de contractures, de paralysies localisées est une autre indication.
4° Le pouls se maintient élevé dans la dothiénentérie.
5° M. le Dr Bouchut (1) insiste sur la valeur de l’examen ophthalmoscopique, disant que « la congestion péripapillaire, l’œdème partiel delà papille avecdilatation, laflexuosité et les caillots des veines de la rétine » qui se trouvent dans la méningite tuberculeuse ne se présentent pas dans la fièvre typhoïde.
Typhus. — Le typhus, une maladie qui survient surtout de 15 à 25 ans (2), se développe parfois chez les enfants, et dans ce cas la maladie est presque toujours exceptionnellement légère. Ordinairement le malade a été exposé à l’infection, et dans une famille les plus âgés sont ordinairement les premiers atteints (3).
Les symptômes qui se présentent sont les mômes que chez l’adulte, et le diagnostic différentiel sera discuté quand nous parlerons de la méningite à cette époque de la vie.
(1) Ibid., p. 1004.
(2) Treatise on continued fevers. Murchison, p. 63.
(3) Diseases of children. Hillier, p. 343.
Variole. — Quand la variole survient chez un enfant les vomissements sont ordinairement répétés et pénibles, persistant pendant 24 ou 48 heures (1). L’enfant ne se plaint pas de douleur lombaire, mais en revanche les troubles cérébraux sont plus accentués. Ainsi la somnolence et la stupeur plutôt que le délire sont fréquentes et des convulsions peuvent se montrer alternant peut-être avec le coma pendant 24 ou 36 heures. La fièvre coexiste. Ces symptômes ont quelque ressemblance avec ceux de la méningite tuberculeuse, mais leur début est plus brusque; le grincement des dents, les spasmes et les contractures localisées et les autres symptômes nerveux de cette maladie font défaut, et la diarrhée est habituelle chez l’enfant au lieu de la constipation. On peut remonter jusqu’àl’infection, ou en tout cas l’éruption pustuleuse paraîtra le troisième ou le quatrième jour, ou les taches rouges scarlatiniformes qui la précèdent parfois, surtout dans la variole modifiée.
Scarlatine. — Nous avons déjà insisté sur la difficulté de distinguer la scarlatine maligne de la méningite franche quand elle présente des accès convulsifs. La question peut encore se présenter par rapport à la forme tuberculeuse. La scarlatine maligne peut produire chez l’enfant d’autres symptômes nerveux, par exemple l’affaissement dont le petit malade sort pour retomber encore dans un état d’épuisement qui est suivi de la mort, ou encore du délire doux ou bruyant, accompagné d’un pouls rapide et faible, de la carphologie, du tremblement musculaire qui se terminent par la mort (West) (2).
Le début de ces symptômes est encore plus brusque, leur
(1) Diseases of Infancy and Cihldhood. West, p. 757.
(2) Ibid., p. 782.
caractère plus aigu, la fièvre plus vive que dans la méningite tuberculeuse. L’étiologie du mal éclairera ordinairement le diagnostic ; l’angine, la langue blanche, et enfin l’exanthème étant d’autres points de distinction. Le grincement des dents, les spasmes et les contractures localisées qui se montrent dans la première période delà méningite tuberculeuse sont ordinairement absents.
Tuberculose des autres organes. — Un enfant se présente, souffrant d’une fièvre continue ou rémittente; la température reste élevée pendant plusieurs jours et on ne trouve point d’inflammation locale. Qu’est-ce qu’il y a? Cette difficulté se rencontre assez souvent et le Dr Ringer (1) pense que si les symptômes fébriles persistent pendant deux semaines et la fièvre intermittente ou une inflammation locale n’existent pas, la fièvre typhoïde ou la tuberculose sont indiqués. Il sera rappelé que la tuberculose pulmonaire ne présente pas les mêmes symptômes chez l’enfant que chez l’adulte.
L’auscultation et la percussion peut-être ne révèlent rien, le poumon étant néanmoins infiltré de granulations tuberculeuses.
L’hémoptysie ne se produit que rarement. Il n’y a ni les crachats ni les sueurs profuses qui se montrent chez l’adulte. La toux est rare et légère, mais en même temps l’enfant maigrit; il y a de l’anorexie, et souvent des douleurs vagues dans l’abdomen ou dans la poitrine. La fièvre persiste, l’enfant est affaibli, perdant son appétit et ses forces; il devient maussade et n’aime plus les jeux et les amusements. On reconnaît ici quelques-uns des symptômes prodromiques de la méningite tuberculeuse, mais les deux maladies ne doivent pas se confondre. Dans cette der-
(1) Diseases of children. Hillier, p. 115.
nière maladie « la fièvre est en général absente, ou tout au moins très-fugace et très-irrégulière (1). » Dans la période prodromique, la céphalalgie (2), la constipation, les vomissements provoqués surtout par les mouvements et indépendants de toute alimentation, les cauchemars, les secousses musculaires, et plus tard le pouls et la respiration irréguliers, les contractures, les paralysies de la méningite servent encore à distinguer cette maladie de la tuberculose des autres organes.
La tuberculisation des ganglions mésentériques (le carreau), qui se montre parfois de 5 à 10 ans, se distingue encore par la diarrhée, la tuméfaction du ventre et surtout par la sensation des tumeurs dures, marronnées dans le voisinage de l’ombilic ou vers les flancs.
La tuberculisation des ganglions bronchiques se distingue par la toux qui ressemble à celle de la coqueluche, par la matité à la percussion sur la partie supérieure du sternum, et peut-être dans la région interscapulaire si les ganglions du médiastin postérieur sont envahis. Des symptômes de compression peuvent encore exister, comme l’œdème du cou, de la face ou des membres supérieurs (veine cave supérieure), la dysphagie (œsophage), ou une altération du timbre de la voix, ou des accès de dyspnée (nerf récurrent), ou des accidents d’asphyxie (nerf vague).
Pachyméningite des enfants. — En parlant de la méningite franche nous avons déjà considéré la pachyméningite, et c’est avec cette dernière maladie plutôt qu’avec la méningite tuberculeuse qu’elle se confondrait. Les accès convulsifs (3) presque constants dans la pachyméningite ne se
(1) Rilliet et Barthez, t. III, p. 472.
(2) Diseases of children, p. 116.
(3) D’Espine et Picot. Mal. de l’enfance, p. 228.
produisent que vers la fin de la méningite tuberculeuse, ou s’ils se développent à une époque plus précoce dépendent plutôt de tubercules cérébraux que de la méningite (Rilliet et Barthez).
La maladie est encore plus aiguë, la fièvre plus vive que dans la forme régulière de la méningite tuberculeuse, tandis que la céphalalgie, les vomissements, la constipation, symptômes qui caractérisent la méningite, ne s’observent que rarement dans la pachyméningite (Legendre).
L’absence de prédisposition héréditaire aux antécédents scrofuleux chez le malade et la présence de contracture permanente des pieds et des mains, symptôme pathognomonique de la pachyméningite (Legendre), servent encore à distinguer ces deux maladies.
Infection purulente. — L’infection purulente peut offrir des points de ressemblance avec la méningite tubercu leuse. Lorsqu’elle existe comme complication d’une maladie chirurgicale accompagnée de suppuration, cette affection ne doit pas être méconnue, mais lorsque la cause est moins manifeste, la méprise n’est pas impossible. L’otite interne, un abcès peut-être interne ou sous le périoste, l’endocardite ulcéreuse, un abcès dans la peau même ou une maladie fébrile, surtout la fièvre typhoïde, la rougeole ou la scarlatine, peuvent être le point de départ de l’infection (1). L’état maladif, la faiblesse, les vomissements, la fièvre, la somnolence, le subdélirium semblent indiquer une maladie cérébrale ; et chez les enfants le frisson initial est souvent absent. La ressemblance cependant n’est
qu apparente et une observation attentive préviendra l’erreur.
(1) Trousseau. Clin, méd. de THôtel-Dieu, t. I, p. i56. Millier. Diseases ol children, p. 209.
1° La cause de l’infection (l’otite, l’abcès, la fièvre, etc.) démontrera presque toujours la nature de la maladie.
2° la teinte jaunâtre, les sueurs abondantes, la diarrhée, le peu d’intensité des symptômes nerveux serviront encore pour la distinguer.
3° Les abcès qui se forment dans les articulations, la pneumonie ou la pleurésie compliquant la maladie seront d’autres indications.
4° Le pouls quoiqu’il puisse devenir intermittent et irrégulier ne se ralentit pas.
Tubercules du cerveau ou les autres tumeurs cérébrales. — L’existence de produits tuberculeux dans l’encéphale, qui n’est pas très-rare de 3 à 7 ans, peut donner naissance à des symptômes semblables à ceux de la méningite tuberculeuse. Les tubercules existent souvent à l’état tout à fait latent (1) et ne produisent aucun symptôme; ils annoncent parfois leur présence d’une manière subite par des symptômes cérébraux violents et manifestes à cause du ramollissement de la pulpe environnante ; souvent encore ils s’annoncent par des symptômes presque identiques à celles de la méningite tuberculeuse. Ainsi la céphalalgie est souvent un des premiers symptômes, ou, si l’enfant a moins de 2 ans, il n’y aura peut-être que de l’irritation, de la somnolence et des cris plaintifs. S'il existe de la céphalalgie la douleur augmente de temps en temps, les exacerbations douloureuses étant accompagnées de vomissements sans trouble digestif. Le pouls peut être irrégulier.
Des convulsions générales ou localisées indiquent le plus souvent le début de la maladie, qui sont suivies de faiblesse musculaire ou de paralysie, et si la céphalalgie
(1) Gri&olle. Path. interne, t. II, p. 513.
coexiste ces symptômes sont importants par rapport au diagnostic (Rilliet et Barthez). La perte de la vue, le strabisme qui se montrent parfois vers le début de la maladie doivent encore être notés.
Le diagnostic de cette affection reposera sur les faits suivants :
1° Les convulsions du début chez un enfant de 3 à 7 ans, intenses, épileptiformes et suivies de paralysie ou plusrarement de contracture (Rilliet et Barthez).
2° La céphalalgie intense, lancinante, intermittente qui souvent existe au début est encore plus ou moins caractéristique.
3° L’amaurose peut encore s’observer à une période précoce de la maladie.
4° L’examen ophthalmoscopique pourra servir encore à éclairer le diagnostic en indiquant l’absence de la méningite tuberculeuse (M. Bouchut) (1).
La marche de la maladie est ordinairement chronique, mais parfois elle est aiguë, ne durant que quelques jours et présentant des convulsions rapidement suivies de somnolence, de coma profond et de la mort. De la paralysie, des contractures, ou d’autres accidents nerveux peuvent être observés dans l’intervalle des convulsions. Le dia-
gnostic des tubercules cérébraux de la méningite tuberculeuse dans ce cas peut être impossible.
D’ailleurs il ne faut pas oublier que les tubercules cérébraux coexistent souvent avec la méningite tuberculeuse.
Les hydatides s’observant en général à l’âge de 10 à 20 ans (2) peuvent exister dans le tissu de l’encéphale et produisent des symptômes de compression ressemblant à
(1) Bouchut. Mal. des nouveau-nés, p. 188.
(2) Rristowe. Theory and Praot. of medecine, p. 1020.
ceux qui sont amenés par des tubercules (1). Dans ce cas cependant il n’y aura pas de diathèse tuberculeuse, et les mêmes entozoaires peuvent exister dans le foie, dans les poumons, ou dans un autre organe (obs. IV).
On peut aussi trouver des tumeurs sarcomateuses dans l’encéphale des enfants, produisant des smptômes analogues, mais les tubercules sont les plus fréquentes de toutes les tumeurs cérébrales qui se développent à cette période de la vie (obs. Y).
Observation V.
(Rédigée d’après les notes prises sur les registres de Guy’s Hospital,
Londres).
Kyste hydatique du cerveau et du poumon. Mort. Autopsie.
P... H..., âgée de 9 ans, est entrée le 9 janvier 1878 dans le service de M. le Dr Pavy, à Guy’s hospital, Londres.
Son père est mort du rhumatisme. Pas d’affection cérébrale dans la famille, mais sa sœur aînée, âgée de 23 ans, a des attaques de chorée.
Les antécédents de la malade sont bons, elle s’est toujours bien portée ; elle était vive et intelligente jusqu’au commencement de la maladie.
Il y a environ deux mois qu’elle eut de la céphalalgie, et que ses idées devinrent parfois incohérentes. Depuis ce moment la céphalalgie a continué, et elle s’est plaint d’une sensation de froid; ses pieds étaient toujours froids. Sa mère trouve que la tète est augmentée de volume depuis le commencement de la maladie (son chapeau était devenu trop petit). Elle a eu de la constipation. Il y a quatorze jours qu’elle commençait à marcher en traînant la jambe droite.
La malade n’est pas amaigrie. En marchant, elle tire derrière elle la jambe droite et se penche vers le môme côté. Au lit, elle peut mouvoir les deux extrémités inférieures et la sensibilité parait normale partout. Les pupilles sont dilatées et égales.
(1) Grisolle. Path. int., t. II, p. 655.
Poumons. — Quelques râles soufflants s’entendent à la base du poumon gauche. Percussion normale.
Cœur, foie, rate. — Rien d’anormal n’est paru.
tJ janvier. Elle tire sa jambe gauche derrière elle. Ne peut pas se tenir debout. La force delà main gauche paraît amoindrie. Elle se plaint de céphalalgie et la marche semble la fatiguer.
Le 14. La céphalalgie est très-intense. Elle a des vertiges pendant lesquels elle ne peut plus se tenir debout.
Le 15. Amélioration. Pas de céphalalgie. T. 36,6.
Le 21. Elle peut marcher en vacillant sans tirer Tune ou l’autre jambe. Hyperémie de la rétine des deux côtés. Incontinence des matières fécales.
6 février. Quand elle marche, son pied droit est dirigé en avant, le pied gauche étant tourné en dehors presque à angle droit ; avant de marcher, elle regarde le plafond comme si elle voulait comprendre d’abord où elie est. La main gauche est toujours plus faible que la droite. Ne se plaint que rarement de la céphalalgie,
Le 21. Pas de changement notable. Marche moins bonne aujourd’hui. Elle s’arrête à tout moment, semblant faire un grand effort pour recommencer sa promenade. P. 130.
Le 27. Hémoptysie ce matin la malade rend plusieurs grammes de sang rouge et spumeux. Des râles muqueux s’entendent au sommet du poumon droit.
Le 28. Se porte mieux. Les râles s’entendent toujours dans le poumon droit
lor mars. Incontinence d’urine. Encore de la céphalalgie. Temp. 36,6.
Le 8. Elle traîne toujours la jambe gauche en marchant. La tète est souvent renversée, et le bras gauche est étendu comme si elle voulait se balancer quand elle marche.
Le 17. Elle se porte mieux, mais parfois la défécation est involontaire.
Le 19. Vertiges. Céphalalgie frontale, extrémités froides. Pas de vomissements.
Le 20. Un frisson prolongé ce matin suivi de nausées et de vomissements. Ensuite la malade est devenue somnolente et puis comateuse. Parfois des cris d’angoisse. Pendant l’après-midi, elle semblait reconnaître sa mère.
A 4 heures du soir, les extenseurs de la main paraissaient con- Lubbock. . 5
tractés, les doigts étant rétractés et rigides. Les pupilles sont égales, dilatées et immobiles. Les mouvements réflexes ne sont pas altérés. P. 9L T. 36,9. R. 38.
Il y a des oscillations du globe de l’œil. Huit heures du soir, temp. 36,8.
A minuit 13 minutes, encore un frisson durant à peu près deux minutes; les yeux sont animés. L'action du cœur est tumultueuse, et ses battements sont de 200 par minute. La pupille du côté gauche est plus petite que celle du côté droit. Respiration irrégulière; et sept ou huit mouvements respiratoires sont suivis d’un profond soupir, qui précède une suspension de la respiration durant environ 15 secondes. Ces intervalles étaient irréguliers, mais leur durée devenait plus longue jusqu’à ce que les respirations n’étaient plus que de 6 par minute.
Le pouls devient de plus en plus faible, la température n’avait pas dépassé 37° jusqu’à la mort survenue graduellement. Pas de convulsions.
Autopsie. — Les circonvolutions cérébrales étaient aplaties. Le lobe temporo -sphénoïdal du côté droit était occupé par un kyste hydatique de la grosseur d’une orange. Le kyste n’était séparé du ventricule latéral que par une membrane mince, et le corps strié était plus ou moins aplati. Le ventricule moyen était aplati, son plancher bombant à la base en avant et en arrière [du chiasma des nerfs optiques. Les autres parties du cerveau et la moelle épinière paraissaient saines.
Dans le sommet du poumon droit, il y avait aussi un kyste hydatique comprimant plus ou moins le poumon. Les autres organes paraissaient sains.
On peut observer que les symptômes présentés par cette maladie indiquaient une maladie cérébrale, et surtout une maladie dans l’appareil moteur, la sensibilité étant normale. Il n’y avait pas de fièvre, la température ne s’élevant jamais au-dessus de 37°. La maladie était plus ou moins chronique ayant duré deux mois avant son entrée à l’hôpital. Il n’y avait pas d’amaigrissement, et les symptômes au début étaient entièrement « nerveux. »
La méningite tuberculeuse pouvait-elle exister?
L’hémoptysie survenue dans le courant de la maladie pouvait faire penser à cette maladie compliquant une tuberculose pulmonaire, mais de l’autre côté, la malade n’était pas amaigrie, et l’ab-
sence de lièvre et le fait que tous les symptômes à l’exception de l’hémoptysie se rapportaient au cerveau rendaient ce diagnostic moins probable.
Observation VI.
(Rédigée d’après les notes prises sur les registres de Guy’s Hospital,
Londres).
Tumeur gliomateuse du cerveau. Mort. Autopsie.
A. B..., âgé de 3 ans, est entrée le 10 décembre 1878, à Guy’s Hospital, Londres, dans la service de M. le Dr Wilks.
Sa mère a eu huit enfants dont trois seulement sont vivants ; trois étaient mort-nés, et deux autres sont morts de convulsions pendant la dentition. Les parents sont atteints de syphilis.
A l’âge de 6 semaines l’enfant présentait une éruption érythémateuse des fesses, du catarrhe pituiteux, de petites ulcères aux angles des lèvres qui disparaissaient par le traitement médical. L’enfant jouissait d’une bonne santé jusqu’au début de cette maladie dans le mois de juin. A cette époque on remarqua qu’en marchant il traînait la jambe droite, comme s’il ne pouvait plus l’élever, et bientôt il ne put rien tenir de la main du même côté, laissant tomber ce que l’on y mettait et se servant toujours de la main gauche. Il commença plus tard à vomir, surtout avant de déjeuner. Son caractère devenait très-irritable, et il poussait à tout moment des cris d’angoisse. On observa que souvent les aliments s’échappaient de la bouche du côté gauche, et que s'il riait la bouche paraissait être tirée en haut du côté droit. Le strabisme interne s’observait du côté gauche.
Quand l’enfant fut apporté à l’hôpital, la paralysie des membres du côté droit n’était pas marquée, quoiqu’on marchant il traînât parloislajambedroite.il ne put rien ramasser au moyen de la main du même côté, mais il tient bien ce qui est dedans. Les muscles dans les } deux membres du côté droit sont flasques, mais ils ne sont pas atrophiés. L’enfant n’est pas amaigri , son front est saillant, tandis que les os du nez paraissent déprimés. Il ne semble pas comprendre ce que l’on lui dit, poussant des cris d’angoisse de temps en temps, et pendant le sommeil il tressaille, et les muscles de la face sont agités de mouvements convulsifs. Le droit externe de l’œil est paralysé du côté gauche. Il parait bien entendre des deux oreilles. Incontinence d urine. Pas de constipation.
Le cœur et les poumons paraissent sains. L’urine ne contient pas d'albumine. P. 90. Resp. 28.
Traitement. De l’iodure de potassium.
Il n’y avait pas de changement notable pendant les six semaines suivantes. L’enfant restait ordinairement au lit, s’asseyant parfois sur une chaise. Les symptômes paralytiques ne s’amélioraient pas.
Le 27 janvier. L’enfant était assis sur une chaise et tombait par accident sur le plancher. Après la chute il vomit, et il parait plus somnolent.
Le 28. Toujours somnolent, il vomit parfois.
Le 29. Moins somnolent; ne vomit pas si souvent.
10 février. Pendant dix jours il a présenté les symptômes dont il était atteint avant sa chute. Aujourd’hui il est encore somnolent, soupirant et criant souvent pendant qu’il dort.
Le 12. Sa mère est venue le voir, et pendant que l’enfant était •sur ses genoux il est atteint subitement de dyspnée intense accompagnée de éonvulsions légères. On put croire à l’introduction d’un corps étranger dans les voies respiratoires, mais en introduisant le doigt dans la bouche on trouva qu’il ne paraissait y rien avoir. L’auscultation n’indiquait pas d'affaiblissement du murmure respiratoire. Les pupilles ne se contractaient plus à la lumière, et il y avait de l’insensibilité des conjonctives. En quelques minutes la dyspnée cessa, et l’enfant fut replacé sur son lit.
Le 13. Des convulsions à deux reprises pendant la nuit. Ce matin les pupilllcs sont toujours inertes, et les conjonctives insensibles. P. 136, T. 38,3, Resp. 28
Le 1-1. Pas de ehagcment. L’enfant parait comateux et ne comprend pas ce qui se passe autour de lui.
Le 15. Somnolence un peu moindre. T. 38,2.
Le 21. Il n’y avait pas de changement; l’enfant tombe de plus en plus dans le coma, et meurt le soir.
Autopsie. En soulevant l’encéphale de la boîte crânienne on trouve une tumeur gliomateuse dans la protubérance annulaire faisant saillir le plancher du quatrième ventricule. Les ventricules contenaient une quantité exagérée de liquide. La tumeur était de la grandeur d’un œuf de pigeon, et d’un côté d’elle il s’échappait de la matière gélatineuse, elle avait l’apparence d’un kyste sur lequel les libres transversales du pont de Yarole étaient tendues. Les ven-