‹ Du diagnostic des différentes formes de méningite cérébrale aiguë et tuberculeuseChapitre 8 sur 11 · Méningite épidémique · texte numérisé non relu

Méningite épidémique

B- Méningite tuberculeuse.

(!) Ibid., p. 151,

Nousavons déjà dit (1) que nous neparlerons que de deux formes de méningite, la méningite aiguë et la méningite tuberculeuse, et nous avons montré dans le tableau précédent les divisions de la méningite aiguë que nous allons considérer. Avant d’étudier leur diagnostic différentiel, nous dirons quelques mots de ces variétés et de leurs caractères cliniques.

1. Méningite tuberculeuse. — La méningite tuberculeuse se montre surtout de 20 à 30 ans et peut affecter deux formes : cérébrale et typhoïde (Ramskill). La forme cérébrale ne diffère pas de la méningite tuberculeuse chez l’enfant (2). Ainsi la céphalalgie intense, les vomissements (qui ne se montrent presque jamais dans la phthisie pulmonaire qu’après la toux), les contractures musculaires, la constipation, le délire, etc., sont suivis de somnolence, avec ralentissement du pouls, de paralysies, du coma et de la mort. La forme typhoïde coexiste avec la tuberculose miliaire aiguë. La fièvre au début est plus vive, l’accélération du pouls et l’élévation de la température persistent pendant la deuxième période. Les vomissements manquent ou ne se montrent que rarement. La céphalalgie, l’adynamie de la fièvre typhoïde s’observent quoique l’intelligence soit moins atteinte. Ainsi les symptômes sont à peu près les mêmes dans ces deux maladies pendant les premiers jours. Le vrai caractère de l’affection cependant se montrera bientôt, et d’un côté la persistance de la céphalalgie, les contractures, les convulsions, la paralysie, etc., indiqueront la méningite, tandis que dans l’autre cas les taches rosées lenticulaires, le ballonnement du

(1) Voyez l’introduction.

(2) Reynolds. Syst. of medecine, art. Méningite.

ventre, le gonflement de la rate, la diarrhée, le dicrotisme du pouls, etc., démontreront que la dothiénentérie existe. Dans cette forme de méningite tuberculeuse on observe encore des symptômes qui indiquent la tuberculisation des autres organes (poumons, intestins, etc.), quoique quand le malade est atteint de tuberculose pulmonaire les symptômes de cette maladie cessent entièrement dans la plupart des cas quand la méningite se déclare.

2. Méningite basilaire simple. — M. Huguenin (1) parle de cette maladie qui survient surtout chez les adolescents. Il dit que cette affection se trouve chez les ouvriers, surtout les bouchers, les maçons et les garçons de café. La cause de cette particularité est inconnue. La durée est variable (de 17 à 64 jours). Le tableau de la maladie rappelle celui de la méningite aiguë. Ainsi on observe de la céphalalgie, de la fièvre, de la dépression mentale, des vomissements, de la constipation, des contractures, symptômes qui sont bientôt suivis de somnolence. L’émaciation est marquée et le coma vient s’ajouter aux symptômes précédents pour se terminer par la mort.

Puisque cette maladie survient chez un adulte en bonne santé, dont la famille n’est pas affectée de tuberculose, on aura une forte présomption pour arriver au diagnostic ; la seule difficulté sera de distinguer l’affection d’une tumeur cérébrale qui nous occupera plus loin.

3. Méningite de la convexité produite par une cause inconnue. — M. Huguenin dit que les adultes et ceux qui sont entre deux âges peuvent être atteints de cette maladie. L insolation ou le refroidissement paraissent être parfois

(1) Ibid., p. 579.

la cause, mais il existe aussi des méningites dont l’origine est tout à fait latente. Elle survient surtout chez les pauvres et chez les individus qui se nourrissent mal, le sexe masculin y est surtout prédisposé.

Les prodromes sont peu marqués ou absents. Il survient généralement un frisson qui est bientôt suivi de céphalalgie, de la fièvre et des autres symptômes de la méningite aiguë; en quelques heures le malade peut être insensible et délirant. La maladie ne dure que rarement plus d’une semaine, et elle peut se terminer par la mort en 24 ou 36 heures. Le délire est furieux et violent. Les paralysies sont rares.

4. La méningite de la convexité peut dépendre de l’inflammation des organes de voisinage. L’ostéite produite par des lésions traumatiques, une gomme sj'-pliilitique, l’otorrhée produite par la carie osseuse du conduit auditif, par l’inflammation de l’oreille interne, ou par une carie du rocher, ou de l’apophyse mastoïde, l’érysipèle de la face ou du cuir chevelu, les furoncles de la façe, la suppuration du globe de l’œil peuvent ainsi produire la méningite.

Le premier symptôme est presque toujours de la céphalalgie, ordinairement suivie de vertiges, de nausées et de vomissements. Parfois les vertiges, les nausées, la paralysie faciale, l’aphasie ou la rigidité des muscles du cou sont le premier symptôme, qui est suivi de somnolence, de coma, et de la mort, ou la mort peut être subite sans être précédée de S3miptômes de dépression.

La paralysie des muscles de l’œil, du grand hypoglosse, etc., peuvent s’observer, à cause de l’extension de la méningite.

Dans l’érysipèle de la face et du cuir chevelu on peut observer de la fièvre, de la céphalalgie, et du délire, symptômes qui peuvent tenir à une anémie cérébrale aux habi-

tudes alcooliques, à une « excitation réflexe transmise à l’encéphale par les rameaux de la cinquième paire, ou à la thrombose des sinus » (Jaccoud), et ces symptômes se rapprochent assez de ceux de la méningite pour rendre le diagnostic difficile. Lorsque la douleur érysipélateuse n’est pas évidente, comme il arrive dans certains cas, le clinicien pourrait être encore plus embarrassé.

Aussi Foucher (1) a-t-il raison d’insister sur ce point et de conseiller dans les cas de doute « d’examiner attentivement la nuque, les tempes, d’écarter doucement les cheveux, et d'exercer pendant un certain moment une pression en divers points du cuir chevelu, afin de reconnaître la douleur et la tuméfaction par la légère empreinte que laisse le doigt. » Si cette constatation est négative, et si les ganglions du cou ne sont pas engorgés le diagnostic n’admet plus d’incertitude. Si l’érysipèle est reconnu, la difficulté du diagnostic sera moindre, mais dans certains cas la méningite vraie peut compliquer l’érysipèle; la rigidité cervicale, ou d’autre contracture, les vomissements, les convulsions et la disparition de la rougeur cutanée feront craindre l’existence de cette complication (2).

5. Méningite métastatique. — Cette forme de méningite pourrait compliquer les exanthèmes, la fièvre typhoïde, l’endocardite ulcéreuse, la pneumonie, l’infection purulente, la dysentérie, la diphthérie et très-rarement le mal de Bright. Elle pourrait aussi coïncider avec des produits caséeux dans les poumons (Huguenin) (3). Il est souvent très-

(1) E. Foucher. Traité du diagnostic des maladies chirurgicales, P- 428,

(2) Cyclopædia of the Pract. of medecine. Ziemssen, t. XII, p. 617. Jaccoud. Path. int., t. II, p. 775.

(3) Ibid., p. 624.

difficile de distinguer cette forme de méningite d’un trouble fonctionnel du cerveau. La céphalalgie existe presque toujours, mais parfois les vomissements ou le délire sont le seul symptôme de cette inflammation qui est bientôt suivie de somnolence et de coma. La contracture des muscles du cou, le strabisme, la somnolence, la contraction des pupilles qui existent parfois feraient soupçonner cette complication.

6. Méningite traumatique , — La méningite peut être produite par une lésion traumatique :

1. Après la commotion cérébrale, sans que le crâne ou les parties molles soient lésées.

2. Après une lésion des parties molles, l’ostéite secondaire ou la thrombose veineuse formant le lien intermédiaire.

3. Après une plaie par instrument piquant, à cause de la décomposition des parties molles dans la plaie et l'infection qui en résulte.

4. Le traumatisme peut encore produire la nécrose, et si le pus ne s’échappe pas facilement il peut en résulter une méningite.

5. Un abcès cérébral peut encore avoir lieu, qui s’ouvre à la surface du cerveau et produit l'inflammation des méninges.

1. Il n’est pas démontré que la méningite puisse résulter de la commotion simple, et il est probable que dans ce cas il y ait une lésion des parties molles, du crône ou du contenu.

2. Une lésion des parties molles peut produire de la périostite. L’inflammation s’étend à l’os sous-jacent, à la dure-mère et puis aux méninges. L’inflammation peut encore s’étendre au sinus voisin produisant de l’ostéophlé-

bite, ou l’érysipèle peut compliquer la lésion ; le pus devient plus nuisible et la suppuration devenue plus maligne s’étend à la pie-mère et produit de la méningite. Ainsi la maladie peut survenir cinq ou six jours après la lésion ou peut-être après des semaines seulement.

3. Une plaie pénétrante produit la méningite, soit par irritation directe, soit à cause de la décomposition des caillots sanguins au contact de l’air, soit par une fracture de la table interne, l’otite ou la nécrose. Des caillots sanguins résultant d’une rupture artérielle peuvent encore produire cette complication.

Lorsque la méningite se montre, le malade devient agité et inquiet et il survient du délire, peut-être furieux. 11 veut sortir de son lit. Des vomissements, de la constipation, du grincement des dents, de la congestion de la face s’observent. La température s’élève. Ces symptômes peuvent être produits parla congestion cérébrale, niais s’ils persistent, s’ils reparaissent après une rémission la méningite sera à craindre. Des spasmes et des contractures, surtout dans les muscles du cou ou du dos, la paralysie des nerfs crâniens peuvent s’observer. Ces symptômes sont suivis de somnolence et de coma.

Méningite cérébro-spinale. — Cette maladie est contagieuse et presque toujours épidémique. Elle se distingue par son début qui est ordinairement brusque (1), ou s’il y a des prodromes, par la céphalalgie, la douleur lombaire, les douleurs abdominales et des membres, qui sont les premiers symptômes de l’affection ; par les frissons intenses (2) qui ordinairement précèdent les vomissements et les contractures musculaires; par les spasmes qui s’observent

(1) Outlines of the science and pract of med. Auken, p. 140.

(2) Bristowe. Theory and pract. of med., t. I,p. 200.

dans les muscles cervicaux postérieurs et lombaires et dans les muscles des membres; par l’intensité des phénomènes cérébraux, par l-’éruption pétéchiale qui se montre du deuxième au quatrième jour de la maladie dans la plupart des cas, ou parfois par les taches rouges érythémateuses de la peau, ou de vésicules herpétiques sur les lèvres.

Ainsi les symptômes se distinguent facilement de ceux de la méningite tuberculeuse, la maladie étant aiguë, épidémique et manifestée surtout par le début brusque, ies douleurs, les spasmes, le délire intense, l’éruption ou les éruptions cutanées et la durée qui ne dépasse pas ordinairement une semaine.

Encéphalite. — On distingue aujourd’hui trois variétés d’encéphalite. 1° L’encéphalite interstitiel le, périencéphalite diffuse ou paralysie générale progressive; 2° l’encéphalite chronique ou sclérose de l’encéphale, et 3° l’encéphalite aiguë. La première variété appartient plutôt au domaine de l’aliénation mentale, tandis que la sclérose de l’encéphale est une maladie chronique caractérisée surtout par le bégayement et l’ataxie motrice, qui ne se confondrait pas avec la méningite aiguë. Pour la troisième variété (encéphalite aiguë) la marche est tout autre, et puisque les symptômes de la méningite sont plutôt ceux de l’encéphalite coexistante, on comprend que les deux affections aient à peu près le même aspect clinique. Le traumatisme, les affections osseuses du crâne, le voisinage d’une tumeur cérébrale, ou la pyohémie, causes les plus fréquentes de l’encéphalite sont aussi ceux de la méningite. Les symptômes peuvent être les mêmes et le diagnostic impossible.

Après le traumatisme la méningite primitive se montre du deuxième au dixième jour, celle qui est secondaire à l’ostéite primitive du septième au dix-huitième jour, ou

seulement vers le troisième ou quatrième mois quand elle est précédée d’ostéite chronique.

Mais dans ce cas l’encéphalite locale coexiste, et il n’est pas possible de faire aucune distinction. De même l’encéphalite produite par une affection osseuse du crâne, une tumeur cérébrale ou l’infèction purulente ne diffère pas de la méningite compliquant les mêmes maladies. La fièvre, les accès de convulsions, les paralysies limitées aux nerfs crâniens, la céphalalgie et les vomissements, les vertiges et l’irritabilité pouvant exister dans les deux cas étant suivis de somnolence, de stupeur et de coma.

Quant à la méningite simple et généralisée le diagnostic est moins impossible. Ainsi « l’élévation plus grande de la température (à 40° et au delà), la constance de la céphalalgie et des vomissements, la vivacité du délire et la diffusion bilatérale des phénomènes spasmodiques auxquels succèdent des symptômes de paralysie ou de résolution également diffus » (Jaccoud) (1) distingueront cette maladie de l’encéphalite.

Tumeurs cérébrales. — Les tumeurs cérébrales produisent des symptômes qui ne peuvent guère se confondre avec ceux de la méningite. Leur marche est en général chronique, ce qui les différencie de la méningite aiguë et à marche rapide. L’une est une maladie apyrétique, l’autre est accompagnée de symptômes fébriles. Mais le tissu de l’encéphale qui entoure les tumeurs cérébrales peut être atteint de congestion phlegmasique, d’encéphalite ou de méningite (2), et dans ce cas des symptômes fébriles peuvent

(1) Nouv. Dict. de méd. et de chir. prat., t. XXII, p. 176.

(2) Ainsi Desault formula la loi suivante : « Les lésions ne sauraient " produire de symptômes que lorsqu’il survient de la congestion ou de « 1 inflammation autour d'elle. » Bail. Dict. Encycl. des sciences méd. Art. Cerveau, p. 453.

se montrer, la paralysie ou les autres symptômes qui existent peuvent devenir plus intenses, étant parfois suivis du déliré, du coma et de la mort. Si les symptômes précédents ne sont pas connus, la même difficulté existera ici par rapport au diagnostic que nous avons déjà signalée en parlant de l’encéphalite aiguë, et il sera impossible de dire si la complication de la maladie est une poussée congestive, de l’encéphalite ou de la méningite. Ordinairement cependant la céphalalgie, les vomissements, les vertiges, l’hémiplégie les paralysies partielles motrices ou sensitives, les troubles de la vue, de l’ouïe, ou de l’intelligence auront déjà montré l’existence d’une tumeur cérébrale. Les tubercules du cerveau peuvent s’accompagner de symptômes fébriles la fièvre étant plutôt produite par la maladie générale, et par les autres manifestations tuberculeuses que par la tumeur cérébrale.

Coma épileptique. — Le coma épileptique étant précédé par la chute subite, le cri initial, la perte de connaissance et les convulsions cloniques, ne peut pas se confondre avec la méningile. Mais si les antécédents du malade sont inconnus, s’il est vu pour la première fois dans l’état comateux avec la température élevée à 38°, la cause du coma peut être méconnue. Dans l’épilepsie ancienne, les malades peuvent sans sortir du coma avoir de nouveaux accès convulsifs qui se répètent faisant place à un coma de plus en plus profond. Les convulsions, la température qui ne s’élève pas à plus de 39°. L’absence de contractures, de mâchonnement, de pouls et de respirations irréguliers, de paralysie locale, indiqueront que la méningite ne doit pas être la cause de l’état maladif.

Fièvre typhoïde. — Quoique dans les cas typiques cette

maladie se distingue sans difficulté de la méningite aiguë, il en est d’autres qui présentent tant de ressemblance avec cette maladie que la distinction est difficile, peut-être impossible. Ainsi dans la plupart des cas, le diagnostic se fera de la façon suivante. Dans la fièvre typhoïde:

1. La céphalalgie est moins intense (Jaccoud) (1), et ne persiste pas après le commencement du délire (Murchison) (2).

2. La langue est ordinairement sèche et brunâtre surtout quand la dothiénentérie se complique de délire intense (Murchison). Les vomissements sont rares ou absents.

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