CHAPITRE PREMIER
La physiologie des sensations lumineuses ainsi que des sensations colorées de la rétine est une des parties des plus difficiles à résoudre. Elle est basée sur la connaissance des lois optiques du mouvement lumineux ainsi que sur les notions parfaites de la physiologie du sens de la vue, de son acuité, de l'étendue du champ visuel et des propriétés propres à chaque élément isolé de la rétine.
Dans le chapitre précédent, nous avons développé les lois physiques et optiques de la lumière et des couleurs; il ne nous reste qu'à les appliquer à la physiologie et aux fonctions de l'organe nerveux visuel.
Il est aujourd'hui une loi bien démontrée dans la physiologie, que chaque fibre nerveuse de notre organisme a une destination toute spéciale, et qu'en excitant une fibre nerveuse par un moyen excitant quelconque, on ne peut y provoquer que des sensations propres à la nature du sens auquel ces fibres appartiennent. Telle est la nature de sens de l'ouïe, qu'en excitant ce nerf par les sons, la compression, les blessures, etc., on n'aura d'autre sensation que celle des sons. Le sens du goût, de l'odorat et de la vue se trouve dans les
mêmes conditions; et, soit qu'on veuille comprimer l'œil avec le doigt, qu'on imprime un coup sur cet organe, qu'on coupe le nerf optique ou qu'une tumeur se déclare à l'origine cérébrale de ce nerf, il y aura une production de la sensation lumineuse blanche ou colorée. En d'autres termes, c'est la production des phosphènes, que Brewster, Savigny et Szokalski ont signalé, les premiers, mais dont l'importance physiologique et pathologique a été surtout étudiée par M. Serre d'Uzès.
La rétine, le nerf optique et l'origine cérébrale de ces nerfs sont les seuls organes qui constituent Vappareil nerveux visuel. Aucun autre sens ni aucun nerf ne peut transmettre les impressions lumineuses. Il est vrai qu'en s'approchant d'une lumière très-vive un aveugle pourra reconnaître sa présence par la sensation de chaleur qu'éprouvera son corps, mais il n'aura pas d'impression lumineuse proprement dite.
Par un développement méthodique de la sensibilité tactile des doigts, un aveugle peut arriver à distinguer certaines couleurs, probablement par la différence d'aspérité que présente la surface des tissus différemment colorés ; mais un aveugle ne reconnaîtra jamais des couleurs spectrales concentrées sur un écran. Le sens du toucher peut seul s'exercer et se perfectionner quelquefois d'une manière considérable chez les aveugles, comme on peut en juger par les observations recueillies parles auteurs.
C'est ainsi qu'on peut expliquer le fait rapporté par Wardrop (1), qu'une femme était aveugle des suites d'une variole, et par le tact elle est devenue susceptible de discerner toutes
(1) Wardrop, Essay on the morbid anatomy of ihe human Eye. London, 1818.
les couleurs même les plus tendres, comme le rose. Abercrombie (1) cite des faits de même genre non moins intéressants. Malgré l'opinion qui a été émise par certains auteurs sur la faculté visuelle se faisant au moyen du toucher, nous ne croyons pas qu'on puisse aujourd'hui accepter de pareilles théories, qui n'ont aucune base scientifique. Aujourd'hui les aveugles sont exercés à lire avec les doigts des caractères spéciaux de relief, et cette méthode ingénieuse, inventée par M. Braille, donne des résultats admirables dans les établissements des aveugles en France et en Amérique, comme cela m'a été affirmé par M. le docteur Pope de Saint-Louis, qui a visité ces établissements. Mais tout cela n'est que le résultat d'exercice du tact et du cerveau ; quant à la perception de la lumière objective ainsi que la sensation des couleurs, elles ne peuvent être en aucune façon transmises par l'intermédiaire des nerfs du toucher. Il n'y a que les nerfs visuels qui possèdent cette sublime faculté.
Pour saisir les sensations lumineuses, la rétine doit subir un ébranlement et une excitation sui generis par la transmission de mouvement ondulatoire des ondes lumineuses. Or, d'après la théorie acceptée par Beer, Foucault, Biot et tous les autres physiciens modernes, la lumière est le résultat des mouvements oscillatoires des molécules de l'éther. Ce mouvement ne peut rester isolé et doit se communiquer de proche en proche à la masse environnante de l'éther et impressionner par conséquent la rétine, qui est seule capable de saisir ce mouvement. Il y a alors la sensation et la perception des lumières et des couleurs.
(1) Abercrombie, Inquiries concerning the intellectual powers and the investigalion of iruthf 1840, p. 51.
7 h PHYSIOLOGIE DES SENSATIONS DE LA RÉTINE.
De quelle manière cette sensation lumineuse et colorée se produit sur la rétine et quels sont les éléments qui sont doués de cette faculté spéciale ? Tels sont les points essentiels de la physiologie rétinienne que nous chercherons à développer dans les paragraphes suivants. Mais pour mieux comprendre ces questions, et savoir à quel élément nerveux appartient telle ou telle autre fonction visuelle, il faut examiner au moins en abrégé l'anatomie et la physiologie de l'organe de la vue,
§ 1. — Disposition anatomique des divers éléments rétiniens.
Les éléments nerveux de la rétine forment six couches d'après les uns, et sept ou huit couches d'après les autres.
Voici Tordre dans lequel elles se suivent, d'après M, Chc Robin (1) :
1» La couche des bâtonnets et des cônes (fîg. 14, AetB,l);
â** La couche granuleuse externe (A, 2);
3° La couche intermédiaire (A, 3);
ft'* La couche des myélocytes (A, 4) ;
5° La couche granuleuse grise (A, 5) ;
6*" La couche ganglionnaire {b^c) ;
7" La couche des fibres ou tubes nerveux (A, 7) ;
8° La membrane h mitante (A, 8).
La figure ci-contre représente d'une manière assez com-= pîète ces différents éléments.
La destination de ces différents éléments n'est pas encore bien connue, mais ce qui est incontestable, c'est que l'appareil sensoriel de la rétine par lequel s'opère la perception des
(1) Robin, Dict. de médecine , 12® édition. Paris, 1865.
NOTIONS PRÉLIMINAmES DE h\ PHYS10J.0GIE DE LA VUE. 75
rayons lumineux est constitué par la couche des bâtonnets
FiG. ià. — Éléments nerveux de la rétine (Ch. Robin).
[stratum bacillorum) , Cette couche se compose de deux espèces d'éléments :
a. Les bâtonnets proprement dits^ qui sont des cylindres fins, très-réguliers, présentant à l'état frais deux contours très-nets et parallèles coupés à angle droit sur l'extrémité interne. Chaque bâtonnet mesure chez l'homme, d'après Robin, "™,05 à 0°^™,07 de longueur, et il est épais de 0™",02 à 0'"'",03 ; il est transparent, et à son extrémité interne on voit naître un filet excessivement fin qui communique avec les grains de la couche granuleuse et peut- être avec les autres couches. Les lettres (fig. 15) ^,/, indiquent les différentes
formes des bâtonnets, et les cônes sont représentés par les lettres a, b, c, m.
b. Les cônes ont, d'après M. Robin, la forme et le volume des petites cellules épithéliales, allongés en dedans et larges à la base, et l'on trouve au milieu un filet très-fm qui traverse le cône de part en part et se continue à l'extrémité interne avec un noyau.
Tache jaune ou macula, — L'épaisseur de la rétine diminue d'une manière très-sensible dans la région de la macula, et il y a plusieurs couches des éléments nerveux qui y font défaut. Ainsi, les couches intermédiaire des myélocytes, grise, interne, ganglionnaire et des fibres nerveuses, disparaissent progressivement à mesure qu'elles s'approchent de la région de la macula, où elles se fondent pour ainsi dire en une masse granuleuse commune. Dans la couche des bâtonnets, il n'existe plus que des cônes qui diminuent ici beaucoup de diamètre, comme cela a été démontré par Schultze. Ils n'ont, en effet, dans la partie centrale, que 0'"'",007, O'^^jOOS; c'est pourquoi aussi le niveau de la rétine s'abaisse
FiG. 15. — Bâtonnets de la réline (*).
(*) a, b, c, d, e, f, g, h, i, h, formes différentes de bâtonnets simples; m, cônes jumeaux.
d'une manière très-sensible vers le centre de la tache jaune, comme on peut en juger par la figure 16 :
FiG. 16. — Coupe de la fosse centrale (d'après Schultze) (*).
§ 2. — La faculté visuelle appartient à la couche des bâtonnets
et des cônes.
La sensibilité visuelle appartient en entier aux couches postérieures et notamment à celle des bâtonnets et des cônes. Pour s'en convaincre, il suffit de se rappeler les expériences de Listing et de Purkinje qui nous permettent de voir les vaisseaux de notre propre rétine. Or, on sait que ces vaisseaux occupent la couche la plus interne de la membrane nerveuse, et pour être vus par la partie visuelle de la rétine, il faut qu'ils se trouvent au-devant d'elle, et c'est ce qui est en réalité. Listing fait arriver sur un point quelconque de la sclérotique et à l'angle externe un faisceau lumineux, concentré au moyen d'une loupe. L'œil tourne pendant
(*) 1. Couche de pigment. — 2. Couche des cônes. — 3. Membrane limitante externe. — 4. Granulation des cônes. — 5. Fibres des cônes. — 6. Couche intermédiaire. — 7. Couche granuleuse interne. — 8. Couche moléculaire, — 9. Couche ganglionnaire. — 40. Couches des fibres nerveuses optiques.
ce temps fortement en dedans, porte son regard vers un champ sombre ou noir. 11 ne se passe pas ordinairement quelques instants sans qu'il aperçoive sur ce fond noir un réseau vasculaire composé des vaisseaux grisâtres au milieu d'un fond un peu plus clair. Le même phénomène peut être facilement reproduit d'après la méthode de Purkinje, en faisant regarder un fond noir pendant que l'on remue assez rapidement une flamme de bougie tout près de Fœil. Ces vaisseaux a et ^ forment ordinairement un arbre vasculaire, que Ton appelle arhre vasculaire de Purkinje 17).
FiG. 17. — Arbre vasculaire de Purkinje.
Leur point d'immergence s'observe ordinairement à la périphérie de l'image, dans le point c, et qui correspond à la papille do nerf optique; la partie centrale d, au contraire, ne contient point de vaisseaux; c'est la tache jaune.
§ 3. — Mode de transmission des impressions lumineuses au cerveau.
Les couches postérieures de la rétine reçoivent, comme on voit, l'impression des objets extérieurs pour les transmettre ensuite au cerveau*
NOTIONS PRÉLIMINAIRES DE Lk PHYSIOLOGIE DE LA VUE. 79
Que se passe-t-il avec les impressions lumineuses et les images dressées sur la rétine, et y a-t-il un renversement de l'image sur la rétine que le cerveau doit ensuite redresser, ou bien les objets sont-ils vus sans que leurs images soient renversées dans l'intérieur de l'œil ?
C'était une opinion tout à fait erronée qui régna pendant longtemps dans la science, que l'image étant renversée sur la rétine, il fallait que ce soit le cerveau qui la redresse. Voici comment nous pouvons nous expliquer la faculté visuelle de notre rétine. Chaque bâtonnet reçoit une impression à part par un rayon venant d'un objet fixé, et il renvoie cette impression au cerveau ; ce n'est que le cerveau qui se rend compte de l'ensemble d'impression de tous les bâtonnets qui n'ont été excités par l'objet quelconque que séparément. Cette loi peut être très-bien démontrée sur les yeux conglomérés. J. Millier a trouvé le premier que dans les yeux de certains animaux, et notamment dans les yeux composés de tous les insectes et crustacés, des cônes transparents sont placés audevant de la rétine, les uns à côté des autres, en quantité innombrable qui ne laissent parvenir à la membrane nerveuse que la lumière dirigée suivant le sens de leur axe, et absorbant, au moyen des pigments dont leurs parois sont revêtues, toute celle qui vient les frapper obliquement.
Leeuwenhoek a représenté le mieux l'œil composé des insectes. Nous reproduisons ici cette figure pour faire mieux comprendre le mécanisme visuel de ces yeux (fig. 18).
Ici n représente la rétine disposée en forme d'une sphère à laquelle aboutit le nerf optique. Les cônes nombreux t, i, qui se dressent autour de cette sphère, sont placés chacun dans la direction d'un des rayons de cette sphère. La lumière ve-
80 PHYSIOLOGIE DES SENSATIONS DE LA RÉTiNE.
nant du dehors ne peut par conséquent arriver à la rétine que lorsque ses rayons suivront la direction de l'axe de ces
FiG. 18. Figure schématique des yeux à rétine convexe (*).
cônes; autrement ils trouveront la surface pigmentée latérale du cône et s'y absorberont complètement.
Cette même direction des rayons lumineux peut être mieux comprise sur la figure suivante qui explique en même temps la direction des rayons lumineux dans les yeux de l'homme. En supposant que A (fig. 19) représente la surface sphériquede la rétine, la lumière partie de a, h, c, d, ne peut envoyer jusqu'à la rétine que ceux des rayons qui sont placés dans la direction des rayons de la sphère. Et dans le cas présent Fœil, ne saisira que les rayons lumineux aa\ hh\ cc\ dd\
Dans l'œil de l'homme, les bâtonnets se trouvent tous implantés à la surface postérieure de la courbe BB, qui représente la forme de la rétine, A étant le corps vitré de cet
(*) n, extrémité antérieure du nerf optique s'épanouissant en ganglion spliérique convexe duquel émergent des prolongemenls en grand nombre; t, petits canaux tapissés parla couche pigmentaire ou membrane choroïde ; i c, facettes cornéales, hexagonales ou carrées (Giraud-Teulon, Vision binoculaire. Paris, 4861, fig. 39, d'après Leeuwenhoek),
œil. Lorsque le foyer lumineux se trouve placé en A ou qu'il vient de plus loin, la surfaee concave BB représentant la partie sensible de la rétine ne pourra être impressionnée que
FiG. 19. — Procédé pour indiquer la direction des rayons lumineux et produire une image sur la rétine.
lorsque les rayons lumineux traverseront les petits cylindres dans la direction d b'b, c'c, d'd;\e8 rayons qui tombent obliquement à ces axes resteront sans effet, ou bien ils serviront à produire une autre impression comme nous verrons bientôt.
Ainsi donc un objet quelconque placé en dehors de l'œil ou bien un point quelconque isolé de ce même objet ne pourra produire d'impression que sur les bâtonnets dont les rayons, se trouvant en face de l'objet, passent le long de l'axe des bâtonnets, et chacun de ces éléments rapportera en dehors de lui et dans la direction de son axe la source de la sensation éprouvée, et comme telle il la communiquera au cerveau.
On voit par ce tableau que la partie inférieure de la rétine recevra l'impression des objets qui se trouvent en haut, la partie supérieure verra les objets qui sont situés en bas, etc. L'expérience journalière nous démontre en elTet que cetle loi
GALEZOWSKI. 6
8â PHYSIOLOGIE DES SENSATIONS DE LA RÉTINE.
est complètement exacte et conforme aux faits de la physiologie expérimentale.
On trouve aussi sa confirmation dans l'examen des phosplîènes, si bien étudiés par M. Serre, d'Uzès (i). En comprimant la partie externe de la rétine, on voit le phosphène du côté opposé, interne; pendant qu'on impressionne la partie supérieure de la rétine en comprimant l'œil de ce côté, on voit le phosphène rapporté en bas, et ainsi de suite,
§ 4. Acuité de la vision.
Il est aujourd'hui bien démontré que la macula est complètement privée des bâtonnets et ne contient que des cônes. Ces derniers éléments prédominent d'une manière sensible sur les autres éléments dans les parties voisines de la tache jaune. A mesure que l'on s'approche de la périphérie de la rétine, vers Vora serrata^ le nombre des cônes diminue pour être remplacé par les bâtonnets.
D'après Robin, Schultze, Mûller et Kôlliker, le diamètre des cônes dans la tache jaune s'élève de 0°^"^,003 à 0"^'",0054, et, selon les observations de Weber et Helmholtz, un œil bien conformé peut voir des objets excessivement fins, tels que, par exemple, des traits blancs distants de 60 à 73 secondes, ce qui correspond parfaitement au volume des cônes. Nous voyons par ces chiffres à quel degré de sensibilité peut arriver la vision de la partie centrale*
Les parties latérales de la rétine ont, comme nous avons vu, une sensibilité bien moins grande, et, selon Aubert et Foerster, cette faculté diminue à partir de la macula d'une manière sensible dans tous les sens.
(1) Serre, Essai sur les phosphènes. Paris, 1853.
Ces auteurs sont arrivés, après de nombreuses expériences, à des résultats suivants (1) :
1" L'acuité de la vision dans le champ visuel de la rétine diminue à partir du centre jusqu'aux parties latérales;
2" Cette diminution de la sensibilité visuelle marche progressivement et graduellemeat jusqu'à la périphérie;
3" L'affaibhssement de Tacuité de la vision n'est pas égale dans tous les méridiens de l'œil; et, en effet, la sensibilité de la rétine s'émousse plus rapidement en haut et en bas, tandis que les parties externes et internes, également distantes du centre de la rétine, sont relativement plus sensibles.
Il résulte de ces recherches que l'acuité de la vision est en rapport direct avec la distribution des cônes dans la rétine, et que plus il y a de cônes dans un endroit déterminé de la rétine, plus il y a aussi de la sensibilité et de l'acuité visuelle. La macula est constituée par les cônes serrés les uns contre les autres, et elle est à cause de cela douée de la plus grande sensibilité et peut distinguer les objets les plus fins et les plus ténus.
§ 5. — » Sensibilité distincte des éléments rétiniens.
On connaît cette loi physiologique, que tout excitant qui atteint un seul élément sensible ne peut développer qu'une seule sensation à la fois, tandis qu'on ne ressent deux sensations distinctes que lorsque les deux excitants provoquent des sensations dans les deux éléments séparés au moins par la largeur d'un élément sensible. Ce qui est exact pour les sensations nerveuses en général est complètement conforme à l'action des rayons lumineux sur les éléments rétiniens.
(1) Foerster, Archiv f. Ophthalm. v. Graefe, 111, 2, p. 1. — Auheii, Physiul, der Netzhaut- Breslau, p. 187.
On ne peut distinguer deux points lumineux séparés que dans le cas où la distance de deux images rétiniennes est plus grande que l'espace occupé par un élément isolé de la rétine. Or, nous savons que les éléments essentiels de la vision, et notamment les cônes, sont le plus rapprochés dans la macula ; au contraire, ils s'écartent de plus en plus en s'en allant du centre vers la périphérie de la rétine. Il s'ensuit naturellement que la macula percevra séparément deux points lumineux, lorsqu'ils seront infiniment petits et aussi rapprochés que possible, tandis que plus on s'éloigne vers la périphérie, plus cette distinction sera difficile, et il y aura nécessité que les deux points lumineux soient plus distancés l'un de l'autre pour qu'ils soient perçus isolément par les parties périphériques de la rétine. Nous pouvons donc formuler ainsi cette loi, que la perceptiviié lumineuse de la rétine est d'autant plus grande que les bâtonnets et les cônes sont plus rapprochés entre eux,
§ 6. — Méthode pour déterminer le degré d'acuité de la vision.
Pour déterminer l'acuité de la vision chez un malade, il faut chercher une unité de la grandeur de l'objet qu'un œil normal voit, et proportionner la grandeur de l'objet à la distance à laquelle il doit être placé.
Jaeger, le premier, a composé une échelle graduée de vingt caractères de différentes grandeurs, et (juclques années plus tard MM. Snellen et Giraud-Teulon ont pubhé simulta» nément des échelles dans lesquelles la grandeur de chaque caractère est proportionnée à la distance à laquelle ce caracfère doit être distingué.
Pour trouver une unité de grandeur des lettres définie et
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constante, il fallait indiquer à quelle distance de l'œil normal tel ou tel autre caractère pouvait être vu. Gela ne pouvait être obtenu que par la définition de l'angle visuel. On sait, en effet, que l'angle visuel est formé par deux lignes passant par les extrémités de l'objet que l'on fixe et le centre optique de l'œil. Cet angle ne peut rester toujours le même ; il diminue avec l'éloignement de l'objet, et grossit à mesure que l'objet se rapproche.
C'est en mesurant cet angle visuel, que MM. Giraud- Teulon et Snellen sont arrivés à trouver des caractères de différente grandeur, que l'œil normal doitvoir à des distances déterminées. Le numéro 1 mesure un dixième de millimètre et il doit être lu à un pied de distance ; le numéro 2 est deux fois plus grand et doit être lu à deux pieds, et ainsi de suite.
L'échelle que je donne (pl. i et 2) est composée d'après les bases adoptées par MM. Giraud-Teulon et Snellen. J'y ai indiqué aussi les rapports qui existent entre ces numéros et les caractères de l'échelle de Jaeger, dont on s'est servi généralement jusqu'à présent.
L'acuité visuelle peut s'éteindre progressivement ou subitement chez les sujets qui ont une altération quelconque dans la rétine ou le nerf optique. Beaucoup de malades ont de la peine à percevoir les objets noirs et voient mieux ceux qui sont éclairés d'une manière spéciale, et qui ont une couleur particulière. Ainsi, j'ai vu des malades atteints d'une atrophie partielle de la papille, qui ne pouvaient pas lire des caractères noirs sur le fond blanc ; au contraire, ils distinguaient mieux les mêmes lettres, mais imprimées à encre de couleur ou des lettres blanches se trouvant au milieu du fond noir.
Pour pouvoir mieux étudier les différents degrés d'affaiblissement delà vision centrale, il m'a semblé utile d'ajouter à une échelle typographique ordinaire (pl. 1 et 2) trois autres échelles en caractères de couleur, dont les numéros correspondent complètement à ceux des caractères noirs (pl. 3, Il et 5),
Pour compléter cette échelle, j'ai cru utile d'ajouter un tableau des lignes verticales et horizontales, ainsi que des rayons équidistants dans un cercle pouvant servir à mesurer l'astigmatisme.
Le mot astigmatisme signifie une anomalie de la réfraction, dans laquelle les deux méridiens de l'œil ne présentent pas la même courbure. Ainsi, les rayons qui passent par le méridien vertical peuvent se rassembler sur la rétine pendant que ceux qui traversent le méridien horizontal ne forment leur foyer que derrière la rétine (astigmatisme hypermétropique) ou bien audevant d'elle (astigmatisme myopique).
Cette anomalie de la réfraction amène des troubles visuels très-notables, et qui ont été souvent pris pour une amblyopie.
MM. Giraud-Teulon (1), Hasner (2), ont observé le phénomène de dispersion dans un degré plus prononcé de l'astigmatisme. Les images paraissent, dit M. Hasner, entourées des auréoles colorées. Ainsi, lorsque un œil astigmatique myopique regarde un point éclairé par le soleil à travers un vert violet foncé, ce point lui paraît rougeâtre avec un liséré bleu autour; tandis qu'un œil astigmatique hypermétropique le verra bleu avec un contour rouge»
(1) Mackensie, Supplément, premier fascicule, p. ex.
(2) J. Ritter von Hasner^ Klmische Vortrcige uber Augenheilkunde. Prag, 1865, Bd. I, Abth. II, S. IU2.
Un œil astigmatique placé à une certaine distance de la planche X, qui contient des lignes verticales et horizontales, n'aperçoit ordinairement que celles qui vont dans une seule direction , pendant que les autres sont complètement embrouillées.
Pour déterminer la direction des méridiens dont la réfraction est vicieuse, j'ai l'habitude de procéder de la manière suivante :
L'œil astigmatique doit regarder avec un verre convexe très-fort, par exemple n" 5, la figure 20, et le malade s'éloigne
FiG. 20. — Cercles à rayons pour mesurer rastigmatisme.
ensuite de cette figure jusqu'au moment où tous les rayons du cercle, sauf un seul diamètre par exemple allant dans la direction de 45 degrés, deviennent pâles et s'effacent ensuite. L'axe perpendiculaire au diamètre qui est resté noir est celui dans lequel doit être dirigé le verre cylindrique convexe, dont le numéro est déterminé après les essais successifs de quelques numéros.
M. Javal (1) a imaginé un appareil très -ingénieux pour la détermination précise des méridiens dont la réfraction doit
(1) Émile Javal, Sur le choix des wrres cylindriques {Ann. d'oc.^ t. LV, 9® sér.^ 1866, p. 5).
être corrigée, et il y ajoute une combinaison de verres cylindriques au moyen de laquelle le numéro du verre cylindrique est immédiatement trouvé. Cet appareil est appelé optomètre
FiG. 21. — Optomètre binoculaire de Javal (*).
binoculaire 21). C'est une espèce de stéréoscope, muni de deux verres sphériques convexes, n"" 5. Devant l'une de ces lentilles se trouve un système de verres cylindriques, qui sont successivement placés devant le trou du stéréoscope jusqu'au moment où l'observateur aperçoit également tous les rayons de la figure étoilée, placée en dedans du stéréoscope.
(*) E, bouton servant à éloigner l'image d'épreuve.