CHAPITRE II
Ces questions préliminaires sur la physiologie rétinienne étant résolues, il nous reste à examiner les lois physiologiques sur les sensations colorées de la rétine.
La lumière présente, en général, des qualités très-variées qui sont caractérisées par l'intensité et le mode d'impression produite sur la rétine. La couleur est, comme nous avons vu plus haut, une de ces qualités.
Les couleurs du spectre solaire, de même que les couleurs répandues dans la nature, sont très-variées, leurs nuances et leurs tons se ressemblent souvent à un tel degré, qu'il n'y a presque pas possibiHté de distinguer les unes des autres, à moins que la rétine soit douée d'une organisation parfaite et tout à fait exceptionnelle.
Mais cette perceptivi(é de la rétine n'est pas également développée chez tous les individus, de même que les différentes parties de la rétine ne jouissent pas au même degré de la sensibilité visuelle colorée. Examinons en détail ces différentes questions.
§ 1. — Sensibilité colorée des parties périphériques de la rétine.
La science possède aujourd'hui des matériaux très-importants pouvant servir de base pour la démonstration du degré de perceptivité colorée que possèdent la macula ainsi que les parties périphériques de la rétine. MM. Aubert et Foerster (1) ont fait des études très-importantes à ce sujet, et les résultats
(1) Aubert, ArzUv fur Ophth. von Graefe, DonderSj Arlt, Bd. III, Abth. II, p. 38.
qu'ils ont obtenus leur permettent de faire les conclusions suivantes :
1"* Plus la surface colorée est grande, mieux elle seraperçue par les parties périphériques de la rétine; et tandis qu'un petit carré coloré de la grandeur déterminée ne sera plus perçue par une partie de la rétine éloignée du point de fixation, le carré de la même couleur, mais plus grand, sera visible pour la même partie de la rétine.
2° Les limites de la sensibilité de la rétine pour les couleurs ne sont pas également distantes de la macula dans tous les méridiens ; ainsi les parties périphériques internes de la rétine perçoivent mieux les couleurs que les autres parties. Les couleurs sont en effet perçues par les parties internes de la rétine, qui sont relativement bien plus éloignées du centre que celles de la partie supérieure externe ou inférieure.
S*" Qu'au point de vue de la sensibilité des parties périphériques de la rétine pour les couleurs, il n'y a pas une grande différence entre les différentes couleurs.
Ces conclusions sont très-importantes ; elles sont les résultats des recherches très-minutieuses faites au mo^en des petits carrés rouges, bleus, jaunes et verts de grandeurs différentes, ^ que les auteurs ont placés successivement à différentes distances du point de fixation.
Le tableau que nous donnons ici indique les Hmites du champ visuel, exprimées par l'angle d'écartement sous lequel on peut encore apercevoir les carrés de 1, 2 et 4 millimètres. L'exactitude des résultats auxquels on parvient à l'aide des calculs concernant la valeur moyenne de visibilité périphérique de la rétine, nous permet de conclure que le rouge n'est visible que jusqu'au 27 degrés vers la périphérie ;
le bleu à 34 degrés ; le jaune à 33 degrés et le vert à 31 degrés.
Tableau indiquant les distances angulaires^ à laquelle les parties périphériques de la rétine perçoivent les carrés colorés de différentes dimensions.