‹ Du diagnostic des maladies des yeux par la chromatoscopie rétinienneChapitre 5 sur 31 · Conserves bleues · texte numérisé non relu

Conserves bleues

Le verre bleu est coloré par l'oxyde de cobalt, c'est pourquoi on l'appelle verre cohalt.^W absorbe complètement l'orangé et le vert, et éteint en grande partie le jaune du spectre, tandis qu'il laisse passer dans toute leur force les rayons bleu et indigo de la lumière blanche du jour. Le rouge extrême et le violet passent aussi en abondance. Il résulte de là que les rayons bleus, se mêlant au jaune affaibh par l'absorption et au rouge extrême, donnent une couleur mélangée blanche ou blanc bleuâtre, se rapprochant le plus de la lumière douce du jour. C'est le bleu qu'on peut voir à la lumière la plus faible, comme dit Purkinje (1); à la lumière très-intense au contraire, il prédomine le moins, relativement aux autres couleurs ; il ne passe au blanc que par l'addition du jaune emprunté à la lumière solaire.

Ainsi il est un fait bien démontré, que dans la lumière faible du soleil, c'est l'impression du bleu qui prédomine,

(1) Purkinje, Zwr Physiologie der Sinne, H, 109.

tandis que dans la lumière solaire très-intense, il y a prépondérance notable du jaune. De là résulte que les objets vus A la lumière vive du soleil présentent une teinte jaunâtre, et dans la lumière faible ils sont plutôt d'un ton gris bleuâtre. Les peintres connaissent très-bien ce phénomène, et emploient de la couleur jaune ou bleue, selon qu'ils veulent donner à leur tableau l'expression et le caractère d'une nature gaie ou sombre.

La concentration d'une trop forte lumière solaire sur les objets colorés tend à changer l'effet de l'intensité de couleur, et par conséquent à donner une idée fausse sur les teintes et les couleurs elles-mêmes. C'est pourquoi les peintres ont toujours leurs ateliers exposés au nord, ou, s'ils sont forcés de travailler dans une pièce exposée au midi, ils remplacent les vitres ordinaires par des verres dépolis ou même par des verres bleus, ce qu'on observe aussi dans les ateliers des photographes.

Ainsi, si l'on interpose, comme dit Helmholtz, un verre coloré en bleu par le cobalt pour observer le jaune du spectre, ce verre éteint presque entièrement la nuance jaune, tandis qu'il laisse passer avec toute leur intensité les rayons bleus de la lumière blanche diffuse. Ces rayons bleus, par conséquent, en se mêlant au jaune affaibli par l'absorption, donnent, au lieu du jaune, une couleur mêlée blanche ou même blanc bleuâtre. Il y a donc, comme on voit, l'absorption d'une partie de lumière par les plaques du verre coloré. Pour démontrer mieux encore cette absorption, il suffit de former, au moyen d'un prisme, le spectre de la lumière qui a traversé un verre coloré ; on y remarque alors l'absence ou l'extrême faiblesse d'une série de couleurs, tandis que les

ill DES COULEURS EN GÉNÉRAL.

parties qui répondent à la couleur du verre conservent leur intensité ordinaire.

Les verres bleu-cobalt possèdent naturellement les mêmes propriétés chromatiqûes que la couleur bleue du spectre, et peuvent en conséquence être utilement employés dans le traitement de certaines affections oculaires. Mais nous sommes loin de partager l'opinion de ceux qui croient que les lunettes bleuesj dites conserves, doivent seules être prescrites comme préservatrices contre l'action très-vive de la lumière, et rejettent arbitrairement toutes les autres teintes. C'est une erreur considérable qui n'est basée sur aucun argument scientifique sérieux. Le choix d'un verre coloré pour les conserves ne doit être fait qu'après un examen attentif des symptômes morbides, pour pouvoir les neutraliser par les propriétés chromatiques du verre coloré en rapport avec l'effet que nous voulons produire.

Un verre neutre ou fumée n'aura pas de résultat identique avec le verre bleu-cobalt, car l'un ne fait que diminuer l'intensité lumineuse, tandis que l'autre change surtout les qualités chromatiques de la lumière. Une différence analogue existe aussi pour les conserves vertes, jaunes, etc., que nous examinerons successivement.

Parmi les verres bleus, le plus pur et le plus rapproché des couleurs du spectre est celui qui est obtenu parla coloration avec le cobalt, et c'est la seule teinte pure que nous recommandons pour les conserves bleues. (Les sels de cuivre laissent passer les rayons bleus sans les affaiblir, un peu moins bien les rayons verts et violets, et très-mal, au contraire, les rayons rouges et jaunes.) Mais il y a des teintes très-variées de cette même couleur, c'est pourquoi on est convenu de

choisir quatre teintes également distancées, en commençant par le n" 1, le plus foncé, pour finir par le n" 4, le plus clair. En choisissant ces tons, je conseille de se conformer aux quatre tons de ma table chromatique qui est composée selon les tableaux et les gammes chromatiques de M. Ghevreul(i) (voy. tableau n"" 1).

Choix des conserves bleues. — Dans le choix des conserves, ce qu'on doit chercher, autant que possible, c'est d'apporter un soulagement dans les symptômes qui tourmentent les malades , d'atténuer l'effet d'une trop vive et trop éclatante lumière, ou bien en s'attachant surtout à remédier aux symptômes chromatiques morbides de l'œil. C'est dans ce dernier but que les conserves bleu-cobalt doivent être préconisées. Elles peuvent être ainsi très-avantageusement indiquées dans les cas suivants :

1° Dans les maladies internes de l'œil, telles que rétinites ou choroïdites accompagnées de photopsies et chrupsies de toutes sortes, ainsi que de photophobie. Tous ces symptômes sont en grande partie des sensations individuelles occasionnées par une irritation ou compression de la membrane nerveuse. Cette excitabilité de la rétine est accusée par la difficulté qu'éprouvent les malades à supporter la lumière du soleil, ainsi que la lumière artificielle trop vive. Or, comme dans ces lumières ce sont surtout les rayons jaunes et orangés qui ont le plus d'intensité, il est tout naturel qu'on tâche d'empêcher l'arrivée de ces rayons à l'œil malade. Comme nous l'avons démontré plus haut, les verres bleu-cobalt rempHssent parfaitement ce but, eti absorbant en grande partie

(1) Chevreul, Des couleurs et de leurs applications aux arts industriels à Vaid'e des cercles chromatiques. Paris, 1866.

l'orangé, le vert et le jaune, et ils peuvent être avec avantage employés pour les conserves. En outre, ils ont cette supériorité sur les autres teintes, qu'ils ne diminuent en aucune manière la netteté des objets, et n'assombrissent point la vision. Les malades voient avec ces conserves comme dans un temps nuageux et couvert, surtout si, dans la composition de couleur bleue du verre, il entre une petite partie de noir» Ce sera alors exactement la même chose que fait un peintre pour peindre un ciel nuageux : il emploie, comme on sait, à cet effet, un mélange de noir et d'outremer, en y ajoutant quelquefois un peu de blanc. Grâce à ces conserves, la lumière est mieux supportée par les malades, et ils sont moins tourmentés par les photopsies, par des taches colorées, rouges, jaunes, etc. ; leur vue se repose davantage, et ils peuvent vaquer à leurs affaires, ce qui était tout à fait impossible dans d'autres conditions.

2° Dans certains cas il est nécessaire d'associer aux verres convexes ou concaves dont se servent habituellement les malades, l'effet salutaire des verres colorés. C'est la teinte bleue qui doit être exclusivement employée ; c'est la seule teinte qui, uniformément distribuée dans le verre, ne nuit pas à la réfraction, ce qu'on ne peut dire de toutes les autres teintes.

L'association de ces deux conditions dans les mêmes lunettes est obtenue de deux façons, soit en fabriquant les verres convexes ou concaves avec du verre de couleur, soit en soudant le verre coloré à la lentille de verre blanc, ainsi que l'a proposé Lerebours père. L'emploi de cette dernière méthode offre l'avantage qu'on évite la coloration trop foncée et inégale des lentilles à fortes courbures, mais il faut pour cela que

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les deux verres soient bien collés, autrement la colle se dessèche, l'air s'introduit entre les deux surfaces collées et produit dans les verres des stries et des taches nuisibles à la vision.

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