Conserves vertes
Une opinion répandue depuis longtemps dans le public faisait croire que la teinte verte est la plus favorable pour la vue, par cette principale raison qu'elle existe en très-grande proportion dans la nature, et que notre œil est non- seulement habitué à supporter son influence, mais qu'il éprouve même une sensation douce et agréable à laspect des fraîches prairies, de la verdure du feuillage des bosquets, etc. Les conserves vertes étaient donc acceptées exclusivement pour tous les cas où l'on aurait besoin de diminuer l'effet d'une lumière trop vive. Bientôt une réaction s'est opérée contre l'usage de ces verres, et l'on s'est appuyé sur cette raison, que la teinte verte altérait la couleur des objets et, en décomposant la lumière, faisait voir des nuances jaunes et rouges, etc., ou bien des couleurs complémentaires.
Examinons jusqu'à quel point cette idée est juste, et si les conserves vertes doivent être bannies de l'usage thérapeutique.
Il y a différentes teintes et nuances des conserves vertes, mais ordinairement c'est l'oxyde de chrome et l'oxyde de cuivre qui fournissent les verts dont on fait varier les nuances par l'addition d'autres oxydes colorants. Mais on obtient aussi des faibles nuances de vert par le mélange de peroxyde d'uranium et des sels de cobalt.
Nous savons, par les études chromatiques de MM. Che-
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vreul (1) etBriicke (2), que le vert simple du spectre n'a pas de complémentaire parmi les couleurs primitives simples, mais on trouve facilement une complémentaire pour la teinte vert bleu avec le mélange du rouge, etc. Il faudrait donc, pour obtenir avec le vert du blanc, choisir les nuances qui passent au bleu. Mais ces teintes mélangées ne sont jamais bien déterminées, et le mélange en bleu ou en vert variant, on ne saurait trouver rien de constant pour les lunettes. On sait, d'autre part, par les expériences de Helmholtz, que le vert passe facilement au jaune avec Taugmentation de l'intensité lumineuse. •
Ainsi les conserves d'une teinte verte semblent, au premier abord, présenter un désavantage réel ; elles ne peuvent transformer en lumière blanche ni les rayons jaunes du soleil, ni la lumière artificielle ; tout au contraire, plus la lumière est vive, plus les rayons jaunes et orangés deviennent accentués, et excitent davantage la rétine. Ces inconvénients doivent faire rejeter l'emploi des conserves vertes chaque fois que l'on voudra diminuer l'effet irritant de la lumière sur la rétine.
Mais le verre d'uraçe possède des avantages qui ne sont pas à dédaigner dans certains cas du reste tout exceptionnels. D'abord ce verre éteint la lumière ultraviolette, ensuite il absorbe en grande partie les rayons calorifiques, propriétés que ne possède aucun autre verre coloré. D'autre part, Briicke dit avec raison que si nous nous servons longtemps de lunettes dun vert pâle, nous finissons par considérer comme blancs les objets que nous voyions tels avec un œil dépourvu d'auxi-
(1) Chevreul, Des couleurs^ Paris, 1866.
(2) Briicke, Des couleurs, traduit de l'allemand. Paris, 1866^
liaires (1). C'est une teinte, en effet, relativement plus agréable dans ses nuances faibles que plusieurs autres couleurs, et qui peut être très-utilement employée dans certains cas particuliers.
Choix des conserves vertes, — Les yeux congestionnés et rouges, atteints d'iritis, de kératites ou de conjonctivites, ou exposés dans les pays chauds à la forte réverbération des rayons solaires et à l'action calorifique de ces mêmes rayons, seront beaucoup moins tourmentés, abrités par les conserves à verres d'urane, que par des verres de toute autre teinte. Cette qualité est d'autant plus précieuse qu'on sait, par les expériences de Franklin, qu'un verre noir, brun, ou d'une tout autre couleur, s'échauffe beaucoup plus vite qu'un verre transparent, et l'on comprend très-facilement qu'un œil rouge et malade, congestionné, s'échauffera davantage par l'effet du calorique, qui, non absorbé par les verres colorés, arriveraient jusqu'à l'œil. Le verre d'urane s'échauffe moins au contraire que le verre blanc, et peut de cette manière être utilement employé par les ouvriers dont les yeux se trouvent constamment exposés à la lumière excessive des fourneaux, les chauffeurs de chemins de fer, etc.
Les teintes vertes plus foncées laissent passer une trop grande quantité des rayons jaunes et orangés qui excitent la rétine plus que tous autres rayons. Elles ne peuvent donc être employées dans les cas d'excitation et de sensibilité trop grande de l'œil. Mais lorsqu'il s'agit d'une atonie ou d'un affaiblissement de la sensibilité rétinienne, d'une atrophie incomplète de la rétine, les rayons jaunes ou orangés qui
(1) Briicke, loc. ciL^ p. 51.
passent à travers les conserves vertes pourraient être avantageusement employés par les malades. Gela nous paraît d'autant plus important que, d'après notre observation personnelle, la couleur jaune est celle que la rétine malade et atrophiée distingue plus longtemps que toutes les, au très couleurs. Ainsi, en se servant des conserves vertes, les malades auront la possibilité de laisser arriver sur la rétine affaiblie plus de lumière, sans que cette lumière puisse les gêner considérablement.
C'est dans ce dernier but aussi que nous avons employé avec avantage, chez quelques amblyopiques, les conserves jaune vert ou jaunes; mais ce n'est qu'exceptionnellement qu'on peut y avoir recours, et après s'être assuré préalablement que cette couleur jaune n'est pas désagréable aux malades.
k. Verre rouge.
Le verre rouge ^ coloré par l'oxydule de cuivre, laisse passer un grand nombre des rayons orangés et rouges, et il concentre en même temps le plus de calorique. Ces propriétés le rendent impropre à tout usage thérapeutique ; et nous ne nous en servons que pour examiner les paralysies des muscles et faire ressortir davantage la diplopie.