‹ Du diagnostic des maladies du système nerveux par l'ophthalmoscopieChapitre 28 sur 84 · CÉRÉBRALE · texte numérisé non relu

CÉRÉBRALE

L'hémorrhagie cérébrale s'accompagne souvent de troubles, de motilité, de sensibilité^ de circulation, et quelquefois de nuiriiion, dans l'œil ; mais ces derniers désordres sont très-rares et n'existent que si la maladie est ancienne.

h'' Troubles de motilité.

Au moment d'une hémorrhagie cérébrale il y a souvent un peu de strabisme divergent ou convergent, et alors les malades voient double. Cela dure de un à trois ou quatre jours, et Tœil reprend sa position habituelle en môme temps que la vision revient à son état normal. — (Obs. 7S et 76.) C'est là un symptôme qui n'a rien de particulier à l'hémorrbagie cérébrale.

2° Troubles de la sensibilité.

Les troubles de la sensibilité oculaire varient selon l'a-

18/i DIAGNOSTIC DES MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX.

bondance des bémorrhagies cérébrales. S'il y a beaucoup de sang épanché, la vision est complètement abolie, il y a une amaurose qui dure de deux à huit jours et qui disparaît graduellement. Lorsque au contraire l'hémorrhagie est moindre, il n'y a qu'une amaurose de plus courte durée ou seulement de la Berlue (voyez obs. 74 et 77.)

La photophobie ^ c'est-à-dire l'hyperesthésie oculaire, accompagne quelquefois rhémorrhagie cérébrale (obs. 71 et 73), mais ce trouble de la sensibilité est bien plus rare que dans la méningite, et quand il existe, c'est peut-être à un commencement de phlegmasie des méninges qu'il faut le rapporter.

3* Troubles de la circulation oculaire.

Quand on applique à l'hémorrhagie cérébrale le procédé d'exploration que j'ai mis en usage dans la méningite aiguë, et qu'on examine le fond de l'œil à l'ophthalmoscope, on y découvre souvent, mais non toujours, des lésions vasculaires très-marquées dans le fond de l'œil. Je n'ai encore trouvé que peu d'exceptions à cette règle, car sur trente et un cas d'hémorrhagie cérébrale étudiés à l'ophlhalmoscope il y en a eu vingt-trois qui m'ont offert des lésions assez considérables et] très-siguificalives. C'est ce qu'on peut voir d'un coup d'œil sur le tableau suivant :

OPHTHALMOSGOPIE DANS l'hÉMORRHAGIE CÉRÉBRALE. 185

Dilatation

des

Teioes do la rétine.

Infiltratbn • séreuse.

Déformation ® de la papille.

Atrophie * de la papille.

Flexnosités

des

reines de la papille.

Anciei

Doehé

morrh

agie c

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e n'ayant riei

1 lai88<

h dans l'œil.

Id.

Id.

Id.

Les lésions de circulation du fond de l'œil observées dans rbémorrhagie cérébrale ressemblent beaucoup à celles de la méningite et se produisent sous l'influence

du même mécanisme de compression inlra-cérébrale. Ce sont :

1* La congestion papillaire passive, masquant plus ou moins les bords de l'épanouissement du nerf opti» que sur la rétine, mais ne donnant jamais lieu à une coloration rouge si foncée que celle de la méningite;

•2* V infiltration séreuse de la papille couvrant le fond de Tœil d'un voile blanchâtre au-dessous duquel on voit confusément les vaisseaux de Tœil; lésion observée quatorze fois sur trente et un cas d'hémorrhagie.

3"* La dilatation plus ou moins considérable des veines de la rétine^ ou phlébectasie rétinienne^ quelquefois accompagnée de la flexuosité des vaisseaux; mais^ jusqu'à présent, je n'ai observé sur aucun de mes malades les thromboses^ ni les hémostases phlébo-rétiniennes, à fréquentes dans la méningite aiguë tuberculeuse ;

ft* Les hémorrhagies de la rétine ne sont pas trèsfréquentes. J'en rapporte seulement quatre exemples, dont deux ont été recueillis à la Charité, Tun sur un sujet encore jeune, et Tautre sur un vieillard de soixante-seize ans qui avait un épanchement sanguin de la rétine, large comme une lentille. Les deux autres ont été recueillis sur de vieux invalides observés par mon ancien élève et ami, M. le docteur Picard, à Tinfirmerie de Thôtel des Invalides. Sur un de ces yeux conservé depuis plusieurs mois dans de la glycérine on voit très-nettement cette hémorrhagie, offrant une étendue de 5 à 6 millimètres.

OPflTHALMOSCOPIB DANS l'bÉMORRUAOIE CÉRÉBRALE. 187

S"" Vhydrophthalmie^ caractérisée par la tension, et la saillie du globe oculaire imitant rexophthalmie ; cette lésion est assez fréquente dans Théraorrhagie cérébrale, et mérite d^étre mieux étudiée qu'elle ne Ta été jusqu'ici, car on n'en parle pas dans les livres de pathologie. Ce phénomène est important à rechercher, car il n'existe pas dans le ramollissement cérébral sénile. Je l'ai rencontré dix fois sur yingt^quatre malades.

6* Le glaucome aigu est un phénomène rare, que je n'ai observé que deux fois et qui doit dépendre d'une hydrophthalmie excessive. En effet, si Thémorrhagie cérébrale gène assez la circulation sanguine du cerveau pour amener la suffusion séreuse péripapillaire etl'hydrophthalmie, il n'est pas impossible qu'une plus grande quantité de liquide dans Vœil ne produise le glaucome. Dans ces deux cas, et surtout chez le malade de l'obs. 70, la coloration verdâtre était extrêmement prononcée. Ces faits sont d'ailleurs en rapport avec ce qu'on observe chez les lapins dont on brise la tète d'un coup de marteau, et chez lesquels on constate quelquefois de r hydrophthalmie et du glaucome (voir plus loin« les expériences sur les animaux).

T V atrophie de la papille n'a jamais lieu dans une hémorrhagie cérébrale récente, mais, dans les épanche* roents sanguins considérables qui se résorbent lorsque le malade est guéri, il se produit quelquefois une véritable atrophie papillaire entraînant Tamaurose. C'est ce qu'on verra dans les obs. 78 et 8U.

Les lésions vasculaires du fond de Poeil produites par les hémorrhagies cérébrales sont très-variables dans leur étendue, dans leur durée et dans leur siège. — Elles sont souvent plus marquées sur un œil que sur l'autre. — Elles sont en rappport avec le volume de rhémorrhagie cérébrale, et si Vépanchement est peu abondant, on les voit disparaître assez rapidement. — Au contraire, dans les cas oix il s'est fait un foyer sanguin volumineux comprimant les vaisseaux de l'encéphale, la lésion persiste davantage ; elle se prolonge pendant quelques semaines, et entraîne des changements anato* miques assez importantsdanslatexturedu nerf optique pour occasionner Tamaurose.— Elles sont d'autant plus prononcées que la lésion cérébrale est plus forte, ce qui s'explique très-bien par le degré de gène apportée à la circulation du cerveau et des sinus par Tépanchement. Enfin, elles sont en général plus marquées dans l'œil qui correspond à l'hémisphère malade que dans l'œil opposé. Ce fait est encore la conséquence de l'obstacle apporté à la circulation du sinus caverneux correspondant à la lésion cérébrale, car il est évident que cette lésion agit davantage sur la circulation de l'œiUattaché à l'hémisphère malade que sur la circulation de l'autre œil. Il y a cependant des cas exceptionnels, observés peut-être d'une façon insuHisante,où la lésion de l'œil m'a paru exister à un plus haut degré d'intensité; dans l'œil opposé à l'hémisphère malade; ainsi, sur dix cas d'hydrophthalmie inscrits dans mes

OPHTHALMOSCOPIE DANS LHÉMORRHAGIE CÉRÉBRALE. 180

notes, j'en ai trouvé deux qui sont indiqués comme existant dans le côté opposé à Thémorrhagie cérébrale. Cesont là des faits qui demandent de nouvelles études.

§ IV. — De Timportance séméiotique des lésions oculaires

dans rhémorrhagie cérébrale.

Si les lésions que je viens de décrire se rencontraient d'une façon constante dans tous les cas d'hémori^hagie cérébrale qui se présentent à l'observation du médecin, et si ces lésions avaient le degré de fréquence qu'elles offrent dans la méningite aiguë, leur importance serait considérable. Ce serait le diagnostic entre rhémorrhagie et le ramollissement aigu du cerveau assis sur des bases inébranlables. — 11n*en est pas tout à fait ainsi. — Comme je l'ai dit, il y a des exemples d'bémorrhagie cérébrale où le foyer sanguin étant peu considérable, les troubles visuels sont à peu près nuls; mais à part ces exceptions, les altérations vasculaires du fond de Tœil produites par les hémorrhagies du cerveau peuvent encore donner au diagnostic un degré de précision considérable.

En effet, quand un sujet, avec ou sans symptômes précurseurs, est frappé tout à coup d'hémiplégie avec perte de connaissance, et de sensibilité et qu'on se demande avec embarras s* il a une hémorrhagie ou un ramollissement aigu du cerveau, — Thydrophthalmie, la flexuosité, la dilatation, les varices des veines de la

490 OUGNOSTIG DBS MALADIES DU STSTÀMB NIRVBUX.

rétine ; rœdème péripapillaire ; le glaucome aigu ; les hémorrhagies de la choroïde, permettent d'affirmer rhémorrhagie et de repousser l'hypothèse d*un ramollissement aigu. Ces lésions indiquant une compression intracérébrale, attestent la présence d'un corps étranger subitement placé au sein de la substance du cerveau, corps étranger qui ne peut être qu'un foyer sanguin, etfsous ce rapport elles ont un importance considérable.

Dans le ramollissement aigu du cerveau, comme je le redirai plus loin, il n'y a aucun de ces phénomènes, ce qui s'explique d'ailleurs très-bien par le défaut de compression intracérébral et par l'altération de nutrition de la substance du cerveau.

Ainsi, quelquefois, dans l'hémorrhagie cérébrale, dea lésions vasculaires du fond de l'œil qui ne se rencontrent jamais dans le ramollissement aigu du cerveau, voilà les bases nouvelles du diagnostic des épanchements sanguins du cerveau chez quelques malades.

Maintenant que j'ai montré la nature des différentes lésions oculaires de motilité, de sensibilùé, de circuia^ tion et de nutrition produites par fhémorrbagie cérébrale , en indiquant le degré d'importance qu'elles donnent au diagnostic, il ne me reste plus qu'à publier mes observations, afin que chacun puisse contrôler mes recherches. Ce sont des faits recueillisdans ma clientèle, dans les hôpitaux, surtout à la Charité, et dans les hospices, chez M. L('»ger, dans le service de

OPHTHALMOSGOPIE DANS L^HÉMORRHAGIE CÉEÉBHALE. 191

Bicêtreou, enfln, à Thospice ries Incurables (femmes), dans le service de mon ami, M. Empis.

Plusieurs de ces observations sont incomplètes au point de vue de Tensemble des symptômes et de la marche des accidents; mais il ne faut pas oublier que je n'ai pas la prétention de faire l'histoire de Thémorrhagie cérébrale. Les faits que je rapporte ont été rassemblés dans mes excursions au milieu des hospices et des hôpitaux, lorsque je savais qu'un cas intéressant pour mes recherches se trouvait dans les salles. Us n*ont été recueillis qu'à un seul point de vue, celui des phénomènes fournis par l'ophthalmoscopie au diagnostic des maladies du système nerveux. A cet égard donc, il ne faut leur demander que ce que j'ai voulu y mettre, c'est-à-dire le résumé des symptômes fournis par l'ophthalmoscope.

Om. LXI. — Hémorrfaagie cérébrale. — OphihalmoBo^nei —

Résallat négatif.

Le 15 avril 1863, je vis à la Charité, dans le service de M. N. Guillot, une femme de soixante-trois ans qui avait été frappée dhémiplégie gauche incomplète avec troubles légers de la vision dans i'œil gauche. Cet accideut datait de huit jours. La malade voyait bien, était entièrement paralysée du bras gauche, mais le mouvement était revenu incomplètement dans le membre inférieur correspondant.

Rien au fond de l'œil; -•■ pas d'hydrophthalmie.

192 DIAGNOSTIC DES MALADlfô DU STSTÈME IfEBVBUl.

Réflexions. — Il s'agit d'une bémorrhagie moyenne n'exerçant pas une compression bien considérable sur le cerveau, et la lésion cérébrale n'a eu aucun effet sur la circulation intra-oculaire.

0b8. LXII. — Bémorrhagie cérébrale à droite. — Ophthalmoi* copie. — Bémorrhagie de la rétine dans rœil droit.

Un bomme frappé de paralysie subite au moment où il frottait son escalier, resta hémiplégique du c6té gaucbe pendant huit jours. A peine pouvait-il marcher qu'il vint consulter M. Desmarres pour un affaiblissement de la vue produit au moment de l'apoplexie.

Dans l'œil droit existent plusieurs bémorrhagies de la rétine, et il y a une forte déformation de la papille.

Béfleœions. — Ici, la lésion cérébrale a été assez intense pour empêcher la circulation veineuse du cerveau et pour amener plusieurs hémorrhagies de la rétine.

Cm. LXIIL— Bémorrhagie cérébrale droite datant de la veille, ayant occanooné la mort. — Ophtbalmoacopie. — Bémorrhagie de la rétine. — Bydrophthalmie à droite.

Un vieillard de soixante-seize ans/très-affaibU, fut

OPHTRAUtOSCO^IE DANS L*HÉMORRHAGlE CÉRÉBRALE. 198

frappé d'hémorrhagie cérébrale et porté à la Charité daus le service de M. Guillot. Il était sans connaissance et paralysé des quatre membres et des sens. La respiration était stertoreuse, la peau insensible et le pouls fort à 76. — Mort au bout de deux jours.

L'ophlhalmoscope montra dans Tœil droit atteint d'hydrophthalmie un épanchement de sang sur la rétine large de 6 millimètres environ, et placé à côté de la papille. Rien de semblable à gauche.

A Vautopsie, hémorrhagie énorme du volume du poing dans l'hémisphère cérébral droit.

Réflexions.. — Dans ce cas, l'hémorrhagie du cerveau a été assez forte pour gêner la circulation du sinus caverneux et produire Y hydropluhalmie et Yhémorrhagie de la rétine dans le côté correspondant à l'hémisphère cérébral aflecté.

Ois. LXIII. — Hémorrhagie cérébrale à droite, dalanlde huit jours, ayant occasionné la mort. — Hémorrhagie de la rétine.

Sur un vieillard frappé d'hémorrhagie cérébrale et mort à rinfirmerie de Thutel des Invalides, un de mes amis, M. Picard, médecin aide-major, a constaté par rophthalmoscope une hémorrhagie de la rétine dans le côté droit correspondant à Thémorrhagie trèsconsidérable du cerveau .

BOl'CHUT. i 3

i9& PU61V08TIG DBS MALADIES DU STSTÉn mUTBtJX.

L'œil a été conseryé dans la glycérine, et on y voit encore cette hémorrbagie.

RéfleoDÙms. — Dans ce cas, une hémorrhagie de la rétine a été la conséquence de la pression intracrànienne exercée par une hémorrhagie du cerveau.

Om. LXIY. — Hémorrbagie cérébrale gaacbe aa troisième jour.

— Ophtbalmoecopie. — Œdème péripapillaire des deux côtes.

— Double bydropbtbalmie. — Diplopie passagère, suivie de berioe. — Mort.

M. B y, âgé de cinquante-sept ans, futfrappétout

à coupd'bémiplégieà droite, lemardi 6septenibre 186ft. Tout le côté droit du corps et de la face fut paralysé du mouvement, sans anesthésie ; il y eut de la diplopie avec tension égale des deux globes oculaires, mais l'intelligence resta nette en même temps que la parole était très-embarrassée. Je le vis le 7 septembre, avec les docteurs Fauconneau, Dufresne et Belman, jusqu'au jour de la mort, qui eut lieu le mardi 13, au milieu d'un état de lucidité parfaite.

Examint^s tous les jours à lophtalmoscope, les yeux assez tendus, un peu divergents, présentaient une hypérémie considérable des veines de la rétine et de la papille, urtout dans Tœil gauche, correspondant à Thémisphère cérébral occupé par 1 hémorrhagie. Il y avait également des deux côtés une infiltration séreuse de la papille qui eu voilait complètement le contour et dans

OFËTHALSfOSCOPIK t)AKS L*HÉM0EAHA(I1E CÉRÉ1IRA1.1Î. 19S

laquelle se perdaient les veines de la rétine plus dila* tées en dehors de la papille optique que sur la papille elle-même.

Nulle part il n'y avait d*hémorrhagie rétinienne ni de rupture des vaisseauï.

Réfteœwns^ — Chez ce malade, la gène de la circulation intra-oculaire produite par Thémorrhagie du cerveau n'a produit que de Y hydrophihalmie et de V oedème péripapillaire.

Ou, LXV. — Hémorrhagie cérébrale gauche, datant de quinze Joorâ, avec ramollissement coosécutif . -> Ophthalmoscopie. — Infiltration séreuse de la papille à gauche.

Le & novembre 1863, je fus appelé par le docteur Coquard, mon ancien élève, pour M. F..., âgé de soixante-quinze ans, atteint d'hémiplégie.

Ce malade, dont les artères radiales sont très-ossifiées, avait depuis deux mois de la faiblesse dans les jambes. — Il y a quinze jours, au moment d'un incendie dans sa maison, il eut une grande frayeur et tomba sans oonnaissance, pour se relever promptement avec une hémiplégie à droite. — Il avait repris connaissance et pouvait parler et manger; — au bout de quelques jours il survint des roideurs dans le côté droit du corps et il perdit peu à peu Tusage de la parole.

Au moment de notre consultation,cet homme étaitau

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196 DUGNOSTtC DES MALADIES DU SYSTÈME NEHVEUX.

Ht» enteDdant ce qui se disait, pouvant tirer la langue à volonté, mais voyant à peine et semblant ne pas suivre du regard. Il ne pouvait parler et ne disait plus que le seul mot : Oui. — Sa bouche était un peu déviée à gauche ; — tout le côté droit était paralysé du mouvement et du sentiment. Il y avait en outre une contracture du bras, de Tavant-bras, des doigts et des membres inférieurs.— À gauche, le membre n'était pas inerte, mais le malade ne pouvait s'en servir et il n'y avait pas de contracture. — La sensibilité était très-émoussée.

Ophlhalmoscope . — Dans l'œil gauche, dont Yim fut préalablement dilaté avec l'atropine, la papille est complètement voilée, indistincte; les vaisseaux sont invisibles et la choroïde très-rouge à droite. — La papille est congestionnée sur les bords, qui sont presque indistincts, et les veines peu volumineuses offrent des tlexuosités très-prononcées.

Réflexions. — De ces observations à Tophthalmoscope résulte qu'une gène très-grande de la circulation existait dans l'œil gauche et qu'il y avait un obstacle au retour du sang vers le cerveau. — C'est là, ce qui produisit la congestion choroïdienne susceptible de voiler la papille. — Un obstacle à la circulation dans les circonstances où se trouvait le malade, ne pouvait être là qu'une méningo-encéphalite autour d'une tumeur ou d'un foyer hémorrbagique. En effet, il y eut de la paralysie subite, de lacontractui^ consécutive apparut pro-

OPHTHALMOSCOPIE DANS l'hÉMOERHÂGIE CÉRÉBRALE. 197

gressivement et la paralysie augmenta de jour en jour.

 droite, il n'y avait pas d'obstacle considérable à la circulation, car on voyait nettement la papille, mais il y avait difficulté au retour du sang, puisque Ton observait de la congestion péripapillaire et une notable flexuosité des veines.

Ce malade avait une bémorrbagie de l'hémisphère cérébral gauche avec encéphalite] consécutive et un peu de méningite occupant la base du cerveau.

Ots. LXVI. — Hémorrbagie cérébrale gauche au trentième jour. — Hémiplégie à droite. — flydrophthalmie à droite. — Inûltration séreuse de la papille du côté droit.

M. Paquet, âgé de trente-huit ans, entre à l'hôpital de la Pitié dans le service de M. Empis, salle Saint- Benjamin, n"" 6,1e 18 août 1863, pour une perte subite de connaissance et de mouvement dans le côté droit.

Aujourd'hui le malade conserve de rhydrophthalmie et une hémiplégie incomplète à droite, en voie de' guérison.

Œil droit. — Papille confuse au bord externe, un peu atrophiée en dedans ; vaisseaux petits, artères trèspetites; un peu d*hydrophthalmie de ce côté.

Rien à l'œil gauche.

Réflexions. — Dans ce cas, les lésions de Tœil ont été très^peu accusées et sans utilité pour le diagnostic»

198 OUGNOSTIC DES MALADIES DU SYSTÈME NERYEUX,

Ob8. LXVII, — Hémorrhagie cérébrale gauche datant de dix looit.

— Atrophie chorotdienne : flexuoaité des veioei de la rétine.

Bonnet, âgé de trentensept ans, entre à Thôpital de laPitiéydans le service de M. Empis, salle Saint-Benjamin, n*" !&, le i 5 septembre 1863, pour une hémiplégie droite datant de dix mois, et presque guérie ; — pas d'hydrophtbalmie. L'œil droit et le gauche sont semblables ; dénudation de la sclérotique au o6té interne de !a papille ; vaisseaux flexueux à droite.

Réfleœùms. — Chez ce malade, les lésions du fond de l'œil n'ont pas eu d'importance séméiotique.

Dis. LXVIII. — Hémorrhagie cérébrale gaoche an huitième jour. ^ Infiltration séreuse de la papille dans les deux yeux ; — pas d'hydrophtbalmie.

Bigot, âgé de soixante ans, entre à l'hôpital de la Pitié, dans le service de M. Empis, salle Saint-Benjamin, n* 16, le 15 septembre 1863, avec hémiplégie subite à droite depuis le 10 septembre, c'est-à-dire depuis cinq jours.

Quand je le vis, c'était le 13 du même mois, il n'y avait pas d'hydrophtbalmie, et l'on constatait une infiltration séreuse de l'œil droit masquant la papille et rendant les vaisseaux peu distincts.

La lésion existait à gauche, mais à un état moindre.

OPHTHALHOSGOPIB DANS l'hÉMORRHAGIE GÉR£BEAU. i99

Le malade voyait mieux de loin que de près, et son hémiplégie était déjà presque guérie.

Réfteœions. — Dans ce cas, l'infiltration séreuse du fond de Tœil indiquait une gène de la circulation veineuse cérébrale, et sous ce rapport elle a été d'une grande utilité pour la confirmation du diagnostic.

ÛBê. LXIX. — Hémorrhagie cérébrale gauche au troimème jour. — Glaucome. — Infiltration séreuse papillaire. — Hydrophthalmie.

Bona, âgé de soixante et onze ans, entré à Bicètre, à la salle Sainte-Foi, n^ 20, le 1** novembre 1862, dans le service de M. Léger. Il est sujet aux étourdissements et à un tremblement habituel; il a eu avant-hier une perte de connaissance subite, sans paralysie consécutive considérable.

Sa langue est embarrassée et déviée à gauche, U commissure labiale déviée à gauche, et le côté droit du corps un peu plus Faible, car il serre moins de la main droite. — La sensibilité est conservée. L'œil droit est plus tendu et plus saillant que le gauche ; il voit un peu moins, mais la vision n'est pas abolie.

Œil droit. — Le fond de l'œil est moins rouge et les humeurs un peu verdâtres,glaucomateuses; papille petite, un peu voilée par une infiltration séreuse, et les vaisseaux sont très-petits.

ŒU gauche. — Le fond de Tœil est plus rouge, pas

de teinte verdâtre des humeurs de Toeil; papille petite, plus nette qu'à droite, un peu voilée; vaisseaux petits.

Réflexions. — Chez ce vieillard, l'infiltration séreuse de la papille et la teinte glaucomateuse des humeurs de l'œil droit ont une grande importance. En rapport avec une hémiplégie subite du côté gauche, elles indiquèrent une lésion matérielle gênant la circulation de l'hémisphère cérébral droit, et de là au diagnostic d'une hémorrhagie du cerveau il n'y avait qu'un pas.

Obs. LXX. — Hémorrhagie cérébrale gauche ao deuxième jour. Hémiplégie. — Glaucome aigu à gauche.

Une vieille femme fut apportée sans connaissance à la Charité le 10 novembre 1863 (service de M. N. Guillot). Elle était complètement paralysée du côté droit, et elle mourut au bout de vingt-quatre heures, ce qui permit de constater l'existence d'un énorme foyer sanguin dans l'hémisphère cérébral gauche.

Elle avait un peu d'hydrophthalmie de l'œil droit.

Œil droit. — Quelques opacités du cristallin, rétine rouge, vaisseaux papillaires normaux, mais la papille est parfaitement distincte.

OEil gauche. — Un reflet verdâtre remplit le fond de l'œil ; on n'y peut rien distinguer et on croit voir un nuage verdâtre.

OPHTHÀLHOSCOPIE DANS l'uÉMORBUAGIË CÉaËfiEALE. 201

Réflexions. — Daus ce cas, existait une liydrophlhal^ mie, et, ce qui est plus rare, un glaucome aigu dans rœil correspondant à Thémisphère cérébral affecté. Il est évident que cette lésion était la conséquence d'une tension extrême de la sclérotique par l'accroissement de quantité des humeurs de l'œil. — C'est la lésion qu'on produit quelquefois chez des animaux dont on brise le crâne et chez lesquels il y a une hémorrhagie méningée.

Obs. LXXI. ^ Hémorrhagie cérébrale gauche au deuxième jour. — Pas d*bydrophthalmie. — Hyperesthésie de rœil gauche.

Une femme de cinquante-cinq ans fut apportée sans connaissance, avec hémiplégie, à la Charité^ le 12 septembre 1863 ( service de M. Guillot).

On u*a aucun renseignement sur elle.

L'hémiplégie occupe le côté droit, la bouche est déviée à gauche; iln'yapasd'hydrophthalmie; — la sensibilité tactile est détruite à droite et conservée à gauche.

Œil droit. — Rien d'anormal.

Œil gauche. — Rien d'anormal, si ce n'est de rhyperesthésie assez prononcée à la lumière du réflecteur.

Réflexions. — Cette observation n'est pas moins curieuse par Yabsence de lésions inlra-ociUaires que

202 DIAGNOSTIC DES MALADIES DU SYSTÈME ffERYEUX.

celles dans lesquelles on observe rhydrophthalmie, l'œdème ou les hémorrbagiesdela rétine. Elle prouve que, môme avec un foyer sanguin dans le cerveau, quand l'épanchement n'est pas très-considérable , il peut ne pas se Faire de lésions dans TœiL fait trèsutile à connaître afin de ne pas demander à Topbtbalmoscopie plus qu'elle ne peut donner au diagnostic.

Oia. LXXII. — Hémorrbagie cérébrale au premier jour. — Paralyi» des quatre membres. — Hydrophtbalmie double. — Infiltratioo de la papille.

Un vieillard, âgé de soixante-buit ans, fut apporté à l'infirmerie des Invalides le 8 juillet 186&. Je le vis le soir avec mon élève et mon ami le docteur Picard.

Résolution complète et insensibilité des quatre membres, perte de connaissance et bydropbthalmie double. —Les deux papilles sont très<petites, un peu atrophiées et un peu voilées. — Les vaisseaux se voient au centre, on les perd de vue à la circonférence, et eu dehors de la papille, sur la rétine, ils sont immédiatement dilatés et renflés également sur le reste de leur trajet. Il y a peu de congestion sur la rétine.

Réflexions. — Dans ce cas, bien que les lésions de l'œil ne soient pas très-considérables, elles ont cependant une réelle importance. — V hydrophlhalmie et VinfiUration séreuse autour de ta papitle indiquèrent un

OPBTHAUIOSCOFIE DANS l'hÉMORRHAGIE GÉEÉBRALB. 203

obstacle à la circulation veineuse du fond de l'œil, et par cela même une lésion cérébrale.

(hè. LXXIII. — Hémorrbagie cérébrale droite an deuxième joar.— Hémiplégie. — Uydrophthalmie à droite. — Infiltration séreose des deux papilles.

Un vieillard de soixante-douze ans, fut frappé d'hémiplégie avec insensibilité et perte de connaissance le 7 juillet 1864 . Je le vis le 8 avec le docteur Picard.

11 avait repris connaissance et avait son hémiplégie gauche, de rembarras de la parole et déviation de la langue à gauche.

Un peu de strabisme externe à droite, avec dilatation de la pupille correspondante.

L'œil droit présente de l'hydrophthalmie; — de ce c6té papille très-petite et voilée. Les vaisseaux sont peu apparents à sa surface et dilatés en dehors, sur la rétine, qui est infiltrée de matière pigmentaire.

Pas d'altération dans l'œil gauche. La vision est moins bonne dans Tœil droit que dans l'autre, et la lumière de l'opbthalmoscope moins pénible de ce c6té.

Réflexions. — Chez ce vieillard subitement frappé d'hémiplégie, rAydropA(Aa/mte et Yœdème péripapillaire indiquèrent une lésion cérébrale que les autres symptômes firent caractériser du nom d'hém^rrbagie.

Obs. LXXIV. — Hémorrhagie cérébrale droite. — lofillralion

séreuse. — Hydrophthaimie.

OclioD (Mathurin), âgé de quatre-vingt et uu ans, malade depuis cinq jours, entré le 1" novembre 1862 à Bicôtre, salle Saint-André, n** 12, chez M. Léger. Ce vieillard très-faible a perdu l'appétit, a toujours mal à la tête et de fréquents étourdissements, dont Tun Ta fait tomber sans amener de perte de connaissance entière. Depuis six mois son côté gauche est plus faible et souvent engourdi. — 11 y a cinq jours qu'il se tient mal sur ses jambes et parle très-mal ; sa jambe gauche est paralysée et sa main gauche est plus faible. — Il voit moins de Tœil gauche, qui est gonQé et plus tendu qu'à droite, mais il voit assez bien au milieu d'un peu de brouillard.

Œil gauche. — Infiltration séreuse péripapillaire ; double contour énorme des vaisseaux qui sont très-petits sur la papille.

Œil droit. — Mêmes altérations, seulement l'infiltration séreuse est moins marquée et le double contour plus net.

Réflexions. — Ici, comme chez les malades précédents, il y avait lieu de soupçonner une hémorrhagie cérébrale ; mais les lésions du fond de l'œil, telles que

OPHTHALIIOSCOPIE DANS L'HeHORRHAGlE CÉRÉBRALB. 205

Y hydrophthalmie eiY œdème péripapillaire^ selrouvèrenl k propos pour confirmer ce diagnostic.

Obs. LXXV. — Uémorrhagie cérébrale moyenne. ^ Pas d'by* dropbihalmie. — Cataracte empêchant rophthaimoscopie.

Kinguel (Louis), âgé de soixante-douze ans^ entré le 3 novembre 1862 à Bicôtre, salle Saint-André, n* 19, chez M. Léger.

Il a été pris, dans la rue, de perle de connaissance, de sentiment et do mouvement. On Ta relevé, il était hémiplégique du côté gauche et a été porté à Tinfirmerie.— Dans la journée, il a en partie repris sa connaissance.— Le deuxième jour, hémiplégie complète à gauche avec anesthésie , déviation de la bouche à droite; déviation de la langue du côté paralysé et embarras de la parole; pasd'hydrophthalmie.

Le malade voit un peu et il a une double cataracte qui empêche d'examiner le fond de Tœil ; il meurt au bout de dix jours, et on lui trouve dans le centre ovale droit une énorme hémorrhagie n'ayant pas pénétré dans les ventricules.

Réflexions. — Ici Tophthalmoscopie n'a pu servir beaucoup à éclairer le diagnostic, car une opacité du cristallin empêcha d'examiner convenablement le fond de l'œil.

208 DIAGNOSTIC DES MALADIES Dt) SYSTÈME NEttVEVX.

des phénomènes dont la présence ne doit pas être négligée ; car eu les associant aux autres symptômes offerts par le malade , ils peuvent être de la plus grande utilité pour le diagnoslic.

Obs. LXXVIII. — Hémorrbagie cérébrale gauche, datant de cioq ans. — Uémiplégie. — Amaurose. — Atrophie de la papille. — Mort. — Ancien foyer sanguin de la couche optique.

Decaufïlet, âgé de soixante-huit ans, entré au nMO de la salle Sainte-Foi , le 7 octobre 1862, mort le 10 (service de M, Léger à Bicètre), avait une ancienne hémiplégie à droite datant de cinq ans, et son œil gauche était très-affaibli. — Il entre à l'inCrmeric pour un catarrhe pulmonaire, et je constate une atrophie de la papille à gauche.

Mort au bout de quelques jours.

Autopsie (là octobre 1862). — Outre les lésions du poumon et une hypertrophie du cœur, on trouve dans rhémisphère gauche, au-dessous de la couche optique, une petite partie de la substance cérébrale moUe-celluleuse d'un jaune ocré, bistre dans l'étendue d'une noisette. — Il n'y a pas de cavité. — On dirait un vieux foyer d'hémorrhagie cicatrisé et coloré par du sang altéré. — Le nerf optique est atrophié jusqu'au chiasma.

Toutes les artères du cerveau sont ossiGées en diffc-

OPHtHALUOSCOPlE DANS L'nÉMOtlRHAr.lE CÉRËfiltALË. ^0$

rents points, mais l'ossiBcation est plus prononcée à

Oëb. LXXIX. — Uâmoirbagie cérébrale gauche an Iroiaième jour. Congeatiou oculaire. — InGllration aéreuse de la papille.

Grodinet, âgé de soixante-quatorze ans, entre le 8 octobre 1862 à l'infirmerie de Bicètre pour une hémiplégie droite datant de quelques heures, et venue subitement après quelques maux de tête.

Je le vis le 1( octobre. — Il avait uu peu de stra- Msnae divei^ent de l'œil droit, de la diplopie à distance, de la déviation de la bouche à gauche, de l'embarras de la parole et une hémiplégie incomplète à droite, car il pouvait remuer le bras et serrer faiblement avec sa main. — La papille droite est toute voilée, rouge, et les vaisseaux sont moins nombreux; — la choroïde est très-congestionnée. — La papille gauche est plus apparente, non voilée, et la congestion choroïdienne moins forte.

Au dixième jour, infiltration séreuse de la papille à gauche, c'est-à-dire dans l'œil correspondant à l'hémisphère affecté.

Ou. LXXX. — Hémorrhagie cérébrale â droite, datant de huit mois. ~ Atrophie d'une papille.

S ans, entré le k octobre Saint-André, ù Bicélre, ;he venue subitement it u

210 DUGHOSnC DES VAULDieS DL STSTÂlfE NKR^BUX.

y a huit mois, el sans symptômes précurseurs. — U a été dix minutes sans connaissance, puis il s'est remis, et il était paralysé du côté gauche; sa vue était trouble et est restée ainsi pendant deux mois, alors il voyait double ; mais tout cela a disparu. Main* tenant il voit du brouillard de l'œil gauche et tout ce côté du corps est toujours paralysé.

Atrophie dans la papille gauche et dilatation considérable d'un vaisseau à la partie supérieure de la papille (image renversée).

Om. LXXXI. — Hémorrhagie cérébrale droite au deuxième jour. — - Déooloralion de la papille et de la choroïde. - DilatatioD des vaisseaux de la rétine.

Charrier, âgé de cinquante-sept ans, entra le 24 septembre 1862 à la Charité, salle Saint-Félix, dans le sorviœ de M, Polain, pour une hémorrhagie cérébrale ayant produit la jx^rle de connaissance, de la sensibilité el une hémipk^ie à gauche.

rK^H^Ioralion delà |>apille, de la choroïde el dilatation dt\s vaissi\iux dans Tœil gauche ; rien à droite.

Au In^isi^n^o jour. ciMUractures et convulsions dans lo wMi^ puclu\ qui est jv\ralyst\ surtout à la face.

MtMno otAt vlo U |k\jm!1o à gauche, rien à droite.

Xx' \\\a\m\%^ meurt, H je tmuve dans Tœil gauche \UH^ \>^ ViixMîx^u ti\^~\i\o di^ xAskAùx avec coloration XKN^vwdo Uoîu^rvMde. tA:>i,>qa'â dn^ite il n'y a pas ^iu >^N,Î >^i\H\A.i Aj js^:vrt. r.u:s ù y a aussi une forte

OPttTHALMOSCOPIE DANS l'hÉMORRUAGIE GÉRÉBEàLB. 311

coloration violacée de la choroïde. — Elle est moins vive que dans le côté opposé.

Le cerveau renfermait dans le lobe antérieur droit un foyer sanguin gros comme un œuf, et, 3 centimètres en arrière, un second foyer gros comme une noisette.

Obs. LXXXII. — Hémorrbagie cérébrale à gaache. — Hémiplégie à droite. — Opbthalmoscopie. — Dilatation des veines de la rétine dans rœil gauche.

Bouchard, âgé de soixante-huit ans, entré le 1& novembre 1862 au nM9 de la salle Sainte-Foi, à Bicètre, a été frappé la veille d'apoplexie avec perte de connaissance, de sensibilité et de mouvement; au deuxième jour, il lui est revenu un peu de connaissance et de sensibilité; mais il lui est resté une hémiplégie complète du mouvement et du sentiment dans le t^.ûté droit.

Au sixième jour, même état, la vue est confuse et je

constate une congestion considérable du fond de l'œil gauche. La papille est fortement injectée et les veines de la rétine très-distendues ont un diamètre supérieur à celui de Tétat normal. La lésion est moins prononcée dans le côté gauche. Cet état est le lendemain confirmé par Texamen de M. Galezowski, qui eut Tobligeance de venir à Bicètre avec moi pour exa* miner le malade.

Si 2 DIAGNOSTIC DEâ MALADIES DU SYSTÈME KBRVEUT.

Obs. LXXXIII. — Uémorrhagie cérâ)rale à droite. —

Hydrophthalmie.

Pendant le concours du bureau central des hôpitaux dont j'étais j uge en 1 863, j*ai vu , àla Charité, une femme atteinte d'hémiplégie gauche ancienne, remontant à deux mois. Il n'y avait pas de troubles de la vision ; mais cependant, dansTœil droit, il y avait une hydrophthalmie assez prononcée, et c'était le côté correspondant à la lésion de l'encéphale.

Cm. LXXXl V. -* Hémorrhagie cérébrale à droite. — DilaUUoD I des veines de la rétine.

Un homme entre à la Charité en 1863 pour une hémiplégie subite gauche, datant de trois jours. Il avait la vue brouillée, et à Tophthalmoscope il préseutait une dilatation considérable des veines de la rétine.

Obs. LXXXV. — Hémorrhagie cérébrale à gauche, datant de seize mois, avec hémiplégie droite et amaurose.

Au n"* 23 de la salle Sainte-Marthe, à Bicètre, service de M. Léger, est couché le nommé Ancelin, Agé de soixante-quatre ans ; frappé subitement d'hémiplégie depuis seize mois et huit jours après, il eut un commencement d'amaurose qui dure encore aujourd'hui.

Atrophie des vaisseaux de la papille à gauche dans

0PIITHALM06G0PIE DANS l'hËMORRHAGIE Gâ&ËBRALE. 213

le côté correspondant à la lésion de l'hémisphère cérébral

Ob8. LXXXVl. — Ancienne bémorrbagie cérébrale droite. — Troubles de la vision pendant les premiers jours. — Il n'y a plus rien à Tœil.

Au n"" 15 de la salle Saint-André, à Bicètre» service de M. Léger, se trouve le nommé Bousa , âgé da soixante*deux ans, entré le 7 octobre 1862.

Hémiplégique à gauche depuis cinq ans, d'abord aveugle pendant plusieurs jours, et il n'a plus aucun trouble de la vision .

La papille gauche est normale ; mais les vaisseaux sont dilatés à sa surface et offrent une stase sanguine très-prononcée ; rien à droite. Il sort de l'infirmerie en bon état.

Obs. LXXXVIL— Ancienne bémorrhagie cérébrale à gaucbe. — • Gnérison. — Les troubles de la yision ont disparu.

Au n"* IS de la salle Saint- André, à Bicètre, service de M. Léger, se trouve le nommé Janquet, âgé de cinquante-six ans, entré le 6 octobre 1862 , avec une hémiplégie à droite depuis quatorze mois. Il avait d'abord été aveugle pendant quelques jours ; mais il n'a plus aucun trouble de la vision.

I^es deux* papilles sont dans leur état normal.

11 sort de Tinfirmerie en bon état.

31 & DlAONOStlG DSS MALADIBS DU STSTÈMB HBRTEUX.

Obs. LXXXVIII.— Hémorrhagie cérébrale droite ausepUèine jour. — Infiltration séreuse de la pupille dans les deux yeux, mais surtout dans l'œil droit.

Jolivet, âgé de soixante-douze ans, entré le 16 octobre 1862, au n° 4 de la salle Sainte-Foy, à Bicétre, service de M. Léger. Il a eu hier un étourdissement et est revenu à lui sans avoir de paralysie des membres ; mais il y a une hémiplégie faciale gauche, avec un prolapsus de la paupière supérieure, et un strabisme divergent avec contraction de la pupille et embarras de la langue. — Pas de diploplie ; mais léger trouble de la vision constituant la berlue.

Au septième jour, il est encore dans cet état : les deux

papilles, surtout à droite, sont le siège d'une infiltration

séreuse très-prononcée, et les vaisseaux à la surface

sont très-rétrécis, tandis qu'ils sont très-larges sur la rétine.

ÛBfl. LXXXIX. — Hémorrhagie cérébrale gauche datant de neuf mois. — Àmaurosede l'onl correspondant. — Atrophie et infiltration séreuse de la papille.

Le 27 juillet 1862, je vis à Thôpital Saint-Antoine, dans le service de M. Boucher de la Ville-Jossy, un homme âgé de quarante ans, frappé d'apoplexie neuf mois avant et ayant une hémiplégie du côté droit avec amaurose de l'œil gauche.

OPHTHALMOSGOPIE DANS l'uÉMOHRHAGIB CÉRÉBRALE. 215

L'œil droit ne présente aucune altération, mais dans rœil gauche la papille est très- petite, noyée à son côté externe par une congestion péripapillaire énorme. — Le côté interne, au contraire, est atrophié et offre aussi un peu d'atrophie choroïdienne. — Les veines, trèspetites sur la papille, sont au contraire plus larges en dehors au niveau de l'infiltration séreuse. i^Voy. dans TAtlas la fig. 3.)

Om. XC. — Hémorrbagie cérébrale récente. — Ophthalmoscopie. CongestioD rétiniqae. — Hémorrbagie de la réline.

Sur un invalide atteint d'hémorrhagie cérébrale datant de la veille, M. le docteur Picard constata une vive congestion de la réline dans Toeil correspondant à Thémisphère labouré par le sang et, en même temps, existait près de la papille une bémorrhagie de la rétine lat^e de A à 5 millimètres.

Le malade mourut le lendemain. On trouva un trèsgros foyer sanguin dans le cerveau et, au fond de l'œil, existait l'hémorrhagie de la rétine facile à voir. Cet œil a été conservé dans de la glycérine, placé dans une capsule de verre bien fermée, et la pièce pourra être conservée indéfiniment.

Ou. XCI. — Bémorrhagie cérébrale. — Double aiiaque à im an de diaUnce. — Résorption totale du premier foyer hémorrhagiqaa. — Examen opbtbalmoscopique.

Quantin, ancien militaire, âgé de soixante*quatre

216 DIAGNOSTIC OKS MALADIES OV SYSTÈME NëRYëUX.

ans, a eu au mois de juillet 186/i une première allaque d'apoplexie cérébrale pendaut laquelle le malade a présenté les symptômes suivants. Perte de connaissance entière avec résolution complète des membres du côté droit. — L'hémiplégie est manifeste de ce côté. — La sensibilité est conservée et le malade cherche à se soustraire à la douleur qu'on lui fait éprouver lors- ([u'on le pince. — Respiration stertoreuse : le pouls a de l'ampleur, il est fort, plein et dur. — Le malade reste dans le coma pendant les trois premiers jours de sa maladie ; puis, sous Tinfluence d'un traitement énergique appliqué dès le début (sangsues aux apophyses mastoïdes, révulsifs aux extrémités pelviennes^ purgatifs répétés), les symptômes s'amendent. La perte de connaissance cesse sans trouble de la parole ; l'hémiplégie elle-même disparaît peu àpeu, et après un mois environ le malade est assez bien pour pouvoir sortir sans conserver de trace d'affaiblissement intellectuel ni de paralysie du côté droit.

Dès le premier jour de son attaque, l'examen ophthalmoscopique a été pratiqué , et nous constatâmes alors que l'œil à demi fermé est immobile. La pupille n'est que modérément dilatée et ne se contracte pas sous l'influence des excitations delà lumière.

On instille de latropine dans les deux yeux, et alors l'examen avec le miroir donne les résultats suivants: Les milieux de Tœil sont parfaitement transparents et n'empêchent par Texamen des membranes profon*-

OPUTUALMOSGOPIE DANS l'uÉMQRBUAGIË CÉRÉBEALE. 217

des. C'est surtout sur la papille et ses vaisseaux que portent les altératious qu*oo rencontre.

En effet, l'examen de l'œil gauche par l'image renversée laisse voir la papille optique augmentée de volume, gonflée et présentant un relief assez notable. — C'est là un résultat de son imbibitionet de son œdème. Cet état de choses ne permet pas de limiter d'une façon bien nette les bords mêmes de la papille, et la font apparaître comme à travers un léger nuage. Les altérations des vaisseaux sont encore plus importantes à noter. Les veines sont gonflées, turgescentes, et ont un parcours tortueux, mais on n'y constate pas le pouls veineux ; elles sont seulement dilatées et très- Qexueuses. — Les artères apparaissent par place pour disparaître et reparaître de nouveau ; enfouies qu'elles sont au milieu de la papille, qui par son imbibition et son gonflement les recouvre et les tient en quelque sorte captives. Cette disparition par place ne permet pas de juger d'une façon précise le volume de ces derniers vaisseaux.

L'examen ophtbalmoscopique a été refait le surlendemain, et déjà on a pu constater une amélioration notable dans les altérations que nous avons indiquées. En effet, la papille était plus nette, mieux délimitée, les veines toujours variqueuses cependant; mais les artères s'apercevant plus nettement et sur une plus grande étendue de leur parcours.

L'examen de Tœil droit n a donné lieu à aucune ob-*

318 DIAGNOSTIC DBS HALADrGS DU STST^E NERVEUX.

servatioD particulière. Le 3 avril 1865 Quaotin a une nouvelle attaque : l'hémiplégie porte cette fois sur le côté gauche; il y a perte de connaissance complète; sensibilité diminuée et coma profond. — Même traitement que prêt un peu et sort raie, il répon tarde pas à rei au bout de sh

Cette fois en nous avons ii ophthalmoscoi avons constaté ne laissent pa intérêt. La pa légère infiltra une teinte jai pas observée 1 sont distendu!

enfouis dans la plélernent pai trajet, ils sont papille, pour r rable en dehor

L'œil gauchi

Autopsie. -

Rien de pai face des circc

OPHTHALMOSGOPIE DANS L*HÉM0RRUA6IB CÉRÉBRALE. 319

récent dans Thémisphère droit ayant détruit une grande partie du corps strié, une partie plus petite de la couche optique, et remplissant le ventricule latéral. — Autour du foyer, la pulpe cérébrale est ramollie et infiltrée de sang dans une épaisseur d'environ i centimètre. Ce foyer a le volume d'un petit œuf de poule et la consistance de la gelée de groseille.

Dans rtiémisphëre gauche, on n'aperçoit rien en ouvrant le ventricule latéral, mais immédiatement en dehors et au-dessous du corps strié, un coup de scalpel ouvre un kyste d'où s'écoule une sérosité jaunâtre ; c'est l'ancien foyer. 11 présente aussi le volume d'un petit œuf de poule ; il répond, ainsi que nous venons de le dire, en haut et eu dedans au corps strié, et en basa la scissure de Sylvius et à la corne sphénoïdale du lobe postérieur du cerveau. — H est tapissé par une membrane assez épaisse, finement vascularisée, qu'il est facile de soulever avec la pointe du scalpel. Dans l'intérieur du kyste existent plusieurs points membraneux, assez résistants, allant d'une paroi à l'autre, et présentant aussi des vaisseaux très-ténus dont les arborisations rosées tranchent sur la coloration jaunâtre de la membrane kystique.

Autour du foyer, la pulpe cérébrale n'est pas ramollie, elle parait saine.

Memarque. ^ J'ai examiné ce malade à plusieurs re-

prises avec M. Picard, qui a rédigé Tobservation qu'on vient de lire.

CONCLUSIONS

Dans Thémorrhagie cérébrale il se produit souvent des lésions de la motilitéy de la circulation, de la sensibilité et de la nutrition de Toeil, qui sont la conséquence de répatichement de sang au milieu de la substance du cerveau.

Les lésions de la motilité et de la sensibilité de Tœil (strabisme et photophobie) observées dans Thémorrhagie cérébrale dépendent toujours de la compression des nerfs du cerveau.

XXUI

C^est à la compression des veines méningées ou des sinus de la dure-mère, c'est-à-dire à la gène plus ou moins grande de la circulation veineuse intracrftnienne, produite par une forte hémorrhagie cérébrale»

OPHTHALMOSCOPIË DANS l'iiÉMOURHAGIB CÉllÉBRALS. S2i

qu'il faut attribuer Tapparition des lésions vasculaires révélées au fond de l'œil par l'ophthalmoscope.

Il n'y a que les hémorrhagies cérébrales assez abondantes, pour gêner d'une façon considérable la circulation intracrânienne qui déterminent des lésions vasculaires au fond de Toeil.

L'hypérangie et la pblébectasie rétinienne (10 fois sur S l malades ) avec flexuosités des veines (2 cas) l'œdème péripapillaire (14 cas), et plus rarement, les hémorrhagies de la rétine (ft cas), voilà les lésions do circulation qu'on observe au fond de l'œil dans les fortes hémorrhagies cérébrales.

Quand Thydrophlbalmie (10 fois sur 31 malades) et le glaucome aigu (2 cas) se montrent en même temps qu'une hémorrhagie cérébrale, il faut les considérer comme une hydropisie oculaire passive produite par la compression de Tépanchement sanguin.

Les lésions de circulation de l'œil produites par l'hé-

299 DUGIfOSTIC DES MAi^ADIBS DU SYSTÈME NERVEUX.

iDorrhagie cérébrale existent habituellement dans l'œil correspondant à rbéraispbëre cérébral occupé par le foyer sanguin.

Il n'y a de lésions de nutrition au fond de Tœil dans rbémorrhagie cérébrale que cbez les sujets qui guérissent incomplètement de leur bémorrbagie; alors il se produit parfois une cUrophie de la papille qui est la conséquence éloignée de l'irritation du nerf optique parTinâltration séreuse dont il aété un instant le siège.

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