CHAPITRE IV
DES TROUBLES OCULAIRES DANS LE RAMOLLISSEMENT CÉRÉ- BRAL SÉNILE A L*ÉTAT AIGU ET CHRONIQUE.
Dans un mémoire publié, il y a dix ans, dans les Actes de la Société médicale des hôpitaux de Paris (1), j'ai démontré par de nouvelles preuves que la cause du ramollissement cérébral des vieillards était unique-
(4 ) De la nalure du ramollissemeni cérébral sénile^ par E. Boachut {Actes de la Société médicale des hôpitaux^ t. I, p. 1 06),
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ment ToblitératioD des artérioles du cerveau par les incrustations cartilagineuses et calcaires dont ces vaisseaux sont le siège. — Mes opinions n^ont pas changé^ et, depuis lors, les divers travaux publiés en France et en Allemagne ont mis hors de doute ce fait alors en discussion. — 11 est certain, en effet, que c'est l'obstacle à l'arrivée du sang dans la substance cérébrale qui produit dans le point privé de nourriture un ramollissement, qui n'est autre chose qu'une mortification de tissu, identique à celle qu'on détermine dans le même oi^ane par la ligature de la carotide. C'est une gangrène, comme toute désoi^anisation, produite par une ligature d'artère, et si dans le cerveau elle n'a point d'odeur, c'est que l'organe est à l'abri du contact de Tair sans lequel il n'y a point de fermentation putride possible.
Ce fait a une grande importance, car il révèle un état anémique du cerveau, qui explique parfaitement la nature et la forme des lésions oculaires observées dans le ramollissement cérébral sénile et la différence qu'elles présentent avec les lésions de l'œil dans l'hémorrhagie cérébrale.
Dans le ramollissement cérébral sénile, je n'ai pas observé de lésions oculaires semblables à celles qui se rencontrent si souvent dans les hémorrhagies du cerveau.
Aucun malade ne m'a présenté Thyperesthésie oculaire; la congestion papillaire ou cboroïdienne, la sur-
266 DUGIVOSTIC DES MALADIES DU SYSl^ÈMB KBRVEtJX.
abondance ou la dilatation des veines rétinienues, Tinfîltration séreuse de la papille voilant le fond de l'œil, et les bémorrbagies de la rétine observées dans Thémorrbagie cérébrale sous l'influeDce de la lésion encépbalique. — Sauf un seul cas d'hydropbtbalmie constatée chez le malade de Tobs. â, il ni'a paru évident que les lésions oculaires produites par le ràmullisse*- Dient cérébral sénile n'étaient pas les mêmes que celles de rhémorrhagie du cerveau. Il m'a semblé même qu'il y avait dans ces différences quelque chose d'assez considérable pour faire espérer qu'on pourrait, à leur aidci faire le diagnostic différentiel de ces deux ma* ladies.
Il ne faudrait cependant pas attribuer au ramollissement du cerveau toutes les lésions qu'on observe dans le fond de l'œil chez les vieillards. En effet» il y a des cas où Ton trouve des atrophies choroïdiennes et des atrophies papillaires qui ne sont nullement en rapport avec le ramollissement aigu du cerveau, et qu'il ne faut pas considérer comme le symptôme de cette lésion. Cela s'explique différemment, car l'atrophie de la papille ou de la choroïde se montrant assez souvent chez les vieillards, comme maladie oculaire isolée, si un ramollissement cérébral vient à se produire, on peut trouver au fond de l'œil des lésions qui n'appartiennent pas au ramollissement et qui lui sont antérieures.
Dans les cas de ramollissement cérébral chronique,
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c'est autre chose ; la vue s'afiaiblit par degré, et il y a presque toujours un commencement d'amaurose produit soit par des opacités du cristallin, soit par Tatro-* pbie de la papille compliquée ou non d'atrophie choroïdienne et de rétinite pigmen taire, mais ces lésions intra-OGulaires n'ont rien de caractéristique. Elles appartiennent indistinctement à toutes les maladies chroniques du cerveau.
Voici maintenant quelques-unes des observations que j'ai recueillies. Je n'en rapporte qu'un petit nombre, car toutes celles que j'aurais pu ajouter sont complètement négatives^ et il m'a paru inutile d'allonger sans profit un travail déjà très-étendu. Dans mes recherches même, au lit des malades, j'ai fini par ne plus tenir compte des cas de ramollissement où je ne trouvais rien au fond de l'œil, et il me semblait inutile de les écrire,
Obs. CXXII. -* Ramollissement aigu du cerveau. — Mori«
M. de M..., âgé de quatre-vingt-trois ans, était malade depuis six mois, par une fracture du col du fémur, pour laquelle on fit appeler M. Velpeau à plusieurs reprises. — Il était guéri, mais pendant ce traitement il tomba en enfance.
Un jour, il eut un peu de peine à remuer le bras droit, et il eut de la contracture dans les doigts ; le le lendemain, ce fut une hémiplégie incomplète, avec
contracture et douleur du membre sans perte de connaissance. Le malade répondait mal, mais répondaity et dans le jour il se mit à vociférer, à s'agiter et à avoir des convulsions. Cet état dura quelques heures, puis il fut remplacé par une démence très-douce qui permettait au malade de répondre aux questions en riant de tout ce qu'on lui demandait.
Un peu d'appétit, — peu de fièvre, — incontinence d'urine et défécation naturelle.
Pas d'hydrophthalmie.
Le fond de l'œil est très-pigmenté ; il y a un peu d'atrophie de la papille, mais nulle altération des vaisseaux rétiniens. Dans l'œil droit, même état pigmenté de la rétine. — Papille très-petite, un peu atrophiée, sans altération des vaisseaux rétiniens. — Huit jours après l'accident, il s'est fait un peu d'hydrophthalmie à gauche. — Il y a un peu d'infiltration séreuse qui rend le fond de cet œil un peu moins distinct. — Dans l'œil droit, tout est resté à l'état normal.
Réflexions. — L'absence de toute congestion rétinienne, de toute dilatation des veines du fond de l'œil, m'empêcha de croire qu'il existait une compression intra-crànienne de nature à expliquer l'hémipli^ie survenue chez M. de M..., âgé de quatre-vingt-trois ans. Il était évident qu'il ne pouvait y avoir d'autre lésion qu'un ramollissement cérébral subit occasionné par la dégénérescence sénile des artères.
OPHTâALItOSCOflË DANS LE ttAMoLLiSSfill. CÉftÉËlUL« 269
Obs. CXXIII. — Ramollissement da cerveau. — Ophthalmoscople.
Rien de particnlierà Toeil.
CoursoUes, âgé de quatre-vingt-trois ans, entré le 6 septembre 1862 àTinfirmerie deBicètre, salle Saint- André, n"" 21, pour quelques étourdissements, de la faiblesse des membres et quelques engourdissements. Au bout de plusieurs jours, il a tout à coup du strabisme divergent de Tœil gauche avec diplopie, abaissement de la paupière supérieure et direction de l'œil en bas. Sans être paralysé, il a de l'engourdissement dans tout le côté gauche, puis il vient de l'embarras de la langue, des engourdissements, de la faiblesse dans le côté gauche du corps, et il lève difficilement la main.
L*ophthalmoscopie ne révèle rien au fond de ToBil, et M. Galezowsky, qui a bien voulu se déranger pour faire Texamen des yeux chez ce malade, confirme les résultats négatifs de cette exploration.
Obs. CXXIV. — Ramollissement cérébral.
Rien à Tophllialmoscope.
Marie Haltey, âgée de soixante-quatorze ans, couchée à l'infirmerie des Incurables, chez M. Empis, a de vives douleurs dans le côté droit du crâne, et elle a été prise tout à coup, le 13 octobre 1862^ d'un étourdissement qui a failli la renverser. On Ta soutenue, et elle est restée avec une légère hémiplégie faciale gauche.
S70 PU6M0STIC DBS MMADEEs DU sTsiinB mmvm.
accompagnée d'embarras de la parole, mais sans paralysie des membres.
Ces symptômes ont diminué dès le lendemain, et sauf la douleur de tète, toute hémiplégie faciale ayait disparu.
Rien de particulier à Topbthalmoscope.
0b8. CXXV. — Ramollissement du cerveaa. — Hydrophthalmie.
Atrophie papillaireet chorotdienne.
Alaisse, âgé de soixante- treize ans, est entré le 15 septembre 1863, au n° 19 de la salle Saint-Benjamin, à la Pitié, service de M. Empis, pour une paralysie incomplète du côté droit.
Cet homme, malade depuis six joura au moment de son entrée à l'hôpital, avait été pris d'affaiblissement subit d'hémiplégie incomplète à gauche, augmentant chaque jour et devenant paralysie générale incomplète, avec hébétude et presque démence.
Œil gauche. — Rétinite pigmentaire ; atrophie de la papille avec pigment autour de sa circonférence.
Œil droit. — Hydrophthalmie ; papille distincte et un peu d'atrophie de la choroïde autour de la papille ; — pas de dépôt pigmentaire.
Obs. CXXVI. — Ramollissement cérébral. — Nulle lésion
appréciable du fond de Tœil.
Une femme entra à Tinfirmerie des Incurables le
OPHTHAUIOSCOPIB PANS LE EAtfOIXlSSBll. CéRËBEAL. 371
i5 octobre 1863, chez M. Empis, pour un commencement d'hémiplégie droite venue iiprès up étourdissement sans perte de connaissance. -^ L'hémiplégie, d'abord incomplète, augmenta le jour suivant et devint entière, sans anesthésie. — Il n'y eut pas d'hémiplégie faciale.
L'œil droit ne présente aucune lésion appréciable ; Tœil gauche, correspondant à la lésion cérébrale, est troublé par un commencement de cataracte qui empêche de voir le fond de l'œil.
Ob«. CXX vu . — Plusieurs cas de ramollissement cérébral chronique, chez les uns, état normal, et chez les autres, atrophie de la papille.
Pendant mes recherches sur les troubles visuels produits par les maladies cérébrales, j'ai eu l'occasion de visiter plusieurs fois l'intirmeriedes Invalides (1). Un de mes anciens élèves, aujourd'hui mon ami, le docteur Picard, voulut bien me faire voir ses malades, et dans ces visites nous examinâmes plusieurs cas de ramollissement cérébral chronique. N'ayant rien trouvé de spécial, je n'ai pas pris de notes détaillées, et je n'indiquerai ici que le résultai général de ces visites.
Chez quelques-uns, des opacités de la cornée empêchaient de voir le fond de l'œil ; mais chez ceux dont
(4 ) Voy. le chapitre II relatif à la cérébroscopie dans Thémorrhagie cérébrale.
S7â DtÀ&NOSTtC DBS ItÀLÀMËâ DU SYStÈMtf NË&VËUt
Tœil était resté transparent je constatai, soit l'état normal, soit un commencement d'atrophie papillaire, soit l'atrophie bien caractérisée avec amaurose.
CONCLUSIONS
Le ramollissement cérébral sénile, ou gangrène sénile du cerveau, ne détermine jamais primitivement, et par lui-môme, d'altération de circulation du fond de l'œil, et cela s'explique par l'étal de la substance cérébrale, où il n'existe aucune cause de compression pouvant empêcher le retour du sang veineux de l'œil.
XXXVIÏI
Si l'absence de lésions de circulation du fond de l'œil, dans le ramollissement aigu et sénile du cerveau, permet de distinguer cette maladie d'une forte hémorrhagie cérébrale comprimant les sinus de la dure-mère, il n'en est pas de môme dans les cas où il n'y a qu'un petit foyer d'hémorrhagie ne produisant aucune compression intra-crânienne, car alors il n'y a rien de particulier au fond de l'œil, et tout diagnostic devient impossible.
OPHTHALMOSGOPIE DANS LA PHLÉBITE DES SINUS. 27â
Dans le ramollissement cérébral chronique, il y a souvent une infiltration séreuse des contours de la papille qui ressemble à celle qu'on observe dans le réseau de la pie-mère et qu'on peut, sans témérité , faire dépendre d'une hypostbénie des tissus.
Quand le ramollissement cérébral est passé à l'état chronique, il se fait souvent, au fond de l'œil, une altération de nutrition qui caractérise l'atrophie du nerf optique et qui s'annonce par de l'amaurose.