OPHTHALMOSCOPIB DANS LA PARALYSIE PROGRESSIVE
grandeur et de fortune imaginaires^ sa raison se troubla, et, sans que Ton ait essayé de revenir à la médica* tion lunaire, il a été enfermé à Orléans.
Réflexions. — Chez ce malade, le nitrate d'argent a eu un merveilleux effet sur la paralysie progressive. Non-seulement il a arrêté la marche des accidents paralytiques, mais il les a fait disparaître entièrement, et comme rintelligence n'était pas encore atteinte, la guérison a été complète pendant un an. — Bien que dans la paralysie générale progressive il y ait quelquefois des rémissions dans la marche des phénomènes, je ne crois pas que cela puisse jamais aller jusqu'à une guérison absolue, et le bien-ôtre signalé
chez M. R me parait devoir être attribué à
l'emploi du nitrate d'ai^ent. — Malheureusement, les recommandations que j'avais faites au sujet de Téloignement de tout travail et de tout excès pendant deux ans n'ont pas été suivies, et, un après sa guérison, M. R , en proie à un accès de folie ambitieuse, devait être interné dans une maison de fous.
Obs. CXLVII. — Paralysie générale progressive avec aiiéoaUon. — Nilrale d'argent. — Guérison de la paralysie, mais pas de la folie.
M. de B , âgé de quarante-cinq ans, n'ayant
pas d'antécédents d'aliénation de famille, a été frappé, il y a dix ans, d'un coup de sang dont il s'est rétabli
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bis DU6N0STIG DES MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX.
en quelques jours. Huit ans plus tard, sa parole s'est embarrassée, il bayait beaucoup, et, en même temps, il fut pris d'uD tremblement des mains et d'une incertitude de mouvement des membres inférieurs, qui le faisait trébucher et gênait beaucoup sa marche. Sa mémoire diminuait, et l'on pouvait constater une notable diminution de l'intelligence. Toutes les fonctions animales s'exécutaient bien. On lui donna des soins sans résultat, et quand je le vis, en 1863, il était dans l'état suivant :
Mémoire affaiblie, intelligence obtuse, caractère doux, langage embarrassé par un b^yement trèsprononcé, dû au tremblement de la langue et à l'impossibilité de trouver le mot propre; vision assex nette, pupilles inégalement dilatées, tremblement de l'œil, qui ne peut fixer longtemps un objet; point de céphalalgie ni de troubles de l'audition on de la sensibilité tactile.
Les mains sont fort tremblantes, et la peinture à l'huile, passe-temps favori du malade, est impossiUe ; récriture est incertaine, mais il n'y a pas d'amyosthénie, le malade pouvant serrer avec une force ^ale au moyen de ses deux mains.
La marche est difficile, par suite du tremblement des membres inférieurs, et surtout des genoux. La station sur un pied est impossible.
Toutes les fonctions se font d'ailleurs très-bien.
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Prescription : lodure de potassium ^ 2 grammes par jour^ 2 pilules purgatives de Clérambourg.
Au bout d'un mois, l'état était le même, et le ma*lade partit à la campague, où il eut une congestion cérébrale. Le docteur Millet (de^Tours) lui mit un séton à la nuque, et ordonna 5 centigrammes d'aloès par jour.
Au mois de décembre 1862, à Tépoque du retour à Paris, Pétat de la paralysie ayant augmenté, je changeai la prescription et j'ordonnai du nitrate d'argent, à 2 et & centigrammes par jour«
Quinze jours après, la paralysie avait disparu, il n'y avait plus d'embarras de la parole, de tremblement des mains ni des membres inférieurs, et l'écriture correcte était aussi facile que la marche s'était assurée.
L'intelligence seule ne participa pas à l'amélioration des fonctions motrices ; la mémoire restait infidèle, la raison défaillante, et, dans sou langage, le malade prononçait encore un mot pour un autre. — On supprime le séton, en continuant le nitrate d'argent à faible dose, 1 centigramme par jour.
Au mois de mai 1863, les choses étaient dans le même état, lorsqu'il se produisit une violente congestion cérébrale, caractérisée par de l'agitation et des violences de caractère, par l'oubli des personnes qui Tentouraient, môme de sa femme et de sa fille, qu'il regardait comme des étrangers; enfin, au bout d'une heure, par une perte de connaissance complète.
avec convulsions épileptiques générales de la face et des membres, cyanose, écume à la bouche et strabisme très-prononcé.
Une saignée fut faite; la connaissance revint; mais le malade ne savait pas à qui il avait affaire, et il resta ainsi vingt-quatre heures, se croyant entouré d'étrangers.
Uu séton fut réappliqué au cou, et dix ventouses sèches appliquées chaque jour le long du dos ou des cuisses.
Quand le malade eut recouvré ses sens, il n'était pas plus paralysé qu'avant son attaque, et Tintelligence seule paraissait plus affaiblie. On lui permit de se lever, de manger et de sortir dans le jardin.
Au mois d'août 1863, nulle paralysie de la langue ou des membres. L'intelligence disparaît tous lesjoui^s de plus en plus avec la mémoire. Il ne tient à rieo, connaît à peine sa femme, ne caresse point sa fille, mange comme une brute, avec voracité, dévaste le jardin, dit des obscénités, voudrait en faire, mais il reste facile à conduire, et il obéit aux premières injonctions. Pour la première fois, il a eu des hallucinations de l'ouïe, au sujet d'une de ses amies, dont il a cru entendre la parole; mais cet accident a été court et n'a pas eu de suites.
On élève de nouveau la dose de nitrate d'argent de â à /i et 5 centigrammes, non pour la paralysie musculaire qui a disparu sans retour, mais pour essayer
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d'agir sur rintelligeuce qui ne revieat pas, et sur la mémoire, qui reste toujours infidèle.
Au mois de janvier 1864, l'état est le même, la guérison de la paralysie se maÎDtieDt, mais l'afiaiblissement intellectuel ae disparaît pas.
Cinq eenligramma de nitrate émargent.
Le remède est bien supporté, ne provoque pas de gastralgie ni de diarrhée. Ou remarque sur les gencives une coloration ardoisée, avec un liséré bleu&tre très-prononcé vers la sertissure des dents. La langue est également bleuâtre, mais la peau ne présente rien de semblable.
Aumoisdemai 186&, l'amélioration se maintient ; \a paralysie n'est pas revenue, l'intelligence est en meilleur état. Le malade cause convenablement, et sa langue ne tremble plus ; il ne fait aucun acte d'enfantillage ou déraisonnable, sa mémoire seule est dans un iTfe^-mauvais état.
le supprime le nitrate d'argent en laissant le séton et en donnant un peu d'aconit.
En 1865, l'état est le même, il n'y a plus ni para- /ysi'e ni embarras de la langue. Cet état est remplacé
lagmer dispade la
langue et des niembres, mois il n'a pas été au delà. Son action sur l'intelligence a été complètement nulle.
Obs. CXLVIII. — Paralysie générale progressive, résultant de Tabos des alcooliques et do tabac— Nitrate d'argent -^Amélioralkm.
M. de M..O âgé de quarante-huit ans, depuis longtemps adonné au tabac et aux alcooliques, a eu, il y a dix ans, une attaque de deliriumjremens à l'occasion d'une variole, pour laquelle je lui ai donné des soins. Je l'avais perdu de vue, lorsqu'en i86& il revint me voir. Sa démarche était incertaine, et il avait besoin de se soutenir au moyen d'une canne, ses mains tremblantes l'empêchaient d'écrire correctement, et sa parole était embarrassée, il bégayait en parlant; mais n^avait aucun trouble de la vision, ni des oignes des sens.
Pupilles égales, rien de particulier du cAté de la tôte.
Traitement. — Nitrate d'argent ^ 2 centigrammes par jour^ pendant deux mois.—Cesier de fumer ou de prendre des alcooliques.
Le 10 janvier 1865, M. de M... revient me voir, bégayant encore un peu, pouvant écrire sans trembler, et ses jambes infiniment plus solides. D avait pu monter à cheval et patiner.
NUraie d*argetUy 5 centigrammes par jour.
20 janvier. — L'état s améliore, et sauf un certain
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empâtement delà langue, normal chez M. de M..., il n'y a plus ni tremblement de la langue, ni tremblement des mains et des membres inférieurs. LMntelligence seule reste affaiblie.
Nitrate d'argent^ 10 centigrammes par jour; pas d'eau'deviey de vin ni de tabac.
Au mois de juin de cette année, M. de M... est dans le même état et quitte Paris pour aller vivre plusieurs mois à la campagne. Sa paralysie est arrêtée, mais rintelligence laisse toujours à désirer.
CONCLUSIONS
L'ophthalmoscope ne donne que peu de signes importants au diagnostic de la paralysie générale pro* gi essive et sans eux ce diagnostic peut avoir toute la précision désirable.
La paralysie générale progressive, avec ou sans aliénation, agit quelquefois sur la motilité et sur la nutrition de l'œil, car elle occasionne Y atrophie de la papille, ce qui est rare, elle détruit la synergie de Tiris, ce qui rend les pupilles inégales, et elle engendre une sorte
3/t& DIAGNOSTIC DES MALADIES DU SYSTEME NERVEUX.
d'ataœie papillaire caractérisée par une instabilité de la papille qui gène beaucoup l'emploi de Tophlbalmosoupe.
Dans la paralysie générale progressive, le nitrate d'ai^ent agit favorablement sur la paralysie musculaire, et il améliore beaucoup l'état des malades.