OPHTHALMOSGOPIE DANS LA PARALYSIE PROGRESSIVE
de l'œil, le même observateur n'a jamais rencontré aucune lésion évidente qui pût rendre compte de la paralysie générale progressive ni de Tinégale dilatation pupillaire. Ajoutons que cette dilatation est chose trèsvariable, qu'elle existe aujourd'hui dans un œil, demain dans Tœil opposé^ en dehors, bien entendu, de toute influence de la lumière des fenêtres.
Ob8. CXLVIII.*^ Paralysie générale progressive sans aliénalioa. Amaurose double et atrophie de la papille dans les deux yeax.
Querchet, entré le 5 septembre 186-2 au n^ 13 de la salle Sainte-Foi, à Bicôtre, dans le service de M. Léger, pour une paralysie générale progressive des quatre membres, avec embarras de la langue, tremblement des extrémités et amaurose incomplète double, sans aliénation.
A Tophlbalmoscope je constate de l'ataxie papillaire et une double atrophie de la papille, avec excavation centrale à gauche.
Obs. CXLIX. — Paralysie générale progressive. — Nitrate d*argent et goérison pendant un an. — Cessation des remèdes et rechute à la suite de nouveaux excès.
Un jeune homme âgé de trente-cinq ans, M. R ,
venait de dissiper une grande partie de son patrimoine, en faisant deux fois le tour du globe au milieu de toutes les folies et de tous les excès. Il ve-
d5& DtAGiroSTlC DB8 MALADIE DU SYSTÈttfi IfEEVËUX.
nait de séjourner quelques mois à Bourbon, ayant deux maîtresses à la fois, qu'il satisfaisait tous les jours et souvent deux fois le jour, buvant beaucoup, fumant encore plus, car il consommait de quinze à vingt pipes de tabac et quelques cigares tous les jours. Ce fut sa vie pendant plusieurs années ou à peu près. Parti de Bourbon, il revint en France, et à bord du navire il fumait avec la même exagération. Arrivé à Sainte-Hélène, il commença à sentir de la faiblesse dans les membres inférieurs, et à éprouver de l'embarras pour exprimer sa pensée. Deux mois après, il était à Paris, et, au troisième mois, son médecin, le docteur Moutier, me l'envoyait dans mon cabinet.
Quand je l'examinai pour la première fois, ce fut le 3 août 1863, il était dans Tétat suivant : Embonpoint médiocre, visage rose, bien coloré, offrant les apparences de la constitution sanguine. — Nul antécédent de folie dans la famille.
Tête lourde, avec douleurs fréquentes à la région frontale ; vision un peu troublée, pupilles in^lement dilatées; intelligence confuse, perte de la mémoire; pas d*hallucinations; tremblement de l'œil et de la langue; embarras considérable de la parole, allant presque jusqu'au bégayement, et quelquefois impossibilité ab • solue de prononcer un mot. Dans quelques cas, le malade, voulant dire quelque chose, prononce un mot pour un autre et ne peut pas se rectifier malgré les efforts qu'il fait pour se corriger.
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Les jambes tremblent beaucoup, le malade marche en trébuchant et en fauchant avec les pieds ; il ne se tient qu'avec une canne et ne peut se fixer sur un seul pied ; il ne peut monter ni descendre sans aide, crainte de tomber ; ses mains tremblent également, et il serre sans force ce qu'on lui dit de prendre.
Constipation modérée, pas d'incontinence ni d'im* puissance.
La sensibilité est intacte, et nulle part il n'y a d'engourdissements ou de fourmillements à la peau.
Battements du cœur naturels, pas de soufQe dans les vaisseaux.
Les digestions sont en bon état.
Prescriptions : Nitrate d'argent^ 3 centigr. par jour ^ en 3 pilules. — Cesser de fumer. — Dix ventouses sèches Ums les jours^ le long du dos^ sur la colonne Der • tébrale. — Bains sulfureux tous les jours.
Le 1& septembre suivant, c'est-à-dire au bout de six semaines, le malade revient me voir, Â son as* pect, et dès le premier mot, je fus surpris de l'amélioration obtenue. Il marchait avec aisance, sans hési-* tation, et pouvait se tenir sur un seul pied. Lui, qui ne pouvait monter un escalier qu'avec peine et au moyen de la rampe, il monte sans aucun aide et il ne tremble plus. La mémoire est revenue, et il parle sans bégayer, ne conservant qu'une faible hésitation, peu appréciable. Sa langue et ses yeux ne tremblent
plus; les mains sont plus assurées, et il serre avec force ce qu'on lui donne à prendre.
La vision est toujours un peu meilleure à droite qu'à gauche^ et aujourd'hui, les pupilles sont également dilatées.
Un liséré bleuâtre, mince, commence à se montrer sur les gencives.
Nitrate d'argent^ 4 centigr. par jour.
Dix ventouses sèches.
On cesse les bains sulfureux.
30 octobre, même état. — 15 centigr. de nitrate d'argent fHir jour^ en deux fois.
30 octobre. — A droite, papille étroite, vaisseaux normaux, pigment peu considérable.
A gauche, papille étroite, bords un peu noyés, excavation centrale du nerf optique, dép6t considérable de pigment.
Paralysie générale.
1864, — En avril, le malade va beaucoup mieux, il marche bien et n'a plus de paralysie, ni d'embarras de la parole. Son médecin, M. Moutier, m'écrit de Montargis qu'il est en très-bon état.
Au mois de juin 1864, il était à Paris, se prome* nant à pied au bois de Boulogne, où je le rencontrai avec un de ses amis. Je fus surpris de sa force, de la liberté de ses mouvements et de la netteté de son langage. Sa guérison était complète. — Après un an de cet état prospère, il fut tout à coup pris d'idées de