CHAPITRE XXVllI
DES TROUBLES OCULAIRES PRODUITS PAR l'iDIOTIE ET PAR LA SURDÏ-MUTlTf'.
L'idiotie ne trouble que très-rarement la circulation et la nutrition du nerf optique et de la rétine ou de la choroïde. Cependant il y a quelquefois du nyslagmw et un peu d'affaiblissement de la vision, causé par une légère atrophie de la choroïde qui laisse voir tout le pigment placé au-dessous. C'est une rétinile pigmentaire voy. Allas, flg. 22). Toutefois, tant d'autres signes d'ailleurs caractérisent l'idiotie qu'on n'a pas besoin d'en chercher de nouveaux dans l'intérieur de Tœil.
Li mrdi-mulUé produit plus souvent cette rétinile
BODCHUT. -^
/tSO DUGifOSTIG DBS MALADIES DU SYSTÈMB NERVEUX.
pigmentaire qui n'a aucune imporlauce, et M. Liebreich Ta signalée chez un certain nombre d'eofants.
— Cet oculiste pense qu'elle est surtout la conséquence
de Taltération du principe séminal déterminé par le mariage entre les consanguins. Cestlà un fait à revoir.
— Au reste, voici la note que la Gazette des h&pitaux a publiée sur les recherches de ce médecin (1) :
« On donne le nom assez impropre de rétiniie pigmenteuse à la maladie qui se caractérise chez les enfants par une vision relativement très-imparfaite pendant le crépuscule et par une diminution dans le cbauip visuel, laquelle apparaît surtout quand les objets sont faiblement éclairés.
» Le rétrécissement du champ visuel augmente d'année en année, et détermine finalement, à peu près ver:» l'âge de trente à quarante ans^ une cécité complète. Pendant la période de plusieurs années qui la précède, les malades avaient déjà perdu la faculté de se conduire sans guide, alors même qu'avec le champ visuel très-limité qui subsistait encore, ils étaient capables délire les caractères les plus fins.
»A Tophthalmoscope, on remarque des changements étendus survenus dans la choroïde et dans le nerf optique : une infiltration très-fine et souvent difficile à distinguer dans la rétine ; celle-ci est plus ou moins atrophiée, selon Tancienneté de la maladie : une pig-
(1) De la prédisposition à la rétinite pigmenleuse chez !e$ enfants né$ d*un mariage entre consanguine {Gaz, de$ h&p.^ 8 juillet 4 8IS).
OPHTHALMOSCOPIË DANS LA SURDI-MUTITÉ. /i51
oientatioD de la rétine, extrêmement partioulièr4> et le plus souvent très- nettement dessinée. Il existe alors, à une certaine distance du nerf optique, des points d'un noir intense, à forme dentée ou étoilée. Ils peuvent être réunis et ressembler à un treillis plus ou moins serré. Dans quelques cas, cependant, ils sont plus petits, disséminés et assez éloignés tes uns des autres. » M. Liebreicb, dans un travail publié dans le Deutsche Klinik^ i 861 , n*" 6, reproduit par extraits dans les Archives de médecine de février 1862, établit qu'il but ajouter à la constatation déjà établie antérieure* ment, de la coïncidence entre la surdi-mutité et la pigmentation rétinienne, un nouveau fait. C'est que cette coïncidence est d'autant plus fréquente que la rétinite pigmenteuse est très-rare, que cette coïncidence est d'autant plus frappante que les deux afTeetions atteignent simultanément les enfants appartenant à des familles dans lesquelles ces maladies apparaissent et ne se montrent pas isolément.
)>.La rétinite pigmenteuse coïncide quelquefois avec l'idiotisme et la surdi-mutité.
» 1^ consanguinité des parents constitue jusqu'à présent le seul élément étiologique nettement déterminé de celte maladie si particulière de la rétine. Cette influence de la consanguinité est démontrée par des chiffres proportionnellement plus importants dans la réiinite pigmenteuse que dans la surdi-mutité, l'idiotisme et la folie.
libÛ blAGNOSTlC DES MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX.
» M. Liebreicb a visité les sourds-muets de Paris; sur sept enfants atteints de rétinito pigmenteuse, trois étaient issus de germains, trois ne purent donner de reniseignementSy le septième n'était pas issu de germain.
» Sur quatre-vingt-neuf idiots de Bicêtre, aucune rétinite pigmenteuse ; une seule parmi les soixantedeux idiotes de la Salpètrière.
» Enfin, M. Liebreicb rapporte qu'en Russie, où la probibition religieuse des mariages entre consanguins est sévèrement observée par les catholiques grecs, la rétinite pigmenteuse est d'une grande rareté. »
Un de mes élèves, M. Duguet, a aussi examiné les idiotes du service de M. Moreau à la Salpètrière, et sur plus de quatre-vingts malades, il n'a trouvé d'altératioa du fond de Tœil que sur trois d'entre elles seulement. C'était une rétinite pigmentaire, et cbez les autres ma* lades il n'y avait rien de particulier.
Obs. CCXX. — Idiolie, rétinite pigmentaire.
Vitry, âgée de soixante-six ans. — Imbécile et idiote, offrant une rétinite tigrée ou pigmentaire.
Obs. CCXXI. — Idiotie, rétinite pigmentaire.
Valençon, âgée de soixante et onze ans. — Imbécile et idiote; on constate cbez elle une rétinite tigrée ou pigmentaire.
OPHTUALMOSCOPIË AU MOMENT DE LA MORT. 453 Ou. CCXXII. — Idiotie, rétinite pigmeotaire.
Légèreté âgée de quarante-cinq ans. — Imbécile et idiote; au fond de l'œil existe une rétinite tigrée ou pigmentaire.
CONCLUSIONS
Il est évident que rophtbalmoscope n'apprend rien d'indispensable au diagnostic de l'idiotie, et que si, dans cette maladie ou chez quelques imbéciles et sourdes-muettes, il y a au fond de Toeil un dépôt exagéré de pigment sur la rétine, cette lésion n'est pas assez fréquente pour qu'on puisse en rien conclure sur l'état du cerveau.