CHAPITRE XXIX
DES ALTÉRATIONS DU FOND DE l'OEIL PRODUITES AU MOment de la mort, ou la mort constatée par l'ophthalmoscope.
Il y a vingt ans, j'ai fait connaître les moyens de reconnaître la mort léelle de la mort apparente, en exposant avec soin, et à l'aide de nombreuses expérîen •
à5& DIAGNOSTIC DES MALADIES DU SYSTÈME NEEYEUX.
ces faites sur les animaux, les phénomènes immédiats ou éloignés qui se produisent dans le corps de l'homme qui vient de mourir (1). J'ai montré combien étaient vaines et chimériques les craintes d'être enterré vivant si un médecin avait été appelé pour constater la mort, et j'ai établi que le doute en pareille matière ne pouvait se produire que chez des personnes peu instruites ou étrangères à la science. — En effet, on peut toujours constater, à Tinstant de la mort :
1** L'absence des bruits du cœur à lauscultatioD, pendant cinq minutes, sur chacun des points de la poitrine où ces bruits doivent s'entendre;
S"" La dilatation immédiate des deux pupilles et le relâchement de tous les autres sphincters;
5* La cessation complète des mouvements respiratoires ;
&"* La perte de transparence de la main et des doigts;
5"" L'atTaissement du globe oculaire, avec formation d'une toile glaireuse sur la cornée.
Puis, un peu plus tard, au bout de vingt-quatre heures .-
O"* Le refroidissement du corps ; T La rigidité cadavérique ;
(4 ) TraiU des iignei de la mort et de$ tnoyent d'empêcher le$ «nterrementê prématurés, ouvrage coaronné par oo prix d6 rinstitut, 4 845.
OPUTHAtMOSCOPIE \U MpMENT DE Lk MORT. &55
8*" L'absence de contractililé musculaire par Télectricité ;
9* La putréfactiou .
C'est après avoir étudié tous ces phéDomènes avec le plus grand soin et en multipliant les expériences à l'infini, que j'ai soutenu la certitude des signes de la mort, en déclarant que tout médecin pouvait en reconnaître la réalité et faire procéder sans aucune crainte à rinhumation.
Aucune observation reposant sur le témoignage de médecins éclairés n'est venue depuis lors donner un démenti à cette doctrine. Il n'y a \Ai\s d'erreur possible sur la réalité de la mort. Le temps de ces fautes est passé. — Et si, par extraordinaire, il s'en commettait une encore, je n'hésite pas à la condamner d'avance par ces paroles de Gelse : Non crimen artis quoi professoris est. (Lib. II, cap. 6.)
En étudiant les troubles du système nerveux dans leurs rapports avec les lésions qu'ils entraînent quelquefois sur la rétine et sur la choroïde, j'ai été amené progressivement à rechercher ce qui se passait au fond de l'œil, après la c^essation définitive des fonc-
tion de l'encéphale, et j'ai eu à constater l'existence de phénomènes nouveaux dus à des changements considérables de la transparence, de la coloration et de la vascularitédes inembranesou des milieux de l'œil. — Cela me permet d'ajouter à la liste des signes certains
fie la mort, que j'ai déjà fait ccnnattre, de nouveaux (Hiactëres ayant une haute importance.
Lorsque, pendant Tagonie, on examine le Fond de Tœil à ropbtbalmoscope, en ayant soin de suivre les phénomènes jusquà la cessation définitive des battements du cœur et des fonctions cérébrales, voici ce qu'on observe :
A rinstant de la moil, la cornée se trouble, elle res* semble un carreau de vitœ mouillé, laissant apercevoir difGcilement ce qu'il y a en arrière, puis le fond de Tœil se décolore presque subitement, la choroïde devient à peu près blanche, Tartère de la rétine disparaît, et ses veines, de moins en moins apparentes, cessent de pouvoir être distinguées.
Voici quelques observations qui démontrent la réa* lité de ces phénomènes :
Dans la méningite aiguë, maladie si ordinairement mortelle et dans laquelle j*ai eu si souvent recours ii Tophtbalmoscope pour suivre les progrès de la maladie du cerveau, il m'est arrivé de voir constamment, aux approches de la mort, la coloration rouge de la choroïde el des vaisseaux s'affaiblir d'une façon très-évidente, en même temps que la cornée devenait un peu trouble. — Après le dernier soupir, ces phénomènes se prononçaient davantage, et alors on ne voyait plus le fond de l'œil blanchâtre qu'à travers la cornée, ayant pris Taspect d'une vitre mouillée ou sur laquelle i| vient de pleuvoir.
OFUTHALMOSCOPIE At MOMENT Db LA MORT» &&?
Ces lésions s'observent également chez les sujetsqui meurent de croup ou de toute autre maladie, et je les ai également constatées chez les animaux.
Dm. CCXXIII. — OphUialmoscopie. Signe de mort —Décoloration de la rétine. — Disparition de la papille.
Le 15 août, une enfant opérée du croup par la trachéotomie, le dimanche précédent, le 20 du même mois se mourait. J'attendis l'instant de la mort, caractérisé par la dilatation subite de la pupille, le relâchement de tous les sphincters et la cessation des bruits du cœuràrauscultation.— Aussitôt j'examinai les yeux à Tophthalmoscope, et je constatai une décoloration uniforme et complète du fond de Tœil, disparition de la papille et persistance de quelques vaisseaux.
Om. CCXXIV. — OphthalmoBcopie chez on pendo.
Un vieux militaire, dégoûté de la vie, mit fin à ses jours par la pendaison, comme cela arrive assez souvent chez les anciens militaires de Thôtel des Invalides. Dès qu'on s'aperçut du suicide, au bout d'une heure environ, on fit prévenir un de mes amis, médecin de garde, le docteur Picard, qui le fit porter à l'infirmerie, u'ayant à faire qu*une simple constatation de la mort. Cependant il voulut examiner les yeux h Tophlbal- Dioscope, et soit que la réfringence des milieux de l'œil eût été changée, soit qu'il y eût un peu d'infil-
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tralion séreuse de la rétine, ce qui est plus admissible, on ne voyait ni la papille, ni les vaisseaux rétiniens. L'œil ne distinguait qu'une surface pâle, décolorée, tomenteuse et brumeuse, cachant tout ce qui était audessous.
Ois. CCXXV . — OpbUialmodcopie après la mort chez uo lapm.
Un lapin atteint d'encéphalite et un autre de commotion cérébrale Turent décapités pour mettre fin à l'expérience, et ensuite dans le but de rechercher la concordance des altérations de Tencéphale avec les troubles circulatoires du fond de l'œil, observés pendant la vie. Ce résultat ayant été obtenu, je ne voulus pas perdre l'occasion de constater l'effet de la mort sur les vaisseaux du fond de l'œil étudiés au moyen de l'opbthalmoscope. — J'examinai donc de minute eu minute d'abord, puis ensuite d'heure en heure, et je vis que la papille pâlissait rapidement, en même temps que les vaisseaux perdaient les trois quarts de leur calibre, devenaient presque invisibles. Au bout d'une heure, je cessai de distinguer la papille et au bout de cinq heures on ne voyait plus de vaisseaux ; dans la journée, le fond de l'œil pâlit, resta blanc et brillant, les milieux de l'œil se troublèrent un peu, et la cornée était comme une vitre mouillée par la pluie, chargée de gouttelettes d'eau. — Au bout de seize heure?, les choses étaient encore dans le même état.
OraTHALMOSGOPlE AU MOMENT DE LA MORT. &59
La mort entratne donc ta décoloration immédiate de la papille^ puis la disparition des vaisseaux de la rétim et enfin la décoloration delà choroïde^ qui devient blanche au lieu d'offrir la teinte rouge qui lui est habituelle. Cette décoloration est le résultat de la déplétion des vaisseaux capillaires de cette membrane, et ce sont là autant de phénomènes qui viennent grossir la liste des signes certains et immédiats de la mort.
La science n'en avait pas besoin pour affirmer le moment où la vie abandonne le corps de Thomme, mais leur multiplicité ne saurait nuire, et il est impossible de méconnaître tout ce qu'ils ont de réeletd'important pour la médecine légale.
CONCLUSIONS
Lxxn
Au moment même de la mort, la choroïde pâlit et se décolore, Tartère du nerf optique devient invisible et les veines de la rétine cessent bientôt d'être appréciables.
ULXIII
Chez une personne qui vient de mourir, la cornée ofire> sous la lumière de l'ophlbalmoscope^ l'&ppt^
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rence d'une vitre mouillée par la pluie et chargée de fines j^outtelettes d'eau.