‹ Du diagnostic différentiel de certains engorgements des testiculesChapitre 10 sur 16 · SEPTIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

SEPTIÈME OBSERVATION

Inflammation des gencives. — Transpiration cutanée arrêtée. — Granulations indolentes sur le testicule gauche. — Ouvertures fistuleuses. — Suppuration abondante. — Divers traitements. — Castration. — Guérison.

Radet, voltigeur, âgé de 28 ans, d’une constitution molle , fut couvert , pendant sa jeunesse et à plusieurs reprises , de boutons qui finirent par disparaître. Vers l’âge de 15 ans, Radet souffrit pendant long-temps d’une inflammation des gencives. A 21 ans, le malade partit pour l’armée : six ans s’écoulèrent durant lesquels il jouit d’une assez bonne santé.

 la suite d’un exercice prolongé , le malade éprouva une grande fatigue dans les membres inférieurs. Voulant la faire cesser, il trempa durant un quart d’heure ses jambes dans l’eau froide ( c!élait au mois de novembre 1834). En sortant du bain , il enveloppa ses mollets avec des linges imbibés d’une solution de sel marin et de savon, et se mit au lit. Dans le milieu de la nuit , Radet fut réveillé par une vive douleur qu’il ressentit sur le scrotum gauche ; il y porta la main, et reconnut que le testicule était fortement tuméfié : des anti-phlogistiques calmèrent l’irritation. Le 19 décembre 1834 , le malade entra à Saint-Eloi.

A la première visite , M. Serre trouve le testicule gauche gonflé , un peu bosselé, indolent; le scrotum , quoique sain , adhère fortement à la tumeur. Persuadé, d’après l’ensemble de la constitution et les réponses du malade, que ce dernier est entaché du vice scrophuleux et qu’il n’a jamais existé d’affection vénérienne, le professeur Serre regarde l’engorgement comme étant de nature scrophuleuse , et prescrit le muriate d’or en frictions sur la langue, des frictions locales avec la pommade d’hyjriodate de potasse , et l’application de compresses trempées dans le sel ammoniaque. Ce traitement dura trois mois environ ; les résultats furent peu satisfaisants. Dans les premiers jours de mars 1835, un point de la

tumeur semblant vouloir s’abcéder , M. Serré fit une ponction ; il sortit peu de sang, mais une grande quantité de matière floconneuse, grisâtre. L’ouverture resta fistuleuse , les bords se déprimèrent en forme de cul de poule,et la suppuration continua.

Au mois d’avril, M. Lallemand , croyant qu’il s’agissait d’un engorgement vénérien, malgré les réponses bien claires du malade , ordonna le muriate d’or en boisson , à la dose de deux cuillerées par jour. Radet passa dans le quartier des vénériens. Les quatre saignées furent faites ; on prescrivit ensuite trois pilules de Sedillot par jour. A la trentième, la salivation devint si abondante, que force fut d’y renoncer. Après quelque temps de repos , on voulut recommencer, mais sans succès : Radet ne prit que cinquante pilules environ. Ce traitement détermina quelques douleurs assez vices dans le testicule , mais elles disparurent peu de temps après l’avoir discontinué. On revint au muriate d’o? en boisson.

Au mois de mai, M. Serre fait passer Radet dans le service des blessés. A cette époque , le testicule avait augmenté de volume , la suppuration persistait, mais la santé générale était bonne.

Aux frictions de muriate d’or sur la langue, on associe l’application de compresses trempées dans la teinture d’iode. Yers le 15 juin , le malade

vit sa tumeur diminuer ainsi qué là suppuration. Àu commencement de Juillet Radet partit pour Cette, et là il prit environ cinquante bains d’eau de mer sans en obtenir de grands résultats. Yers là fin d’aout, Radet rentra dans son régiment, fit le service ordinaire pendant trois mois ; mais aii bout de ce tèrmë, des douleurs vives s’étant manifestées, il revint à l’hôpital le 21 novembre. M. Serre recourut aux Frictions d’oxide d’or sur la langue , dans le but de déterminer le moins d’excitation possible. Le 2 décembre , une ponction est faite à la partie moyenne de la tumeur, Un peu de liquide séro-sanguinolent s’écoule ; l’ouverture ne se cicatrise pas, et bientôt livre, ainsi que l’ancienne , passage à de la matière ressemblant assez à du riz écrasé.

Le 1er janvier 1836, M, Lallemand, voyant le peu de succès obtenu par tous les moyens employés, etcédantaux sollicitations du malade, enlève le testicule. La plaie ne se réunit pas immédiatement, elle suppure long-temps. Dans les premiers jours de mars, Radet sort complètement guéri.

On examine la tumeur ; les trajets fistuleux conduisent jusques au testicule , qu’on trouve à peine reconnaissable , tant il a été désorganisé par la suppuration.

Çes trois observations d’engbvgehients scro-

phuleux, d’un seul ou des deux testicules, suffisent pour nous donner une idée nette des caractères distinctifs de ces sortes de tumeurs.

Nous avons vu que les trois malades avaient une constitution faible; que chez deux, les premières années de leur vie avaient été traversées par des maladies graves.

Les deux premiers malades ont vu leurs testicules pris en même temps ; Radet n’a eu que le gauche attaqué.

Chez le sujet de 35 ans, les tumeurs adhéraient aux e'pididymes ; on ne dit pas qu’il en fût ainsi chez le garçon de 12 ans, et quant à Radet, l’épididyme est toujours resté sain ; la dissection l’a prouvé.

Dans les trois cas , les tumeurs se sont développées avec lenteur, ont offert des bosselures, de la dureté , de l’indolence ; leur durée a été longue ; toujours la suppuration a eu lieu à une époque éloignée de T origine du mal. Les trois malades ont vu leur scrotum s’endurcir, adhérer aux tumeurs ; les ouvertures naturelles ou artificielles sont restées jistuleuses , déprimées en cul de poule. Ce caractère et le suivant sont des plus parlants. Le pus n’a été en rien semblable à celuidu phlegmon ; toujours il a été jlocormeux, grisâtre, entraînant de petits corps arrondis, qui, pressés entre les doigts, s’écrasaient facilement et ressemblaient à du plâtre gâché. L’engorge-

ment cancéreux ne présentera rien de tout cela.

Ce que nous devons encore noter avec soin , c’est le bon état des fonctions chez les trois malades.

N’oublions pas non plus que nos trois malades ont été attaqués à une époque bien différente de leur vie : le premier à 35, le second à 7 , Le troisième à 28 ans. Chez le petit garçon , l’engorgementscrophuleux a été compliqué d’une double hydrocèle; chezRadet, il existait aussi du liquide, mais en petite quantité ; enfin , chez tous trois, l’engorgement a respecté le cordon spermatique.

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