‹ Du diagnostic différentiel de certains engorgements des testiculesChapitre 7 sur 16 · QUATRIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME OBSERVATION

Chaudepisse guérie au bout de quinze jours. — Effort vicient. — Gonflement du testicule droit , cessant après quelques jours. — Environ un mois après , gonflement du testicule gauche. — Bientôt récidive du côté droit. — Divers traitements.

Bocassin , fusilier, âgé de 25 ans, d’un tempérament bilioso-nerveux , brun , d’une taille peu élevée , d’un caractère pétulant , contracta , vers l’âge de 1 7 ans , une chaudepisse qu’il vit disparaître au bout de quelques jours. Entré au service , il jouit jusqu’au mois de mai 1835, d’une assez bonne santé , sauf quelques douleurs ostéocopes nocturnes qui le tourmentaient assez souvent. A cette époque , il vit survenir, à la suite d’un violent effort, un gonflement dans le testicule droit; ce gonflement, d’abord un peu douloureux, cessa de l’être au bout de quelques jours : le testicule reprit son volume presque ordinaire. Environ un mois après, le testicule gauche se gonfla sans cause connue et de la même manière. Le repos, les émollients diminuèrent un peu la tuméfaction. Vers la fin d’août, le gonflement reparut du côté droit. C’est alors que le malade entra à Saint-Eloi. A la première visite, on trouve les deux testicules durs, alongés, gros, cylindroïdes, uniformes, indolents. Le scrotum est lâche, très-mobile et à l’état normal. Toutes les

fonctionss’exécutentbien. M. le professeur Serre, persuadé qu’il s’agit de deux engorgements vénériens, prescrit r application sur les testicules de cataplasmes faits avec la terre des couteliers pétrie avec du vinaigre. Au bout d’un mois de ce traitement, les deux indurations avaient beaucoup diminué. Mais plus tard le gonflement resta stationnaire ; on fit alors arriver sur le scrotum de la vapeur de vinaigre : les résultats furent assez satisfaisants. On donna aussi le muriate d’or en frictions sur la langue , dans l’idée de combattre l’affection vénérienne, qui probablement exerçait une influence fâcheuse. Pendant trois mois on s’en tinta ces remèdes. Le 1er décembre, les deux testicules sont encore durs, cylindroïdes, indolents, mais le double engorgement a diminué d’un bon tiers ; toutefois le testicule droit est plus engorgé que le gauche : application sur les parties de compresses trempées dans la teinture d’iode. A la fin de décembre, le malade avait pris plus de huit grains de muriate d’or, et ses testicules étaient de moitié moins gros que dans le principe. Dans les premiers jours de janvier 1836, le professeur Lallemand fait cesser l’usage du muriate d’or, des compresses, et prescrit les. pilules de Sédillot, quatre par jour. Vers la fin du mois , les testicules ont un peu diminué , et sont moins durs. Dans le courant de février, l’engorgement reste stationnaire. Vers les pre-

miers jours de mars, les deux tumeurs deviennent sensible^ de jour en jour la douleur augmente, et avec elle le volume. Vers la fin du mois , les deux testicules ne sont pas plus gros qu’ils ne l’étaient avant l’usage des pilules.

Cette observation nous offre un cas bien tranché d’engorgement vénérien des deux testicules. Que remarquons-nous en l’analysant? D’abord, le malade a contracté une chaudepisse à 17 ans ; l’écoulement a disparu en peu de jours. Quatre ans après, à la suite d’un effort , le testicule droit se gonfle peu à peu et sans douleur presque, et reprend en peu de temps son volume normal. Environ un mois après, le testicule gauche se prend à son tour et de la même manière. Vers la fin d’août , nouveau gonflement du testicule droit coïncidant avec celui du côté gauche. Les observations précédentes ne nous ont offert rien de semblable. Ici gonflement progressif presque indolent, ici déplacement et retour alternatifs de l’engorgement. Celte facilité d’une induration vénérienne à passer d’un testicule à l’autre, pour se fixer ensuite sur un seul ou sur les deux à la fois , est un caractère pathognomonique. Nous verrons que l’engorgement scrophuleux ne procède pas ainsi : que dans le cas de récidive , comme l’a dit Dupuytren , lorsqu’on a enlevé un

testicule vraiment cancéreux, c’est presque toujours le cordon qui devient malade ; tandis que , dans l’engorgement vénérien , c’est au contraire le second testicule qui s’affecte. Continuons.

Le malade n’a eu ni bubons , ni chancres , ni ulcérations, ni pustules , et l’on pourrait croire que la chaudepisse était simplement inflammatoire , et que les engorgements survenus dans les testicules ne sont pas vénériens. Mais ajoutons que Bocassin a ressenti pendant son service des douleurs ostéocopes nocturnes , et ce caractère vient puissamment aider le diagnostic ; car ces douleurs sont toujours sous la dépendance d’une affection vénérienne générale : le doute cessera complètement si nous ajoutons que le malade ne porte aucun signe du vice scrophuleux , qu’il n’a jamais souffert ; que le muriate d’or et les pilules de Sedillot , au lieu d’aggraver considérablement le mal , comme cela serait arrivé si l’on avait eu affaire à un testicule cancéreux , ont dé terminé au contraire, dès le principe, mais d’une manière lente à la vérité , la diminution très-notable du double engorgement.

Le scrotum n’a jamais été tendu, douloureux ; toujours il s’est maintenu flasque , mobile. Nous n’avons pas encore eu occasion de signaler ce caractère , et nous ne le retrouverons pas dans les engorgements scrophuleux et cancéreux. Il faut donc le noter avec soin ; il faut noter aussi

que le malade étant debout , les testicules entraînent lourdement le scrotum en bas , et que la distance entre les deux tumeurs et les anneaux inguinaux est considérable.

Page 1