TROISIÈME OBSERVATION
Chaudepisse. — Contusion du testicule droit. — Chancres à la verge. — Rétrécissements dans le canal de l’urètre. — Nouvelle chaudepisse. — Engorgement du testicule droit.
Beringer, soldat, âgé de 27 ans, d’une constitution forte, avait joui, jusqu’à la fin de 1828, d’une parfaite santé. A cette époque , il contracta une chaudepisse, qu’il traita par le baume de copahu , le poivre cubèbe , la mixture brésilienne , mais sans succès ; l’écoulement persista. En 1829, Beringer, en montant à cheval, se froissa vivement le testicule droit ; ce dernier se gonfla beaucoup, mais des antî-phlogistiques firent cesser l’engorgement. L’écou^menturétral durant encore » le malade , pour le faire disparaître, avala une cartouche de poudre dissoute dans de l’eau-de-vie : l’écoulement ne fit qu’augmenter. Après un certain temps , il diminua peu à peu , mais sans jamais disparaître en entier. Dans le mois d’avril 1834, Beringer contracta des chancres à la verge , et se vit forcé d’entrer à l’hôpital Saint-Eloi. L’ancien écoulement persistait. Le malade prit environ deux cents pilules de Sedillot ; les chancres disparurent , mais non l’écoulement. Après quelques mois de séjour dans l'hôpital, le malade, qui, jusqu’à ce moment et
depuis la première chaudepisse, éprouvait des difficultés pour uriner, se trouva dans l’impossibilité presque complète de satisfaire ce besoin. Une sonde introduite constata l’existence de deux rétrécissements. Ondirigea dès-lors tous lessoins de ce côté. Une sonde fut laissée à demeure ; Beringer la supporta d’abord ; mais, après quelques jours, son usage continué détermina une hématurie très-intense. Le testicule droit se gonfla beaucoup , s’enflamma ; la suppuration devint évidente, on ponctionna à deux reprises, et du pus bien lié, jaunâtre, semblable à celui que fournit un phlegmon, s’échappa au-dehors. Au mois de novembre de la meme année , Beringer partit en convalescence, ayant toujours son écoulement, ses rétrécissements, mais sans aucun engorgement des testicules. Au mois de mai 1835, le malade contracta une nouvelle chaudepisse ; bientôt l’engorgement du testicule droit reparut, et les urines s’écoulèrent bien difficilement. Le 28 octobre, Beringer se rendit pour la seconde fois à Saint-Eloi ; on l’examine et on trouve le testicule droit gros, peu rénitent, dur, indolent. Le malade dit que dans le principe son testicule, quoique plus gros que d’habitude, était cependant un peu mollasse. L’épididyme participe à la tuméfaction : cette dernière est assez régulière. Les rétrécissements du canal sont dans le même état ; l’écoulement , quoique faible , dure encore.
On cherche à combattre les rétrécissements par l’usage dessoudes à demeure; mais elles déterminent tant de douleur qu’on est forcé de les 3 retirer, et leur emploi produit même l’augmen-
tation de l’engorgement testiculaire. Des antiphlogistiques calment ce surcroît d’irritation, et peu à peu les choses reviennent au point où elles étaient d’abord. On a recours aux anti-syphilitiques : le muriate d’or est donné en solution , et on lui associe la tisane de salsepareille. Ce traitement est continué pendant près de deux mois, mais sans succès aucun ; les difficultés d’uriner et le gonflement testiculaire persistent. Le 25 février 1836, le malade sort de l’hôpital.
La lecture superficielle de cette observation pourrait faire croire qu’il s’agit d’un engorgement vénérien , et non d’un engorgement inflammatoire chronique : le malade, en effet, a eu plusieurs chaudepisses et a contracté des chancres. Mais , en analysant ce fait , on ne tarde pas à reconnaître qu’il s’agit en réalité d’un engorgement inflammatoire. D’abord, rappelonsnous les caractères apparents de la tumeur testiculaire. Le testicule était peu rénitent, dur, gros, indolent, et dans le principe il avait été mollasse. Le malade n’y ressentait de la douleur que lors
de l'introduction des sondes dans le canal. La peau du scrotum n’a jamais été altérée, et après les deux ponctions, la petite plaie s’est cicatrisée. Enfin , le pus évacué n’avait aucun des caractères qui appartiennent aux engorgements tuberculeux ou cancéreux suppurés. C’est à la suite d’une contusion que l’engorgement s’est manifesté ; il a disparu deux fois , et n’est devenu stationnaire et rebelle que lorsque les rétrécissements du canal sont devenus eux-mêmes plus prononcés. Leur présence, en s’opposant au passage des urines, entretenait dans l’urètre une irritation qui , par continuité de tissu , se propageait facilement au testicule engorgé. Les chaudepisses ou les chancres survenus ne peuvent donc pas, dans ce cas , être considérés comme la cause de l’engorgement ; il ne reconnaît pour telle que la contusion éprouvée et les rétrécissements urétraux. Rien ne vient appuyer la première supposition. Les mercuriaux employés avaient guéri Beringer de ses infections vénériennes; si l’engorgement leur résiste , c’est qu’il n’est pas sous leur influence ; il ne cessera que lorsqu’on aura fait disparaître les rétrécissements urétraux qui l’entretiennent.