PREMIÈRE PARTIE
dans soldât , vouéyâge. Racine abrégeait-il Va à' âge ou allongeaitil l'a de courage quand il écrivait :
De nos princes hébreux il aura le courage, Et déjà sa raison a devancé son âge.
« Dans les finales en âge des mots de trois, quatre ou cinq syllabes, visage, mariage, apprentissage, Va est allongé, mais très légèrement; de même pour les finales en alement et ablement. » (H. Est. dans Livet, p. 339.)
« A est bref aux mots terminés en âge, excepté âge, plage, page de livre, image, adage, suffrage, naufrage, présage. » (L. Chiiïlet, p. 183.)
Nota-bene. — J'ai encore entendu des vieillards prononcer en a ige les finales en âge, d'après une prononciation probablement d'origine normande , qui a régné jusque vers le milieu du XY1 siècle. Aujourd'hui elle a presque entièrement disparu du langage de nos paysans.
« Tous les mots français qui dans l'écriture se terminent en âge, doivent a la lecture ou dans la conversation faire entendre un i entre Va et le g , comme si au lieu de l'a, il y avait la diphtongue ai. » (Palsgr. p. 8 Car aujourd'hui un entre touz en sçay-je Qui pour femme a laissié son hermitaige.
(Eust. Desch. p. 32.) Un renard , qui vit ce formaige , Pensa a luy : Comment Yauray-je? (MUf P. Path. p. Al )
Cette prononciation est encore usitée en Anjou.
Remarque 4. — A prend un son nasal très prononcé dans les mots où il est suivi de n ou de m, seuls ou redoublés; Ex : année, animal, inanimé, hanneton, Anne ou Nanne, pron. : an-née, annimal, inarc-nimé, /ia/i-neton, An-ne ou N an-ne, en traînant sur la syllabe an, sans la lier à la suivante.
Cette remarque s'applique également aux mots oùl'e suivi de n ou de m a le son de an ; Ex. : fem-me, en-nemis, éloquem-ment, diligem-ment, nen-ni, etc., pron. : fan-me, (on dit plus souvent
j'eume, fume, d'où jumelle ), rm-nemis, éloquaw-ment , diligeawment, nan-m.
Enfin ce son nasal s'introduit dans des mots où Vm etl'n. qui suivent l'a ne font pas partie de la même syllabe , et jusque dans certains mots où l'a est suivi d'une autre consonne que n ou m. Ex.: gagner, harnacher, nasse, tempérament, pron. : gangner, /w/î-rnacher, nan-sa, tempéra/i-ment. (')
J'ajouterai que les syllabes ien , ient à la fin des mots se prononcent généralement an, ian, excepté bien, adverbe, et rien, qui sonnent plus communément hm et ren; Ex. : chien, lien , chrétien, il convient, il appartient, etc. ; pron. : chian , lian, chreguian, ou keurquian , il conviant, il appartiant, etc.
Cette prononciation des sons enetent, en quelque endroit des mots qu'ils soient placés, est conforme à l'ancien usage de la langue française. Nos pères ignoraient la mode de prononcer du bout des lèvres , comme nous le faisons aujourd'hui dans faine , éloquament, diligeament , étonament. (2) En voici des preuves :
« 1° Si m ou n suivent immédiatement e dans la même syllabe, cet c .sonnera comme Ta italien et avec quelque chose de nasal. Ainsi embler, améndrir, endementiers. humblement, se prononceront ambler. amandrir, andemanîiers, humblemaut. Les Français donnent ce sonâl'e, suivi de m ou n dans la même syllabe, même quand la syllabe suivante commence par un autre mou n. Ainsi femme, mienne, tienne, sienne se prononceront famme, mianne, tianne, sianne. » (Palsgr. p. 3.)
Durs aux maulvais et tiers aux ennemis, Ardants d'honneur et haults entrepreneurs,
Prononcez :
(1) Cf. Uv8avu, Uri*w, pingo , jungo, etc.
(i) Bien que la prononciation de ammtnt en ament soit probablement un peu antérieure, ce n'est qu'au XVIIIe sièeie qu'on en trouve des exemples. « Ericie dit à Helenus, qui l'aborde galament. » (Nouv. amus. tom. XI H. 28. Cf. id. p. M et 90, aparament, et Mém. de Litt. passim.)