‹ Du dialecte blaisois et de sa conformité avec l'ancienne langue et l'ancienne prononciation françaiseChapitre 103 sur 132 · VI. APOCOPE OU RETRANCHEMENT D'UNE SYLLABE FINALE · texte numérisé non relu

VI. APOCOPE OU RETRANCHEMENT D'UNE SYLLABE FINALE

Prime, preume ou pr eu; seg ou seug; aristo; démoc-soc, nigaud, etc.

Or faisons un jeu. — Quel vicux-lu ?

— Je corn mendierai volontiers Em preu. (')

(Li gieus de Robin, etc. Ruchon, pag. 120.)

'1) Cf. avec le grec u\. Sa, etc. Voir Burnouf, Gr. Grecq. pir 189.

Empreu et deux .

(M,reP. Path. p. 36.)

VIL métathèse. — H y a deux lettres que l'on transpose en blaisois, la liquide / et surtout la liquide r; quelquefois quand elles sont suivies d'un o, toujours quand elles sont suivies d'un e ; Ex. : barbis, bertôn, queurquien, pimpernelle ou pimpeurnelle, un froumi (brebis, breton, chrétien, pimprenelle, une fourmi.)

Attendez-le, que ja venra praici.

(M. des Vierg. sag. etc. Buchon, p. 4.) Que il monteploie et pour file.

(J. Bodel; Buchon.) De souffrir que mi gage Voisent a tel poverté.

(M. de Théoph. Buchon, p. 152.) Je ne se si en Ber tangue l'aseteront (Lett. de Ph. de Coin.) Bernez mil Francs de France notre 1ère.

(Ch. de Bol. I, 3.)

La venoit Un renard qui vit ce formaige :

Pensa a luy : Comment l'auray-je ?

(Mtre P. Path. p. 47.) Devers Joseph vint le peuple paoureux Voulant de lui acheter du fourment.

(Quadr. histor. XLI.)

VIII. attraction. — 1° ii se change généralement en / quand il est suivi de cette dernière lettre.

Dieu tousjours les tourmente et grève De soubs et sus par lot aller, Et devant les barons palier.

(Guill. de Lorris.) Volontiers a eux paîleroient S'il ensemble avoir les pouoient.

(S'Graal, vs. 1400.)

Seigneur A' Mande. (Phil. III, roi de France-, Lett. de Rois, etc. I. p. 244.)

Jevosverée, si Dieu plcst, a notre paJlement de la S' Micbiel. (Maurice de Craon, id. id. I, p. 274.)

On oit sur la nuit tarde en courroux rugissans Les sangliers porte-seie et les ours es estables Forcener, et les loups huiler espouventables.

(J. deMontl. p. 543.) Les hullemens affreux des mâtins d'Hécate. (Id. p. 223.)

2° R se change par attraction en b dans arbre ; en c dans mercredi; prononcez dbre-abbre, meccredi et par métathèse mékerdi.

« Il est vray qu'autrefois on prononçoit à la cour abre et mabre pour arbre cl marbre, mais mal ; aujourd'hui cela est changé, on prononce IV; comme a plus i1) on ne prononçoit pas 17, et aujourd'hui on la prononce. » (Vaugelas, Rem. sur la lang. fr.)

« Le meilleur usage est non seulement de prononcer, mais aussi d'escrire mecredy sansr, et non pas mecredi. » (Id. id.)

En cet heureux jour de lundy J'ay sceu de ma belle inhumaine Que je la verrois mercredy.

Amour, oste a cette semaine L'incommode et jaloux mardy.

(Rec. des poèt. IV. 210.) Il est aujourd'hui mecredy Du mois de juin le XVe.

(M. duS.d'Orl. vs. 18070.)

« Le P. B. dit que IV de mecredi ne se prononce point, et communément ne s'écrit plus. J'ai trouvé le même avis dans le livre de la politesse de la langue Françoise, imprimé il y a plus de cinquante ans. » (Bibl. des enfans, 1733, p. 149.)

(1) Cf. Le Péd. joué, II, 2.

Je ne sray jms qui je sis.

<( R ne se prononce pas dans mecredi, chirugien. » (L. Chamb. p. 70,

3° S suivi de la syllabe finale te la change par attraction en se ; Ex.: Augusse, jasse, posse, dentisse pour Auguste, juste, poste, dentiste.

Pourquoy larron me faiz nommer ?

Pour ce qu'on me voitescumer En une pétiole fuste?

Se comme toy me peusse armer, Comme toy empereur je feusse.

(Fr. Villon, Gr. Testament, XVIII.)

Le progrès march'rue de TÉcrcvisse ; Ch'min de TEventail pour la fraîcheur; Et rue des Planch's les ébènisses Que c'est comme un bouquet de fleurs.

(Le Mans, dix minutes d'arrêt, Revue fantaisiste par V.

Collodion, représ, le 8 novembre 1871.)

Y avait la des étàlagisses

Des vanneurs et des charpentiers, Enfin pour rendre a tous justice

Y avait des gens d'tous les métiers.

(Figaro, n° du 30 juillet 71, pag. 3, col. 4.)

4° S, suivi de la syllabe finale me, tantôt se supprime comme dans calécltime-catéchisme, tantôt change par attraction Ym initial en s comme dans rhumatisse-rhumalisme, cataplasse-cataplasme . Cf. Rom. delà R. vs. 4177.

Pour ce est fol qui s'en aprime, Car quand on fait bon silogisme...

S devant une consonne, c'est un phénomène bien connu, ne sonnait pas dans la vieille langue. Paste, beste se prononçaient pâte, béete. Pasquier affirme avoir entendu dans sa jeunesse prononcer

Ys (Xhonneste (l) ; mais ce n'était déjà plus la vieille langue. Je pense que Ys était également muet dans les terminaisons en istc, osle, uste. (Cf. Bcrte ans gr. p. éd. P. Paris, p. 125.)

Vous criez tous haraut contre les Jésuites ; Il les faut reléguer au-delà du Japon.

Si nous en avions dit autant des Calvinistes, Nous serions aussi noirs que des sacs de charbon.

(Extr. de la Rev. hist. litt. et archéol. de l'Anjou, Juill. 1868.)

On a dit au XVIIIe siècle registre et regllre. Quelques-uns se servent encore de cette dernière prononciation, bien que registre semble l'emporter aujourd'hui.

DEUXIÈME CLASSE. — ANCIENS SUBSTANTIFS QUI DIFFÈRENT DU FRANÇAIS ACTUEL PAR LA FORME.

§ 1. Le paysan blaisois a conservé un certain nombre de substantifs usités au moyen-âge, et même, quelques-uns du moins, au siècle de Louis XIV, et que l'Académie a depuis repoussés de son dictionnaire.

\° Aria ou haria, subst. du verbe arier ou harier. (L7i n'est plus aspiré aujourd'hui.)

Wordes in the frenclie long as having h written at theyr begynnynge gyve hym his aspiracion : Marias... ele: (Palsgr. p. 18. V. Roquefort et Burguy, gloss. Etym. au mot harier.)

2° Arismétique. —

Quand il traitoit d" arismétique.

(R. de la Rose, vs. 70oo.) Cf. Eust. Desch. p. 262.

3° Biaude. — Corruption de l'ancienne forme bliaut, blouse. Pour le changement de / en d, voir Brachet, Dict. Etym. à aider.

(1) Tom. I. livr. VIII. col. 756. B. D'après tous les poètes du XVI» siècle, la terinin. este semble avoir toujours sonné été, ou ette.

Pour le changement de / en t, voir H. Est. De la Précell. p. 292. Cette transformation d'/ en i, ordinaire en italien, est fréquente surtout dans l'Anjou et le Maine.

Ex. :

Faut gli mette eune empiète. (Jeanne Pothier, domestique à La Flèche.)

Ipieuvai a varse. (Père Gaudin, casseux de boas, ibid.)

4° Bourrier. —

« Je ne suis plus qu'un bourrier de la rue. » (Balzac, le Curé de Tours, Se. de la vie de Prov.)

« Ce mot tourangeau, ajoute le romancier, n'a pas d'autre équivalent que le mot brin de paille, mais il y a de jolis petits brins de paille, jaunes, polis, rayonnants, qui font le bonheur des enfants ; tandis que le bourrier est le brin de paille décoloré, boueux, roulé dans les ruisseaux, chassé par la tempête, tordu par les pieds du passant. »

Pareils a ces bourriers qui bavolent en l'aire. (Ph. Desportes, ps. I.)

5° Cerne. —

De pleurs emplit le cerne de ses yeux.

(Des Mas. Enéid. p. 161.) Et en un cerne ils se tournent et rouent.

(Id. id.p. 29.) Quand Phébus a son cerne fait en terre, Sa seur se montre avec son chef pointu.

(L. Labé, sonnet XVI.)

Je fis a l'entour uu assez grand cerne. (L'Aslrée, liv. II. p. 270. Cf. Racan, Berg. p. 49, etCyr. de Berg. pour les sorc. p. 81.)

De là est venu le verbe cerner, très-usité dans l'expression carrier des noix, d'où cerneaux- car naux. On dit aussi courrier des noix.

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