PREMIÈRE PARTIE
Fu estrait de lur anceisors :
Dec'untjoie, c'est lur honors. (Vs. 479.)
J'ai dit presque toujours, car Marie de France, pour ne citer ici qu'elle, bien que la terminaison en ur domine dans ses écrits, ne se fait point de scrupule, si le texte de Roquefort est exact, d'employer également les deux autres, ce qui vient à l'appui de ma thèse, que ces trois syllabes finales n'avaient qu'un seul et même son; Ex. :
Par cet Fable puvez savoer
Que nuz hum ne puit avoer
Chant e biaulé tute valor;
Pregne ce qu'a pur le meillor. (M. de Fr. Fabl. 43.)
Qi si conseillent lur Seigitour,
Qi plus lur vient a deshounour. (Id. Fabl. 63.)
Ou en repos ou en dolur,
Solunc lur œvre et lur labur.
(ïd. le Piirgat. de Saint-Patrice, vers 147.)
On peut donc dire qu'au XIIIe siècle le son ou était représenté à la fois par les signes ou, o, u et de plus par la forme écrite ol, dont j'aurai à m'occuper plus tard. Ex. :
0 el U : Deu doint a tus cels joie d'amurs Qui a danz Noël ferunt/jonors.
(Ch. du XIIIe siècl. Musée Britanniq.
Bel coin pain, od vus en irrum Et le sépulcre ganierum.
Nul n'i vendra qui ne prengum , Nil ne lèvera que ne Vsachoms.
(La résurrect. du Sauveur, Buchon, p. 19.) Et sire Roger de Leybume, Que ca et la sovent se lorne. (Ch . hist. I. 1 U V) . OU et 0 : Sire Simoun ,
Ly prodhom ,
E sa compaignie
En joie vont au ciel amount
En pardurable vie. (Ch. hist. I. 209.) OU et U : Seignors, oie entendez a nus : De loinz sumez venuz a ivons Pur quere Noël.
(Ch. du XIII0 siècl. Musée Britanniq.) OL et 0 : Trente sols! lasse! trente sols! Or viendra caiens leprevoz.
(A uberée, A. Jub. Neftu rec. p. 219.)
Lisez sons, prevouz. (Y. Gr. de Colyng., règl. 23.)
Je m'attends ici à une objection : Si o sonnait ou, comment pouvait-on discerner les cas où il conservait son véritable son , et ceux où il empruntait le son ou?
Je vais essayer d'y répondre en formulant quelques règles, que j'appuierai par des exemples :
1° Toutes les fois que o est suivi d'un m ou d'un n dans la même syllabe, il sonne ou; Ex. : moun, tourt, soùn, renoum , houmme, tounnerre. (Palsgr., ch. V, pag. 7.)
El l'ont laissé a leurs bons successeurs.
Prononcez :
Et Voun laissé a leur boun seuksesseurs. (Id. pag. 61.)
Ambition, compréhension, circonspection, démonstration; abondèrent, fondèrent; songe , mensonger; avons, donne, sont;
Prononcez: Aumbiciowft, compréhension, circonnspectionn , démoîmstratio?m; abondèrent, fondèrent; songe, mensonger; nxouns, donne, soutii. (Palsgr. p. 60, 61, 62, 63, 64.)
On le voit, cette règle est signalée par Palsgrave, et elle constate une prononciation non seulement usité au XVIe siècle, comme elle l'est encore dans une foule de mots au pays Blaisois, mais datant, il est facile de s'en convaincre d'après les citations suivantes, des origines mêmes de la langue :