‹ Du dialecte blaisois et de sa conformité avec l'ancienne langue et l'ancienne prononciation françaiseChapitre 34 sur 132 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Apareilliés a tous ses kemandemens foire. (Lett. de Rois vol 1 nae 2S6.) °"

Plusieurs parisiens doivent prendre garde à une mauvaise prononciation de ce verbe commencer, quej'ay remarquée même en des personnes célèbres a la chaire et au barreau, c'est qu'ils prononcent commencer, tout de mesme que si on escrivoit quemencer (Vaugelas.)

Remarque I. — I/o sonne encore comme e muet ou comme e naturel non-seulement dans des mots ou la préposition formative corn ou con est suivie d'un m ou d'un n, comme connaissance, qui se prononce counnéessance et qu'néessance, mais encore dans des mots ou ce son effacé de l'o ne se peut expliquer que par un caprice du langage, ou par une fidélité héréditaire de nos paysans aux traditions du vieux français. Peut-être encore est-ce par une transformation du son ou au son eu, pour éviter deux ou de suite dans le même mot, que le dialecte blaisois dit prepous ou plutôt preupous pour proupotis (propos).

Ysopesescrit a sun mestre

Ki bien quenust (connut) lui et son eslre.

(M. deFr. I. p. 60.) Deshonnerée Parai .

(Adam de la Halle, Buchon, p. 29.) Et selon Yordenance de Dieu qui point ne fine. (Le Déb. du Corps, p. 61.)

La bonne vclontê que Ton voet et savoit que vous avez a nous. (Lett de Rois. I. p. 300.)

Des queus est a votre volenlê.

(Lett. de Rois, l. p. 189 et 190.) Quant ma voulenlé n'ai de tei Ja nul henor n'aura par mei. (M. de Fr. I., p. 63. Faictes-en et en ordonnez, Je le vous dy cy devant tous, Ce qui vous viendra aprepou.v.

(M. du S. d'Orl., vs. 19203.

C'est ainsi que horologe du latin horologivm, après avoir passé par oriloge (Voir Rois, pag. 417, lignes 13 et 15 uns oriloges, en cest oriloge) est devenu, conformément à la règle de la suppression des brèves atones, (') orloge; eiprovost, qui s'est conservé comme nom propre, prévost.

Et puis fait sonner ses orloges

Par ses salles et par ses loges. (Rom. de la R., vs. 21951.)

Remarque IL — Dans un seul mot, dans tomber, Yo sonne comme u ou comme i, tumber, ou plus communément timber.

« Vu grec se change en u, Tu[/.êoç, tumbe, d'où tumber. » (J. Dubois, Isagoge, 1531 , dans Livet, p. 15 ) Il y avoit quelque escriplure sur sa lumbe. (Palsgr., p. 675.)

L'm, dès les origines de la langue, avait deux sons, ou et eu, ce qui a donné les deux prononciations toumber et leumber. Teumber se disait encore en certains pays à la fin du XVIIe siècle avec la même prononciation qu'aujourd'hui dans le dialecte blaisois. En voici la preuve :

« Il faut dire tomber. Autrefois on disait tumber (prononcez la première

syllabe comme la dernière d'Autun) -il va encore des pays où on le dit,

ce qui pourroit bien venir du grec tu(j.€oç, qui signifie une fosse, d'où vient

qu'on dit encore en quelques provinces une lumbe pour dire un tombeau. »

(A. dcBoisreg.,1692, p. 665.)

Cf. l'allemand sinfluot, la grande inondation, transformé par le peuple par une opération inverse à tumber-limber en sûndfluth, inondation du péché.

Lisez toumbe, plutôt que teumbe, dans ces vers de Jehan Lemaire, bien qu'il soit resté fidèle à l'orthographe primitive :

Et lui fut fait ce monument et tombe,

Dessus lequel pluyeet vousée tumbe . (Fol. CLXXII, verso.}

(1) Voir sur cette règle A. Brachet, Du rôle îles voyelles latines atones dans les langues romanes.

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