PREMIÈRE PARTIE
Il nous reste néanmoins encore des traces de cette prononciation dans couvent pour couvent, moutier pour moustier, Coûtâmes pour Constance, soubresaut pour sombresault. (V. Palsgr. pag. 179.)
Remarque. — Cette transformation du son o en ou n'est point particulière à la langue française. Nous la rencontrons en un certain nombre de langues, notamment en grec, en latin, et en italien.
En grec, ■Kktuaoîiv.ea, dont le substantif est izkooq, xXouç, attique pour -"XeOToaai; voucoç, [Jt.ouvoç, ionien pour voaoç, f/.ovoç; Tu<!>ou[/.ai f dorien pour Tu^o^ai; ouvo^a, oiAupcoç , ionien pour ôvopx, oA-m-oç. (Cf. XéovTt etXéouffi avec monstier-moutier, monstrer-inoustrer, etc.)
Quant au latin , ceux qui pratiquent les vieux auteurs savent qu'il n'est pas rare d'y rencontrer les mots et orthographe suivants : Consol primos ; aurom captom ; poplom pour populum (Inscript, de Duilius); molta, (') endo, sepolta, tumoltu, aivom pour œvum, ( Ennius) ; volgi , demisso vottu (Salluste). Pline assure, dit Priscien, liv. I, fol. IIII, qu'il y avait un certain nombre de cités italiennes, qui ignoraient l'usage de Yo et se servaient à sa place de Yu-ou ; et il cite les Ombriens et les Toscans, ce Les anciens Romains, ajoute-t-il, (2) changeaient souvent le son o dans la syllabe radicale, disant huminem-houminem, juntes- fountes pour hominem, fontes, et même quelquefois dans la syllabe finale :
Angustoque fretu rapidum mare dividit midis.
(Lucrèce, liv. 1.) Nec Tityon volucresineunl À cher tmtejacentem. (Td. III.)
Plus tard cette prononciation devint le partage des paysans fquœ tamen a junioribus repudiata sunt , quasi ruslico more dicta), et
(1) Cf. Q. Enn. Annal, lib. I. vs. 59, 91, 141; Fragm. lib. 11, vs. 3, lib. VII, vs. 36. (Corpus poet. Londini, 1713,2 vol in-fol. p. 1458.) Vide et Quintil. I. 6.; Mar. Victorin. (Grarnmat. lat. auct. antiq. Hanoviœ, 1605), col. 2456 ; Gruter, Corp. Inscr. Ind. gramm. 0 pro u; Egger, serm. lat. vetust. reliq. ; A. Schleich. Indog. Chrest.
(2) Cf. Prise, liv. I. fol. IIII : « Romanorum vetustissimi loco ejus (u) o posuisse inveniuntur : pollicum , polchrum, colpam , hercole, et maxime digamma antécédente hoc faciebant, ut servos pro servus, vulgos pro vulgus, clavos pro davus. Vide et Vossiuui , de arte gramm. 1. 12.
c'est sans doute du langage vulgaire et rustique des Romains qu'elle a passé dans le nôtre, où, comme nous venons de le voir, elle s'est maintenue jusqu'au milieu du XVIIIe siècle.
En italien, trois dialectes, le Corse, le Sarde, le Sicilien, débris, eux aussi, en grande partie du moins, du latin rustique, remplacent constamment le son o par le son u-ou. En voici un exemple tiré des Muse Siciliane , tome II, pag. 100 :
E focUj e focu chistu et amuri amuri Chillu, clii lu nutrisci et lu fomenta Chi dibattendu Val de tutl'huri A damnu miu la xhiuscia, c l'alimenta.
( Mariano Drago.)
Oui ne sait qu'en anglais o se prononce tantôt ou comme dans logether, tantôt eu comme dans emperor? Dans un prochain chapitre nous verrons le rapport étroit qui unit les deux sons ou et eu. Ce que je viens de dire suffît pour démontrer que cet assourdissement del'o en ou n'est point un fait particulier au français.
Règle II. — O est muet très souvent dans commune, commerce, et leurs composés, et dans commode; toujours dans les composés de ce dernier, commodité, incommoder, accommoder, raccommoder, ou Yo de la préposition formative comme se fait pas sentir; pron. : qu'meune, qumoditê, înq'mouder, rag' monder. De même pour commencer et commander :
Et si tontest quemun. (J. Bodel, Buchon, p. 97.) Et si promet a Dieu , le pore espiriln! , Que s'il puetescaper do ciiel estour mortal, Que pour l'amour de ii fera \ liospital Ou il hébergera tous pauvres quemunaî.
(GauiïYey, vs. 3075.) Que par le conseil du Kemun Ot en chascuri dix connestablcs.
(R. de Jud. Machabée, cité par Fauch. Orig. dos Dign. p. m.)