‹ Du dialecte blaisois et de sa conformité avec l'ancienne langue et l'ancienne prononciation françaiseChapitre 68 sur 132 · CHAPITRE ïïï · texte numérisé non relu

CHAPITRE ïïï

De la prononciation de la liquide R.

On peut poser en règle générale que dans le dialecte blaisois IV ne sonne pas à la fin des mots, mais comme il y a quelques distinctions à faire et quelques exceptions à signaler, je diviserai cette question pour mieux l'éclairer, et je traiterai successivement des syllabes finales ar, er, ir, or-our, ur-eur.

AR. — Dans cette terminaison IV sonne presque toujours et l'a, comme je l'ai dit ailleurs, s'y prononce de ce son voisin de Yo, que je n'ai pu mieux indiquer par signes, qu'en le notant a<>.

J'ai lieu de croire qu'autrefois IV ne sonnait pas plus dans cette terminaison que dans les autres, et j'ai entendu souvent des vieilles gens de la campagne qui ne l'y prononçaient point, ou qui le faisaient sonner d'une manière à peine sensible, de manière à lui donner l'apparence d'une légère aspiration. Aujourd'hui cette

prononciation tend à disparaître ; on ne l'observe plus guère que dans brouillard, qui sonne brouilla ou. brouillâo. Soulard est devenu soûlaud.

LV au moyen âge avait le privilège de rendre brève la voyelle précédente. Ce n'est guère que vers la fin du XVIe siècle qu'on donna à l'a dans cette circonstance un son complètement ouvert. Du reste, il paraît à peu près certain que dans ces terminaisons IV final ne sonnoit pas.

Des gens d'armes de toutes parts.. .

Je voy que nous ne croissons pas.

(M. du S. d'Orl. vs. 5745.) Le vaillant sire de Villars...

Toute la charge haut et bas. (Id. vs. 5800.) 0 quelle foy d'un tyran apostat Qui faisoit tant le doux et papelard.

(Lincy, Ch. hist. 11.445.) Leur tranchant coutelas Feront rougir et taindre Au sang de ces pillards. (Id. IL 430.)

C'est par suite de cette prononciation que soldars, d'abord prononcé souda, est devenu au XVIe siècle soldats, tout en nous restant avec une nuance de mépris sous la forme soudards ('). Nous voyons môme quelquefois IV ou disparaître, ou remplacé par un /, et l'écriture se conformer ainsi à la prononciation.

Chasse ces noirs brouillais.

(Du Bart. pag. 101, — 1583. Cf. J. de Monll. p. 54, 344, etc.)

ER-OIR. — Je réunis ces deux terminaisons dans le même paragraphe , parce que oir se prononçait autrefois et s'écrivait même la plupart du temps oer et ouer. LV y était toujours muet. Ce n'est qu'au XVIe siècle que l'on commence à le faire sonner, et ce n'est

(1) Soldant est encore usité en Anjou.

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