QUATRIÈME PARTIE
guère que vers le milieu du XVIIe que cet usage devient général. Aujourd'hui en français nous prononçons toujours IV final des terminaisons en oir ; nous ne faisons sonner IV dans celles en er fermé que lorsque le mot suivant commence par une voyelle; nous dirons par exemple : « tomber (tombé) dans la rivière., » et : « tomber à l'eau (tombera). » En blaisois IV ne sonne dans aucun cas : « timbè a l'iau. » De même pour les mots en oir ; si quelquesuns y prononcent IV, la plupart le négligent, et l'on entend dire plus souvent: ce Souri mouchoué ée bon biau, qm soun mouchouéere ée ben biau. »
C'est bien dit, il le faut avoir; Habiller vous fault en archier.
(M. du S. dOrl., p. 53.) Qui gardera mon ouvrouer, Tandis que je suis a mal aise; Mes gens ne feront que jouer.
(Dse Mac. des Femmes, p. 32.) Mais pour gaudir il dit a pleine voix : Puisqu'il me faut ainsi ma femme avoir.
(Ch. Bourd., p. lOi.) La vieille ne fait que jouer, l'attendant a Yabrcuvoer Ou elle dresse sa panthière.
(Est. Pasq., II, 985.) Un ierroùer bideux.
fSéb. Roull. 1628, pag. 1.)
Parfois même IV disparaît complètement dans l'orthographe comme dans la prononciation.
Ainsi les babitans de ce même terroij Fourmillent a ce bord d'un regard plein ù'effroy.
(Ronsard, Hymnes.) Pour mien je ne recognoy
206 DU DIALECTE IîLAISOIS.
Le Terroy De Mycènes ou de Phthie.
(Joach. duB., p. 37.)
Lisez reconnoué, effroué, terrroué. Ces deux derniers ne sonnent pas autrement dans la bouche du paysan blaisois (*).
Il ne me paraît pas avoir existé dans la langue de terminaisons en er ouvert jusqu'à la fin du XVe siècle, où la nouvelle prononciation latine introduite en France réagit sur la prononciation du français lui-même.
Pur itels cops nos ad Charles plus cher ; A voir escriet : Ferez i , chevaler !
(Ch.de Roland, III, 123.
Prononcez ché, chevalé. Ailleurs (id. IV. 220.) mer, aprester, Orner (Homère) riment, ou plutôt sonnent avec anîiquitet ; évidemment il faut lire mè, apresté, Orné. Cette prononciation subsista pendant tout le moyen âge et malgré l'innovation dont je viens de signaler la naissance à la fin du XVIe siècle, elle dura jusqu'au règne d'Henri IV, et pour quelques mots, comme nous le verrons, jusqu'en plein XVIIIe siècle.
Mais si eusl-il volontiers Esté plus grand de deux tiers.
(Tabourot, p. 65.)
Ronsard fait rimer rocher avec chair, atteler et parler avec l'air, etc., mais peut-être déjà prononçait-il rochair, parlair, attelair, se rangeant ainsi à la prononciation latine des terminaisons en er, Lucifer, Jupiter, qui pendant tout le moyen âge sonnèrent Lucifë, Jupité?
On peut croire qu'alors, comme nous l'avons déjà vu pour plusieurs voyelles et diphthongues, régna une double prononciation. Il est certain par exemple que même dans les substantifs et les
(1) Cependant dans les campagnes effroi se prononce plus généralement effrai.