‹ Du dialecte blaisois et de sa conformité avec l'ancienne langue et l'ancienne prononciation françaiseChapitre 70 sur 132 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

adjectifs en cr, même dans ceux où IV est ouvert aujourd'hui, IV ne sonnait pas, bien qu'ils fussent au pluriel , et de môme que nous lisons au XVe siècle dans le M. du S. d'Orl. (pag. 48.)

Ne aultre part ailleurs n'allez, Et que vous les lessez en paix, Ils diront que vous n'oserez, Et vous en seront plus pervers;

nous trouvons au XVIe siècle, dans Ch. hist. tom. II.

11 est mort, ô le meschant!

Sa sépulture aux enfers, Et a jamais languissant, C'est le guerdon des maïfaicls.

Une des raisons qui m'inclinent à croire que Ronsard avait adopté, sinon complètement, du moins en un certain nombre de mots, la prononciation latine des terminaisons en er, c'est l'intention qu'il me parait mettre à écrire certains mots par air plutôt que par er. Ainsi dans les deux exemples suivants :

La, l'Ithaquois, chargé du grant boudair, Qui ne fut sien, brillant comme un esclair.

(Franc, ch. I, p. 595. — 1609.) Neiges et vents, et tourbillons et gresle Du ciel crevé tomberont pesle-mesle, Entre-scmez de foudres et û'esdairs.

Hommes, chevaux, morionsel boucJairs Seront frappés d'un orageux tonnerre ;

(Franc, ch. IV, p. 648.)

pourquoi n'écrit-il pas ou boucliers, ou bouclers selon l'orthographe d'alors? N'est-ce pas pour indiquer d'une manière plus nette le son ouvert de la syllabe finale ?

Je ne m'étendrai pas davantage sur ce son ouvert de la syllabe

finale er, attendu qu'il n'existe [pas en blaisois, même dans les mots comme hier, fer, hiver, ouvert. Er en effet a dans notre dialecte trois prononciations : 1° tantôt ar, comme hiar, far, hivar, ouvart :

« Est-ce donc pelamor qu'ous avez un engein de far au costé qu'eus fêtes FOlbrius? » (Le Pédant joué, acte II, se. 2.)

« Oui l'y en demeury les badigoines escarbouillées tout avaux Yhyvar. » (Id. id. id.)

« J'étions donc sur le bord de la mar. » (Le Fest. de Pierre, act. II, se. 1.)

%° Tantôt éere, comme dans hiéere, féere, hivéere, etc. 3° Tantôt é ou eu, comme clans les infinitifs français de la 1e conjug.

Mais, qu'on ne s'y trompe pas, Ver fermé français, celui d'aimer, par exemple, ne sonne jamais ar ou éere. Il n'y a que Ye ouvert qui reçoive l'une ou l'autre de ces deux prononciations. Je me suis déjà expliqué plus haut sur la prononciation à'er en ar; je pense que celle d'er en éere est le résultat d'une sorte de compromis entre le son de er, tel qu'il était au moyen-âge et le son de er, tel qu'il commença à se produire à la fin du XVe siècle. Au temps où l'on prononçait ché, avé, amé pour cher, aver, (avare), amer, il était naturel qu'en conservant ce son fermé au féminin l'on dit chéere, avéere, améere, et non d'une prononciation ouverte comme aujourd'hui chère , amère. C'est cette prononciation fermée des terminaisons féminines des adjectifs en er que le dialecte blaisois a gardée en l'appliquant même aux terminaisons masculines : Venféere, Yhivéere pour Y enfer, Yhiver.

On a beaucoup reproché à Malherbe, à Corneille, à Racine, etc. les rimes normandes ou gasconnes, car on leur a donné ces deux noms, de Yer ouvert en er fermé. M. Génin surtout s'est très vivement élevé contre ces rimes pour l'œil, comme il les appelle (Variât, p. 68.), de fer avec étouffer ou triompher, hiver avec trouver, etc. ce Cette rime, dit aussi M. Quicherat (Traité de Versif. franc, pag. 335.), se maintint pendant tout le siècle de

Page 1