CHAPITRE Pr
De la prononciation de la voyelle A.
Règle I. — Dans les mots français où Yà est déjà long, le dialecte Blaisois en exagère encore la longueur en traînant sur le son de cette voyelle , et en la prononçant de toute l'ouverture de la bouche, de manière à la rapprocher du son de Yô ; Ex. : Imagination, passion, amasser, passer, classe, diable, fable, sable ; prononcez : Emagènàtion ; passion; guiâbe; sâbe; etc.
« Vous prononcerez votre a la bouche aussi large ouverte que vous pourrez. » (Giles du Guez, p. 899.) (')
Cette prononciation nasale , très allongée et si voisine du son de Yô, ne provient à mes yeux d'aucune autre cause que de l'extension à tous les a longs d'une prononciation qui n'était surtout usitée autrefois que quand l'a était suivi dans la même syllabe d'un m ou d'un n, le plus souvent appuyés sur une autre consonne. Voici la
(1) « Bien des gens de Dauphiné se font connaître parla longueur extraordinaire qu'ils donnent à la lettre et au son a dans châssis, passé, etc. » (Bibl. des enfants, p. 135. ^ Cf. A. de Boisreg. p. 467, 468.
règle, telle que je la trouve formulée dans Palsgrave : « Si m on n suivent immédiatement la voyelle a dans la même syllabe , cette voyelle se prononcera comme la diphthongue au , avec un son légèrement nasal. Ainsi les mots ambre, mander, amant, tant, parlant, se prononceront à la lecture et dans la conversation aurabre, maunder, amaunt, taunt, parlaunt . » (Palsgr. p. 1.)
Souvent même au moyen-âge cette prononciation est notée par l'orthographe :
Àdonc s'en vindrent esraument, Si s'assiéent l'un delez l'autre.
(Fabl. de Sire Hains et dame Anieuse.) Primes en frauncoys ly devez dire Cornent soun cors deyt descrivere. (Gaut. de Bibl.) Nous maundons a vous touz que nostre disle soer soeffrez passer sauntz nul empeschement ni destourfratmce , ea li soiez arda tinte et conseillawnte. (Lett. de Rois, etc. Tom. I. p. 421.)
Rien d'extraordinaire à ce que al sonnât au : c'était une règle : « La lettre / après a, et suivie d'une consonne se prononce u, dit Colyngburne (Règl. 23), Ex. : m'aime, loyalment. » Mais a sonnait au, même datïs des mots où cette voyelle n'était suivie ni de m , ni de n, ni de /. Nous trouvons à la fois âme et aime (pron. aume) qui s'est aussi écrit anme (cf. avec Yalma et Y anima des Italiens) ; taxer et tauxer ; navrer et nauvrer; etc. C'est ainsi que basmc, embasmer, usités jusqu'au XVP siècle, sont devenus définitivement au XVIIe baume, embaumer. C'est en vertu de cette double prononciation, qui ne s'introduit dans notre langue qu'au XVP siècle, que nous avons conservé en leur donnant des acceptions différentes les deux mots de palme et de paume. Ex. :
Escuez a jouer a la palme : Balles du jeu de paulme. (Roquef. à escuez . )
Deable et deauble (Id.)
Sa mencungne est mix convenau6/e ,