S. Lig., La Sainte Messe
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fonctions qu'ils peuvent avoir à remplir d'instant en instant, aux vertus dont ils sont tenus de donner l'exemple et aux progrès qu'ils devraient s'efforcer de faire dans la perfection ?
Ce n'est pas tout d'un coup ni en peu de temps qu'on tombe en cet état, mais lentement et peu à peu. Dans les premières semaines qui suivirent l'ordination, durant des mois et des années peut-être, on ne pensait jamais avoir assez fait pour se disposer à monter à l'autel. On y pensait la veille, on s'en souvenait la nuit. C'était la première pensée qui se présentait au réveil. L'oraison ordinaire ne suffisait pas pour se préparer; on y ajoutait des prières spéciales et de saintes pratiques. On se reprochait les moindres distractions. Mais insensiblement cette ferveur s'est refroidie, le relâchement, la dissipation, la langueur, ont succédé à la dévotion. Avec les douceurs de la piété on a perdu le goût du recueillement et l'amour de la prière. D'abord on s'est négligé dans l'exercice de l'oraison, ensuite on en a abrégé la durée, bientôt on a commencé à l'omettre par intervalles ; enfin, quelque difficulté ou quelque prétexte aidant, on y a renoncé tout à fait.
Un certain nombre sont forcés de dire la Messe de grand matin, parce qu'ils ont, dès la première heure du jour, des occupations nombreuses. Pour faire la méditation ordinaire ou une préparation convenable avant de monter à l'autel, il leur faudrait de la diligence et quelque générosité. Comme ils sentent la nécessité de l'oraison pour bien célébrer, ils font effort pendant un certain temps; ils se privent de quelques moments de sommeil. Mais bientôt le courage leur manque : ils cèdent à la nature. Ils retardent leur lever, et pressés
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par l'heure, s'excusant sur quelque surprise, ils courent du lit à l'autel et prennent les ornements sacrés immédiatement ajjrès leurs vêtements ordinaires. Les premiers jours, la conscience réclame. On l'apaise par de belles promesses et l'on essaye de suppléer aux prières omises; mais les jours suivants on retombe dans la même infidélité, et Ton commence à s'y résigner. Au bout de quelques mois, l'habitude est presque formée. En vain fait-on de temps en temps quelque effort pour la rompre : c'est une chaîne dont on ne peut se délivrer et qu'on traîne indéfiniment.
D'autres n'ont pas l'excuse du travail et du défaut de loisir. Ils renoncent à l'oraison par lâcheté et par dégoût. Ils en perdent l'attrait parce qu'ils la font mal, sans a[)plication et sans profit. Ils la font mal, parce qu'ils ne savent pas prendre sur eux de la préparer et de vivre dans les dispositions nécessaires pour la bien faire. Au lieu de surmonter leur lâcheté, ils se font un prétexte des fâcheux effets qui en résultent, c'està-dire de la dissipation de leurs pensées, de la légèreté de leur esprit et de Taridité de leur cœur, pour négliger de plus en plus ce saint exercice, et enfin pour l'abandonner tout à fait. Ils se flattent d'emj)loyer mieux leur temps en s'appliquant à l'étude, à la lecture, ou à des œuvres extérieures plus conformes à leurs goûts dont leur activité s'accommode ; mais ce sont des illusions et de vaines excuses.
Quels que soient les motifs qui décident un prêtre à renoncer à l'oraison quotidienne, les suites de cette infidélité restent toujours les mêmes : c'est la dissipation, l'affaiblissement de la foi et de la piété , la prédominance de la nature sur la grâce, et finalement
la tiédeur, l'engourdissement, l'insensibilité. Il ne faut pas se flatter qu'après avoir abandonné la méditation on continuera de faire la préparation à la messe ^ et l'action de grâces. Le prêtre qui ne médite plus prend toute oraison en dégoût : la moindre réflexion lui pèse, la plus petite prière lui paraît longue : Vse dbi, sacerdos, dit un saint Docteur, si omlssa paulatitn oratione ac proinde cognitione lui et oneris tlhi impositi, incipias sine sanctis et rationabilibus scrupulis vivere, cum oporterel mis in dies pungi et lumen semper a Deo poscere ! Dans cet état, on n'est plus touché de rien, parce qu'on ne réfléchit plus à rien. Bientôt on ne sait plus ce que c'est que l'esprit de foi, la componction, le recueillement. On ne vit plus qu'en dehors de soi, dans le monde des sens, ou dans certaines études semi-profanes pour lesquelles on se passionne. Peut-être se tiendra-t-on à genoux quelques minutes dans le sanctuaire avant de prendre les ornements sacrés; peut-être récitera-t-on quelques prières, l'espace de deux ou trois Credo, selon l'expression de Jean d'Avila, mais on ne sera ni ému ni touché d'aucune pensée de foi^. Ainsi on montera à l'autel sans préparation, et, après avoir célébré sans dévotion, il est à croire qu'on en descendra sans consolation. Dès lors, quels sentiments de reconnaissance et d'amour éprouvera-t-on pour Notre-Seigneur! Si l'on n'omet pas entièrement l'action de grâces, de peur de scandaliser, on se contentera d'y donner le peu d'instants
1. Quod divinas consolationes non habemus aut rarius sentimus, nos in culpa sumus, quia compunctionem cordis non quaerimus, nec vanas et externas abjicimus. (Imit., i, 21.)
2. Corde duri et mente aridi, lambimt quidem petrani, sed iade nec mel sugunt nec oleum, quia nec aliqua caritatis dulcedine nec spiritus sancti pinguedine vegetantur. (Amald. abb. De oper. Christi cardin.)
qu'exige la plus stricte convenance, et l'on s'éloignera au plus tôt, sous le moindre prétexte, en réalité parce qu'on a honte de rester face à face avec Dieu, sans lui adresser une parole, ou parce qu'on craint son regard trop pénétrant et trop pur.
Le pieux cardinal d'Astros, archevêque de Toulouse, attachait un grand prix à dire la Messe tous les jours; mais il s'était fait une règle de faire toujours son oraison auparavant, etil tenait beaucoup à commencer sa journée par cet exercice, soit afin d'être bien disposé pour le saint Sacrifice, soit parce qu'il était persuadé qu'une oraison différée est toujours négligée et très souvent omise. Lorsqu'il faisait la visite de son diocèse ou qu'il était en voyage, il savait toujours s'arranger de manière à s'arrêter en quelque église dans la matinée. Un soir, raconte son historien, on l'avertit que le lendemain ce serait bien difficile, à cause de la distance des lieux» Pour tout accommoder, on lui conseille de modifier un peu son règlement et de dire la Messe avant de se mettre en route. « Vous pourrez vous contenter, lui dit-on, d'une courte préparation avant de monter à l'autel, et, pour une fois, vous renverrez votre oraison à plus tard. — Oh! non, reprit vivement le cardinal, non : pas même une fois '. »
§11. Préparation prochaine au saint Sacrifice : actes qu'elle comprend.
Que le prêtre se prépare au saint Sacrifice dès le commencement du jour, dans la méditation, ou bien qu'il attende, un peu plus tard, l'heure où il doit célébrer, il