‹ Du divin sacrifice et du pretre qui le celebreChapitre 109 sur 247 · AVANT LA MESSE · texte numérisé non relu

AVANT LA MESSE

§ I. Préparation prochaine : sa nécessité.

Pour la célébration quotidienne du divin Sacrifice, comme pour la communion fréquente, la préparation principale, celle qui demande le plus de soin et qui produit le plus de fruit, consiste à vivre dans la grâce de Dieu, avec un degré de vertu, de foi et de religion proportionné à une si sainte fonction.

Lorsqu'un [)rêtre est habituellement dans ces dispositions, il ne lui faut pas beaucoup de temps pour se mettre en état de monter à l'autel, c'est-à-dire pour éveiller dans son âme les pensées et les sentiments dont il a besoin d'être animé afin de célébrer saintement.

Nous lisons dans la Vie d'un certain nombre d'ecclésiastiques animés d'une vive dévotion pour l'Eucharistie, que tel était en effet leur état habituel. Ils avaient toujours un regard dirigé vers l'autel et à toute heure on les trouvait prêts à y monter. C'est ce qu'on remarquait en saint Michel des Saints (1591-1625), ce fervent religieux, canonisé par Pie IX*. On pouvait dire

1. Il était do l'ordre de3 Trinitaires déchaussés. On l'appelait l'exta-

sans exagération que sa vie entière, ses œuvres, ses entretiens, tous les mouvements de son cœur étaient une préparation continuelle à la sainte Messe. Un ecclésiastique de ses amis lui demandant un jour de quelle manière il se disposait à offrir le divin Sacrifice : « Je tâche, répondit-il, d'être toujours prêt. «

Hâtons-nous néanmoins d'ajouter qu'en général ceux qui ont tant de dévotion pour les saints Mystères et qui sont si bien disposés pour les célébrer sont moins enclins que les autres à omettre la préparation prochaine. Loin de les porter à s'en dispenser, leur ferveur habituelle fait qu'ils s'y portent avec le plus d'attrait. Le temps qu'ils y consacrent ne leur semble jamais long. On peut remarquer dans les Vies de saint Martin, de saint Charles, de saint François de Sales et de bien d'autres, qu'avant de monter à l'autel, ils avaient coutume de se prosterner et de prier longtemps. Saint Ignace y mettait quelquefois plus d'une heure. Ces saints prêtres croyaient devoir imiter en cela l'exemple que Notre-Seigneur nous a donné au Cénacle et à Gethsémani '.

Nous ne voulons pas dire qu'on doive employer d'ordinaire un si longtemps à cette préparation. Les prêtres les plus réguliers et les plus fervents croient se disposer suffisamment par leur oraison du matin et les premières Heures de l'Office. Saint François de Sales, ayant remarqué que les longues prières de l'évêque de Belley impatientaient les fidèles qui désiraient entendre la Messe, lui conseilla d'être plus court : « Que ne faites-vous,

tique, à cause des faveurs extraordinaires dont il était souvent gratifié. 1. Martinum usque in eam horam qua solemnia populo agi consuetudo deposceret, sua solitudo detinebat. (Sulp. Sev., Dial. n, 1.)

lui dit-il, votre préparation à la fin de votre oraison! » « Je ne comprends pas, disait M. de Lantage, un des plus pieux disciples de M. Oiier, qu'un prêtre s'accuse d'avoir omis de se préparer à la Messe, quand il a dit son Office et fait sa méditation. Quelle préparation meilleure, si l'on s'en acquitte comme il faut! » Cependant s'il s'était écoulé un temps notable depuis l'oraison, on ne devrait pas négliger de prendre quelques moments pour se recueillir devant l'autel et penser à ce qu'on va faire.

Il faudrait demander davantage évidemment de ceux dont les dispositions habituelles seraient fort imparfaites et qui n'auraient pas commencé la journée par l'oraison. Ils devraient s'appliquer et mettre en pratique d'une manière consciencieuse la première des rubriques qu'on lit à la tête du Missel : Sacerdos celebralurus, Matutino cum Laudihus absoluto, orationi al'iquantulum vacet.

L'Eglise ne détermine ni la nature ni la durée de la prière qu'elle exige. Que cette prière soit vocale ou mentale, il n'importe : mais elle est de précepte. Il faut que le prêtre ait prié avant de monter à l'autel, qu'il ait recueilli son esprit et son cœur, qu'il ait pensé à la sainteté du divin Sacrifice, qu'il se soit rendu compte de ses dispositions, et qu'il ait pris les pensées et les sentiments que demande une si sainte fonction.

En traçant cette règle à ses prêtres, l'Église n'entend pas ajouter aux obligations que leur ministère leur impose : elle se borne à rappeler ce qu'exige la loi

de Dieu et à leur en demander l'observation. Car il y a ici deux principes dont il est nécessaire de tenir compte, indépendamment de toute prescription positive : — 1° Ce serait se rendre doublement coupable que de célébrer le saint Sacrifice sans la religion et la piété convenables, et de recevoir les divins Mystères sans les dispositions nécessaires pour en profiter^ ; — 2° on manquerait de respect envers Notre-Seigneur et l'on se mettrait hors d'état de profiter de l'offrande et de la manducation de sa chair et de son sang, si l'on montait à l'autel sans s'être recueilli sans avoir donné aucun moment à la réflexion et à la prière, comme s'il s'agissait d'une action profane ou de nulle conséquence ^.

Ajoutons que ce serait scandaliser les fidèles pieux, car la vue d'une telle irrévérence est de nature à diminuer l'estime qu'ils ont du divin Sacrifice et le respect avec lequel ils croient devoir se préparer eux-mêmes à la sainte Communion.

On aimerait à croire que cet abus, s'il n'est pas imaginaire, se rencontre rarement. Néanmoins de graves auteurs le supposent assez commun. « C'est une chose déplorable, dit Y Imitation, mais trop réelle et trop visible, qu'un grand nombre respectent si peu un si au-

1 . Quanta cura adhibenda sit ut sacrosanctum Miss» sacrificium omni religionis cultu ac veneratione celebretur, quivis existimaro poterit qui cogitarit maledictum in sacris litteris vocari qui facit opus Dei negligenter. (Conc. Trid., Sess. xxil, Décret. De celeb. Miss.)

2. Qui sine leverentia et sine delectu panem sanctum accipit, plus ci irreverentia obest quam cibi sanctitas piodest. (Pet. CelL, Lib. de prec, 3.)

guste et si saint mystère^ . « Suivant saint Liguori, « le défaut de préparation, c'est la raison pour laquelle on voit tant de prêtres célébrer avec si peu de piété et si peu de fruit. On ne réfléchit pas sur ce qu'on va faire à l'autel ; on n'en est pas touché ; on s'imagine le faire toujours assez bien. Pourvu qu'on n'ait pas sur la conscience un péché mortel évident, on se persuade qu'on ne peut manquer d'acquérir des mérites et de se sanctifier en remplissant des fonctions si saintes. De là tant de messes dites d'une manière inconvenante, sans dévotion ni recueillement. » — « Ce n'est pas, ajoute le saint Docteur, que j'exige auparavant ce que Jean d'Avila demandait d'un de ses disciples, une heure et demie de méditation. Je me contenterai d'une demi-heure, et à la rigueur d'un quart d'heure, de la part des plus tièdes - ; mais il n'y faudrait pas manquer. »

Gomment des prêtres sont-ils assez négligents pour s'habituer à cette irrévérence? Comment peuvent-ils, je ne dis pas manquer une fols en passant, par surprise ou par entraînement, à leur j)réparation ordinaire, mais monter chaque jour à l'autel sans s'être recueillis, sans avoir examiné leur conscience, sans s'être excités à prier; et passer ensuite leur journée, chacune de leurs journées, toute leur vie par conséquent, dans des occupations purement extérieures, sans réflexion, sans oraison, sans aucun exercice spirituel, négligeant de penser à Dieu, aux grâces dont il les comble, aux obligations que ces grâces leur imposent^ aux saintes

1. Dolendum maxime quod multi tam pariim hoc salutare mysterium advertant, quod ca'lum la-tilicat et mimdum conservât universum. (Imit., IV, 1.)

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