Isai. , xii, fi
2. « Pendant plusieurs années, dit une pieuse servante, dont on a écrit la vie, mon cœur fut comme aUaché à l'autel et fixé au très saint Sacrement. S'il avait pu quitter mon corps, on l'eût trouvé, ce me semble, haletant au pied de quelque ciboire ; comme on voit les chiens sous l:i tablo de leur maître, les regardant fixement pour les engager à leur donner quelque morceau. » Aussi quand elle allait à l'église pour communier, il lui semblait voler. Elle disait de cœur avec plus d'intelligence que les Juifs : Domine, semper da nobis paiieni hune. Quelquefois
Comment donc un prêtre qui vient de célébrer le divin Sacrifice, qui n'a j)as seulement reçu dans son cœur la victime du salut, mais qui l'a consacrée, qui l'a tenue entre ses mains et offerte en sacrifice pourrait-il cesser de louer Notre-Seigneur aussitôt qu'il a quitté l'église, et passer toute la journée sans penser à lui, ni songer à mettre à profit la grâce qu'il a reçue ?
Cela n'arrive jamais dans les premiers mois qui suivent l'ordination. On sent alors trop vivement l'excellence du saint Sacrifice et le prix de la Communion. Loin d'être j^eu touché de la fonction qu'on exerce à l'autel, on s'afflige de l'impuissance où l'on est de s'en mieux acquitter. On voudrait, comme le Père Eudes, avoir trois éternités, la première pour s'y disposer, la seconde pour la célébrer, et la dernière pour en rendre grâces. Quand on cesse de penser à la Messe qu'on a dite, c'est pour s'occuper de celle qu'on va dire. On a toujours devant les yeux l'autel où Ton est monté et les vases sacrés où l'on a déposé le corps et le sang du Sauveur. On n'hésite pas à dire du sanctuaire ce que le Psalmiste disait de la ville sainte : Adlixreat llngua mea faiicibus inels, si non meminero tui^ ! Un jeune prêtre baisait ses doigts, en pensant à l'honneur qu'ils avaient de toucher la divine Victime. Il aurait cru les profaner ou faire une chose messéante en les employant à tenir des cartes ^
dans les champs, elle se jetait à genoux du côté de l'Eglise, et prosternée elle adorait Notre-Seigneur. La nuit, elle se tenait toujours tournée vers le Saint Sacrement. Pendant une maladie qui la reliât huit mois au lit, elle ne changea pas de position; et comme on lui en demandait la raison : « Ne soyez pas étonnée, dit-elle, si le corps se tourne du côté où est le cœur. » {vie d'Armellc Nicolas. 1849.)