‹ Du divin sacrifice et du pretre qui le celebreChapitre 215 sur 247 · In Act. Apost., Honi., m · texte numérisé non relu

In Act. Apost., Honi., m

3. Tannoja, Mémoires sur la ne et la congrégation de saint Liguori, I, 11,8.

les saints Mystères la plus ardente dévotion. C'est ce qu'on admira surtout en lui au séminaire de Saint-Flour et au noviciat de Saint-Lazare où il exerça d'abord les fonctions de directeur.

« Les visites au saint Sacrement faisaient les délices de son cœur, dit un ecclésiastique qui le connut à cette époque ; il en était insatiable. Tout ce qui l'appelait auprès de la chapelle l'amenait devant l'autel, aux pieds de Notre-Seigneur. Là, en présence du divin Maître, il passait de longues heures en adoration, sans mouvement, presque sans respiration. Il s'oubliait lui-même, et il fallait lui faire violence pour le tirer de cet état, quand on l'appelait ailleurs. On le voyait s'en aller lentement, à regret, comme un enfant qu'on sépare de sa mère et qui ne pense qu'à revenir à elle. Aussi revenaitil bientôt devant l'autel où l'attirait Celui qui ravissait son cœur. »

C'est surtout au saint Sacrifice qu'il jouissait de son Trésor. Aussi avec quel soin il s'y préparait! Chaque matin, il disait à Notre-Seigneur : « Voici, ô divin Sauveur, que, malgré mon indignité, je vais vous offrir à l'autel et vous donner dans votre Sacrement une existence nouvelle. Par votre bonté et votre miséricorde, je vous prie et vous conjure d'opérer en moi une merveille qui réponde à celle que j'opérerai sur vous. Tandis que je dirai : Ceci est mon corps, et que, en vertu du pouvoir que vous m'avez donné, le pain sera changé en votre chair adorable, faites que je sois moi-même changé et transformé en vous. Détruisez en moi par votre toutepuissance tout ce qui n'est pas de vous. Faites que je ne vive plus qu'en vous et pour vous, et que je puisse dire avec vérité comme TApôtre : Vivo jam non e-^o :

i'ivit vero in me Christus. » Non content de faire cette prière avant la Messe, il la réitérait encore à la Consécration et dans son action de grâces.

Jamais il ne parlait des faveurs qu'il recevait au saint Sacrifice, Néanmoins il dit un jour à un prêtre qui se plaignait du peu de ferveur qu'il avait en célébrant : « Pour moi, je ne me sens jamais mieux disposé pour monter à l'autel que lorsque j'en descends ». Il est certain qu'on ne pouvait le voir célébrer, sans être pénétré de dévotion et sans concevoir une haute idée de sa vertu. Son seul aspect inspirait de la piété aux plus tièdes. Sa figure, ordinairement colorée, s'animait au point de devenir comme radieuse. Aussi les fidèles qui demeuraient près de la maison de Paris venaient-ils souvent s'informer de l'heure à laquelle il dirait la messe, afin d'avoir la consolation d'y assister.

Un prêtre de Saint-Lazare, qui l'a souvent servi à l'autel pendant son noviciat, atteste qu'il le vit un jour, au moment de la consécration, élevé de terre et ravi en extase. De retour à la sacristie, le Bienheureux lui fit promettre un secret inviolable|sur ce qu'il avait vu. « Je vous défends, dit-il, d'en parler à qui que ce soit, tant que je vivrai. »

On conçoit avec quelle ardeur un prêtre si fervent devait exhorter ceux qu'il dirigeait à célébrer saintement et à mettre à profit les grâces du divin Sacrifice.

« Efforcez-vous, disait-il, d'avoir toujours l'idée la plus haute des divins Mystères. Figurez-vous, en allant à l'autel, que vous êtes seul prêtre sur la terre, chargé d'intercéder pour tous vos frères, et que, de tous côtés, ceux qui sont intéressés à cette grande action, accourent pour vous prier de recommander à Dieu

leurs suppliques. Pensez que ces suppliques sont en si grand nombre qu'elles s'élèvent de la terre jusqu'au ciel. Ce sont des milliers de justes qui demandent des milliers de grâces. C'est un plus grand nombre de pécheurs de tout âge, de toute condition, de tout pays. Ce sont les Anges même et les Saints du ciel, les Anges gardiens surtout et les saints Patrons qui sollicitent en faveur de ceux dont ils sont les protecteurs. Ajoutez à ces recommandations les gémissements lamentables de tant de défunts, qui, retenus en purgatoire, s'attendent à recueillir quelque avantage de votre sacrifice. Quelle impression de telles pensées ne doivent-elles pas faire sur votre cœur ! Est-il possible que vous vous laissiez aller à la négligence ou à la distraction, quand vous pensez que, par une messe bien dite, vous pouvez contribuer au bien spirituel de tant d'âmes et leur obtenir des grâces si précieuses? »

Ce qu'il recommandait par-dessus tout aux prêtres, c'était de se donner sans réserve à Notre-Seigneur et de s'offrir en sacrifice avec lui à la majesté divine. « En ce moment ce divin Sauveur semble nous dire : Je te permets de célébrer le plus auguste et le plus saint de tous mes mystères, mais à une condition : c'est que tu te donneras tout entier à moi et que tu deviendras une même victime avec moi. Offre-toi donc généreusement à la grandeur et à la sainteté de Dieu, et ne te contente pas d'une oblation générale de tout ton être ; offre-lui encore, offre-lui particulièrement ce dont le renoncement peut le plus contribuer à ta perfection, ce qui te tient le plus au cœur et qui s'oppose davantage à ce que tu sois tout à moi : ces penchants déréglés qui gardent tant d'empire sur ton cœur, ces passions toujours rebelles,

cet orgueil secret, cette sensualité, cette impatience, cette lâcheté, ces goûts mondains...»

« Qu'on ne manque jamais à cette pratique, disait-il. Je ne pense pas qu'on puisse, si on la néglige, célébrer d'une manière bien fructueuse. Après avoir déterminé l'offrande que l'on veut faire, il faut mettre cette offrande avec l'hostie sur la patène et la présenter à Dieu en holocauste, pour qu'il l'anéantisse. »

Après la messe, il ne croyait pas s'acquitter suffisamment envers la bonté divine par une action de grâces plus ou moins longue au pied de l'autel. Ce n'était là qu'un premier gage de reconnaissance. Il pensait qu''un prêtre qui offre et qui reçoit chaque jour pour Notre- Seigneur au saint Sacrifice, doit employer à son service tout ce qu'il a de force et de grâce, et se consumer tout entier pour son amour. Ainsi sa vie était une action de grâces et une immolation continuelles.

Ayant un jour assisté un jeune prêtre à sa première messe, il l'embrassa après son action de grâces et lui dit : « Vous voilà prêtre pour l'éternité. Tous les jours vous aurez le bonheur de recevoir dans votre cœur celui qui fait la joie des Anges. Souvenez-vous que vous ne devez plus vivre que pour lui. Notre-Seigneur a dit : Qui manducat me ^ etipse vivet propter me. Il est juste que le serviteur vive pour le maître qui le nourrit. »

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