I. JRAX d'avILA, i/aPOTRE DE l'axDALOUSIE
Jean d'Avila reçut du ciel de grandes lumières sur le sacerdoce et un zèle ardent pour la sanctification des ecclésiastiques. Nous en avons la preuve dans ses Discours aux prêtres, et dans les Lettres spirituelles qu'il a écrites sur ce sujet.
La dévotion avec laquelle il disait la messe ne se peut exprimer. Ses larmes étaient si abondantes qu'on ne pouvait le voir sans être pénétré de componction. Cependant il n'était jamais satisfait de ses dispositions; sa foi lui semblait toujours languissante, a Ah ! disait-il, que ne puis-je bien dire une fois la Messe à mon gré ! Quand je lis au Lévitique ou au Missel ces paroles du Seigneur : Sacerdotes saiicti eruut Deo suo , et non polluent
nomen ejiis : incensuin enlm Domini et panes Dci sui offerunt, et ideo sancti erunt; elles me percent le cœur. Je rougis de honte et je tremble de frayeur en pensant à la sainteté que mon ministère demande, et en voyant que je n'ai pas encore le moindre degré de vertu. »
Il eût voulu répandre dans tout le clergé ses convictions et sa ferveur. « Hélas ! écrivait-il à un jeune ecclésiastique qui avait demandé ses avis, qu'il en est peu parmi nous qui réfléchissent sur la sainteté de leur état et qui en connaissent les devoirs ! On arrive au sacerdoce sans avoir jamais bien médité, sans savoir ce que c'est que faire oraison; et l'on monte à l'autel sans aj)précier le moins du monde l'excellence du divin Sacrifice. Parce qu'on » murmuré quelques prières , ou repassé dans son esprit quelques considérations, l'espace de deux ou trois Credo, on s'imagine avoir bien prié et l'on va dire la messe. Quel abus!
« Si vous voulez célébrer avec piété et avec fruit, préparez-vous avec un grand soin. Chaque fois que vous vous réveillerez la nuit, imaginez-vous entendre une voix qui vous dit : Voici l'Epoux qui vient; allez au devant de lui. Car si l'on se donne tant de peine et si l'on fait tant de préparatifs quand on attend chez soi un protecteur ou un ami d'un certain rang, que ne devezvous pas faire pour recevoir un Dieu qui descend de son trône et qui quitte la société des anges pour venir, comme votre frère, faire son séjour en votre cœur ! Le matin venu, récitez votre Office dans cette pensée; puis demeurez une heure ou deux en un lieu tranquille pour considérer la grandeur de Celui qui vient à vous. Souvenez-vous que saint Pierre se reconnut indigne de demeurer dans une même barque avec lui, et que le
Centenier n'eut pas l'assurance de le recevoir en sa maison. Supj)liez la très sainte Vierge, par la joie qu'elle ressentit au moment où Tange lui annonça qu'elle donnerait le jour au Sauveur, de vous obtenir de son Fils la grâce de le recevoir en votre cœur comme elle le reçut dans ses chastes entrailles.
« Après la messe, vous resterez recueilli une demiheure environ, à réfléchir sur la faveur que Notre- Seigneur vous a faite.
« Durant le jour, vous vous tiendrez uni à lui le ))lus affectueusement que vous pourrez par cette/ pensée : « J'ai reçu aujourd'hui mon Sauveur, et il daignera se « donner encore à moi demain. » Evitez de rien faire qui lui déplaise, et efforcez-vous de le contenter en toutes choses, vous souvenant qu'il a coutume de nous payer à l'autel des soins que nous prenons pour nous préparer et de la fidélité que nous mettons à son service. Une autre pratique très salutaire serait de repasser dans votre esprit quelqu'un des miracles que le Sauveur a opérés autrefois : la guérison des lépreux, par exemple, ou le calme imposé à la mer, et de lui demander de faire pour votre âme quelque chose de semblable. »
Ces conseils, qu'il donnait aux jeunes prêtres, Jean d'Aviia était le premier à les mettre en pratique. Son oraison était presque continuelle. Dès son lever, sa pensée était à l'autel. « Voici, se disait-il, que je vais consacrer, tenir entre mes mains le Fils de Dieu, l'entretenir, traiter avec lui, et le recevoir dans mon cœur. » Sitôt qu'il était descendu de l'autel, on le voyait se retirer à l'écart et passer en prière un long espace de temps. Gomme s'il eût craint de laisser échapper une étincelle du feu divin que la sainte Hostie avait allumé
dans son cœur, il fuyait, autant que possible, les entretiens et les occupations profanes. « Quand j'ai reçu mon Sauveur, disait-il, je voudrais ne plus ouvrir la bouche ^ . »