IV. M^^" CASSIAGUEURA^ PllKTIlE DE SIENNK
(Dix-septièmo sicplc)
Ce digne prélat avait une grande réputation de piété et de vertu'. Un pieux évêque l'ayant prié de lui apprendre quelle méthode il convient de suivre à la Messe et comment il pourrait occuper saintement son esprit pendant la célébration du saint Sacrifice, en reçut cette réponse :
« Monseigneur, tout autre que moi répondrait bien mieux à votre désir. Néanmoins, pour vous obéir, je vais vous dire devant Dieu ce que je fais moi-même et quelle est ma conduite ordinaire.
« Après avoir fait l'oraison et récité TOflice, je purifie mon âme au saint Tribunal; et, après mètre acquitté de ma pénitence, je célèbre la Messe dans les dispositions et avec les sentiments que j'ai conçus dans l'oraison. D'ordinaire, je me propose d'obtenir de Dieu une grâce particulière pour moi ou pour d'autres, par exemple telle conversion, l'amendement, la persévérance, le salut
1. Le Père Hanart, oialoiien, qui rai)porte cette notice dans sou livre intitule : Jteciicil de bons prêtres, ue nous dit rien de Li vie do ce pieux ecclésiastique, sinon qu'il mourut saintement au collège de Saint- Jérôme do la Chai'ité, à Rome.
d'un de mes pénitents. Cette pratique m'a été fort utile.
« J'ai coutume, en prenant les ornements sacrés, de penser aux vêtements et aux liens que Notre-Seigneur a portés dans sa Passion.
« Quand je suis revêtu, je prends le calice pour aller à l'autel et je dis du fond du cœur : « Allons au Calvaire, « où Jésus-Christ veut être immolé de nouveau pour le « salut de nos âmes, et sacrifions-nous avec lui. »
« A ces mots : Quare trlstis es, anima ?7iea? je songe aux péchés dont tout le monde est rempli et aux tribulations de la sainte Eglise. Mais je me ranime en entendant la réponse : Spera in Deo ; et l'ardeur de l'espérance et de la charité embrase mon cœur.
« En disant Au fer a nobis et Oramus te Domine, il me semble voir des troupes de saints et d'anges offrir ma prière au Père éternel. Après l'Introït, qui me rappelle les aspirations des prophètes vers la venue du Rédempteur, je me présente avec respect à la très sainte Trinité et je récite le Kyrie pour les pécheurs, en m'adressant successivement aux trois divines personnes.
« C'est en union avec les anges et dans la joie de mon cœur que je récite le Gloria in excelsis. Aux paroles : Tu solus sanctus..., Cum Spiritu Sancto..., In gloria...^ je m'humilie *et me répands en louanges et en admiration devant l'auguste Trinité. Puis je dis du fond du cœur les oraisons du jour.
« Quand je lis à l'Epître les instructions des apôtres, à la pratique desquelles les biens du ciel sont promis, ou les livres des prophètes, qui nous en montrent la figure, je me propose de conformer mes sentiments aux leurs. Avant l'Évangile, j'invoque humblement l'Esprit- Saint par le Munda cor. Je lui demande de me faire corn-
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prendre la doctrine du divin Maître comme les saints qui l'ont écrite; et lorsque je rencontre un passage particulièrement touchant, mon cœur s'embrase d'amour pour Dieu. (Quelquefois il faut que je songe à ceux qui me voient pour retenir mes larmes.
« Au Credo, je pense qu'il faut professer les vérités chrétiennes avec une vive foi et une grande allégresse. Aux paroles : Qui propter nos, /lomines..., je demeure étonné et ravi de l'infinie bonté du Fils de Dieu, qui a daigné se faire notre semblable; puis, quand je dis : Crucifixus etlatn pro iwhis, ce mot etlain frappe si vivement mon cœur que je suis tout attendri par le souvenir de sa Passion et de sa croix. Enfin, j'affermis ma confiance en ajoutant : Et expecto...
« A l'Offertoire, je m'unis à la charité et au dévouement de Notre-Seigneur s'otfrant à son Père sur l'autel comme il s'est offert à la croix.
'( Le Lavabo me fait penser à la pureté que mon âme devrait avoir pour exercer dignement les fonctions que je remplis. A \!Orate fratres, je me représente Notre- Seigneur, avertissant ses apôtres de prier pour ne pas entrer en tentation, et je me rappelle ce qu'il a dit pour tous : qu'il faut prier toujours si l'on veut éviter les chutes et avancer dans la perfection.
« Quand je dis à la Préface : Cuni quibus et nostras voces..., puis Sanctus, Sanclus, Sanctus, en l'honneur de la Trinité, je m'unis aux anges et je ressens une grande joie de pouvoir chanter avec eux ce cantique.
« Les mots Te igitur... sont comme un trait d'amour qui me perce le cœur. Je considère, en les disant, qu'au lieu d'appeler le Roi du ciel, à qui je m'adresse, Dieu des armées ou Très sainte et très haute Majesté, Notre-
Seigneur et l'Église veulent que je lui donne le nom de Père et que je me regarde comme son enfant. Et c'est parce que lui-même préfère ce titre à tous les autres que je l'appelle très clément i.
« Au Mémento des vivants, je prie : 1° pour ceux à qui j'ai le plus d'obligations, pour mes parents surtout; 2° pour ceux à la sanctification desquels je suis tenu spécialement de m'intéresser; 3° pour tout le peuple chrétien ; persuadé que Notre-Seigneur appuiera mes demandes et que son Père ne refusera pas d'y prêter l'oreille.
« Quand je prononce les paroles de la Consécration, je tâche de les dire avec la même foi et le même amour que les apôtres, qui les avaient apprises de la bouche même de Notre-Seigneur.
a En récitant les trois AgnusDei, je remarque que par sa venue Notre-Seigneur doitnous apporter trois choses, le pardon, la miséricorde et la paix, en nous remettant nos fautes, en nous déchargeant de nos dettes et en nous donnant la vraie joie du cœur.
« A la fin, je dis Vite, Missa est, pour annoncer que le saint Sacrifice est achevé et que la Victime a été reçue du ciel.
« Après la Messe, je me prosterne devant le saint Sacrement, pour rendre grâces des faveurs que j'ai reçues, et je tâche de mettre une bonne garde à la porte de mon cœur. »