IX. M. VIANNEY, CURE U ARS
La première chose que les habitants d'Ars remarquèrent en lui, ce fut son recueillement dans le lieu saint, la vivacité de sa foi et sa dévotion au Saint-Sacrement. A peine l'eurent-ils vu célébrer, qu'ils se dirent les uns aux autres : « Avez-vous remarqué la piété de notre curé? Quelle application et quelle ferveur dans la prière! Ce n'est pas un homme comme un autre. On nous a envoyé un saint. » Cette première impression s'affermit et se fortifia de plus en plus. L'opinion que ^L Vianney voyait Notre-Seigneur à l'autel, qu'il le contemplait de ses yeux à la fraction du pain, venait à tous ceux qui avaient la consolation de le voir à la Messe. On ne saurait imaginer une figure qui exprime mieux l'adoration, qui s'illumine à un plus haut degré de cet éclat céleste qui manifeste l'action de l'Esprit-Saint. On eût dit qu'il tombait sur lui un rayon de la gloire divine. Le cœur, l'esprit, l'âme et les sens semblaient absorbés dans un même objet; et ils l'étaient effectivement. On ne pouvait saisir une seconde de distraction dans sa prière. Au milieu de la foule et sous l'influence de tant de regards fixés sur lui, il communiquait avec Notre- Seigneur aussi librement que s'il eût été dans la solitude de sa pauvre chambre. U répandait devant son Sauveur des pleurs d'amour; il arrosait ses pieds de larmes
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saintes. Ordinairement l'effusion de ces larmes ne tarissait pas pendant la durée des saints Mystères.
Cependant, pour la manière de célébrer, M. Vianney consultait moins son attrait que l'utilité commune. Il n'était ni trop lent ni trop prorapt. « En lui servant la Messe, dit un pèlerin d'Ars, j'eus occasion de remarquer le seul moment où il était plus long qu'on ne l'est d'ordinaire : c'était avant la Communion. Les prières liturgiques étant terminées, il y avait, entre Notre-Seigneur et son ministre, un colloque mystérieux qui se trahissait au dehors. M. Vianney regardait la sainte Hostie avec amour. Sa bouche semblait proférer des paroles. Il s'arrêtait, il écoutait, il reprenait, et par un effort visible de l'ami qui se sépare de son ami, après un moment d'hésitation, il consommait les saintes espèces. »
Mais, sa Messe terminée, il ne s'éloignait pas de Notre-Seigneur. Entré dans l'Eglise avec l'aurore, il n'en sortait souvent qu'après V Angélus du soir. Il passait d e longues heures, prosterné devant l'autel, dans l'immobilité la plus complète. C'est là qu'on allait le chercher quand on avait besoin de son ministère. « Que nous aimions le voir là, au pied du Tabernacle, disaient ses paroissiens, surtout le matin, au petit jour! Nous l'avons observé souvent : on eût dit qu'il voyait Notre-Seigneur. »
Plus d'une fois Dieu a fait des miracles pour récompenser sa foi et pour encourager celle des fidèles qui avaient recours à lui. « Il est venu ces jours-ci, disait-il dans une occasion, deux ministres qui ne croyaient pas à la présence réelle. Je leur ai dit : a Pensez-vous <( qu'un morceau de pain puisse lui-même quitter la '( place 011 il se trouve et aller s'offrir à celui qui désire
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" le recevoir? — Non, sans doute. — Donc l'Eucharistie « n'est pas du pain. Ecoutez. Je ne vous dis pas une chose <( qui est arrivée quelque part à quelqu'un; c'est raoi- « même qui en ai été témoin. Un homme est venu ici pour faire ses dévotions. Il avait malgré lui des doutes « sur la présence réelle, et il demanda à la très sainte « Vierge de les dissiper. Or, au moment où il se pré- « sentait pour communier, la sainte hostie s'est déta- « chée de mes doigts et est allée d'elle-même se reposer « sur sa langue '. »
Nous bornons ici ces exemples tirés des Vies des saints prêtres. Peut-être tiennent-ils une grande place dans ce livre. Néanmoins nous pensons que pour un grand nombre de lecteurs, c'est le chapitre qui leur
1. Cf. vie de sainte Catherine de Sienne, par Raymond de Capone, son directeur; S. Hyacinthe, dominicain, Acta SS.; Aiig., t. III, p. 318; Miracle de Faverney, 28 mai 1C08. Un incendie ayant consumé l'autel sur lequel le saint Sacrement était exposé, l'ostensoir avec l'Hostie resta suspendu en l'air, pendant trente-trois heures. Plus de dix mille personnes furent témoins du fait et purent le considérer aussi longtemps qu'ils voulurent. Saint François de Sales, qui vint à Faverney deux ans après, trouva encore toute la ville sous l'impression de ce miracle. Les calvinistes du pays ne le contestèrent pas. Amédée Thierry, qui a été préfet de la Haute-Saône assez récemment, et qui a examiné avec beaucoup de soin tous les procès-verbaux faits à cette occasion, a exprimé son sentiment par ces paroles : « S'il est un fait historique matériellement prouvé, c'est celui-là. » A cette occasion, nous sommes heureux de signaler aux lecteurs une carte fort intéressante, exposée dans plusieurs Congrès eucharistiques et dressée par les soius du P. Drevon et un ouvrage intitulé : Catalogue général des miracles du saint Sacrement, 1888. On y voit indiquées un très grand nombre de localités célèbres par des miracles relatifs au saint Sacrifice ou au saint Sacrement, en France, en Italie, en Espagne, en Allemagne et dans toutes les contrées de l'Europe. Des notices détaillées ont été pul)liées sur plusieurs de ces miracles, dans le Rcf^ne de Jésus-Christ et la Revue Eucharistique.
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offrira le plus d'intérêt et d'où ils tireront le plus de profit. Rien de si précieux que les exemples des Saints. lis instruisent, ils soutiennent, ils animent les moins fervents. Si les faits que nous avons rapportés nous humilient, en nous montrant combien nous sommes éloignés de la perfection de nos modèles, ils peuvent aussi nous consoler, en nous apprenant avec quelle fidélité ces saints ministres de Dieu répondaient aux grâces qu'il leur faisaient, et par quelles vertus ils le dédommageaient de nos négligences et de nos froideurs; « Seigneur, devons-nous dire avec l'auteur de V Imitation, je ne suis pas digne d'avoir de si beaux sentiments et de ressentir pour vous une dévotion si vive ; mais je me réjouis. de voir que d'autres les méritent et les éprouvent. Je vous les offre du fond du cœur, comme s'il venaient de moi. Agréez, je vous prie, que je m'y associe, que je m'y complaise et que j'y prenne part, en y adhérant de toute mon âme : 0 Deus meus, amor meus, etsi indignus sum omnia illa sentimenta devotionis habere, tamen offero tibi totum cordis mei affectum, ac si omnia illa gratissime inftammata desideria soins habe- Pem. Unde et omnium devotorum cordium jubilationes^ ardentes affectas, mentales excessus ac supernaturales illuminationes et cœlicas visiones tibi offero et exhibeo, cuni omnibus virtutibus et laudibus ab omni creatura in cœlo et in terra celebratis et celebrandis , quatenus ab omnibus digne laudefis et in perpetuum glorifîceris^. »