Baruch, m, 38. — 2. Ps., lxviii
Al' TEMPS DE LA REDEMPTION 55
ment plus admirable et plus parfaite que toutes les merveilles de la création réunies, ce fait passa presque inaperçu'. A peine la naissance du Verbe fait cbair fut-elle connue de quelques personnes, ignorées elles-mêmes et enveloppées dans l'obscurité du mystère ^.
Saint Jean dit bien qu'il vit ici-bas la gloire du Fils unique de Dieu ^ : mais cette gloire n'éclata pas aux regards des hommes; c'est par la foi seulement que les disciples du Sauveur l'ont connue, comme une conséquence de la doctrine qu'il annonçait et des prodiges dont il était l'auteur. Non seulement il s'est humilié, en se faisant homme, dit l'Apôtre '^, mais il s'est caché et anéanti jisqu'à prendre la forme d'un esclave. Sa vie commence comme la nôtre par le sentiment du besoin et de la soulfrance ; elle se continue dans la faiblesse, dans l'assujettissement, dans l'indigence, dans le travail; elle finit dans l'opprobre et la douleur; de sorte que, pour ceux même oui étaient avertis de son origine et de sa venue, il étai'. plus difficile de reconnaître sa venue icibas et son union avec notre humanité, qu'il ne l'a jamais été de découviir sa présence et son action dans la profondeur des citux.
Pourquoi cette conduite ? D'où vient que le Verbe
1. .\ppende cum Ciristo Romam; appende cum Christo totam terrain ; iippondo cum Ciristo cœliim et tevram : niliil creatum cum creatoie pensatur. (S. A.u;., De Urb. excid., XJ.)
i. Dum médium sileitium tenerent omnia et nox in suo cuisu médium iter iiaberet, omnipoteia Sermo tuus de cœlo a regalibus sedibus vcnit. (Sap., XVIII, 14. Missalt, In VigU. Epiphan.)
3. Vidimus gloriam ejis. (Joan., i, 14.) Et vidimus et testamur. (I Joan., I, 2.) Et ha: est annuntiatio quam annuntiamus vobis. (I Joan., I, 5.)
4. Qui cum in forma D4 esset, semetipsum exinanivit, formam servi accipicns, etc. (Phil., ii, .)
incréé, descendant ici-bas pour glorifier la majesté de Dieu, commence par l'abaisser dans sa propre personne, en l'assujettissant à toutes nos infirmités et à toutes nos misères? C'est une conséquence du dessein qu'il a conçu et qu'il vient exécuter sur la terre.
Le dessein du Sauveur, en prenant notre nature, était de glorifier son Père ; mais c'est au nom et eu faveur de l'humanité qu'il le voulait glorifier. Il était arrêté qu'il se substituerait à nous pour payer à notre place les dettes dont il nous voyait chargés. Son œuvre devait donc être avant tout une œuvre de pénitente, d'humiliation, d'expiation. C'eût été peu pour lui (i'être hostie de louanges, d'action de grâces, de supplication; il fallait qu'il se fît victime de propitiation, qi'il s'immolât dans le sens le plus rigoureux du mot, ou'il donnât sa vie et répandît son sang pour satisfaire à la justice divine, purifier nos âmes et nous remettre dans la voie du salut '. Tel est le caractère du sacnfice qu'il venait accomplir sur la terre et dont il commença l'oQ'rande avec sa vie -.
David avait annoncé au peuple ancien quelle serait la première parole du Sauveur en entrmt dans le monde,
1. MisitFilium siium propitiationem pro peccptis nostris. (I Joan., m, 10.) Decebat enim eum propter qucm omnia ît pei- quem omnia, qui multos filios in gloriam adduxerat, aiictoieni jalutis eorum per passionem consummare. (Heb., ii, 10.)
2. Ad destitutionem peccati per hostiam (iiam apparuit. (Heb., ix, 26.) Ad ostensionem justitise suae propter ^emissionem prajcedeutium delictorum. (Rom,, m, 25.) Cf. Heb., v, 1 ;/x, 13-15; I Pet.,ii, 21, 24.
et saint Paul a redit aux chrétiens quel fut le premier mouvement de son cœur dans le sein de sa très sainte Mère : Iiit^rcdiens muiulum dicit : Ilostiam et oblationem noluisti: corpus auteiii aptastl mihi, Holocautomata prn peccato non tihi placuerurit. Tune di.ri : Ecce venin, ut faciam, Dcus, voluntatcm tuani^. « Il a dit à son Père : Vous n'avez pas agréé jusqu'ici les holocaustes que les hommes vous ont offei'ts. Les hosties que vos prêtres vous immolent pour les pécheurs ne satisfont pas votre justice : elles ont trop peu de valeur devant vous. Eh bien ! me voici. Moi, votre égal, je viens me faire votre victime et me dévouer pour votre gloire. Vous m'avez. donné un corps et une nature sensibles. Vous m'avez mis dans un état où je puis , non seulement vous bénir, vous rendre grâces, vous prier pour mes frères, mais encore m'humilier, souffrir et m'immoler à vos pieds. Je veux faire pour votre gloire tout ce dont je suis capable, vous rendre tout ce que vous m'avez donné ^. Je me livre à vous sans réserve, à la place de toutes ces hosties impuissantes. Disposez à votre gré de moi et de tout ce qui est à moi. Je renonce pour vous, non seulement à mon honneur, à mon bien-être, à toutes les jouissances les plus légitimes et les plus chères, mais à moi-même, à ma vie et à mon sang. Je ferai tout ce que vous désirerez pour honorer votre grandeur et apaiser votre justice. Je le ferai pleinement, généreusement, comme il convient à votre gloire et à mon amour. C'est dans ce seul dessein que j'entre en ce monde et que je prends rang parmi