Matth., xxvil, 51. Cf. Heb., IX, 2-12; x
4. Videns centurio glorifîcavit Deum, dicens : Vere hic homo justus erat. (Luc, xxiii, 47.) Vcre Filius Dei erat iste. (IMath., xxviii, 54.)
Que voulons-nous dire par là ? Entendons-nous seulement que la valeur des œuvres répond à la dignité de la personne, que les actes du Sauveur, ayant la personne du Verbe pour principe et pour support, sont d'une valeur infinie, supérieure aux mérites de toute créature, excédant toute mesure et toute conception ? Non; ce n'est pas notre pensée. Le principe, ainsi entendu, est hors de doute, assurément, et d'une importance capitale ; mais les paroles que nous avons citées peuvent aussi s'entendre, et nous les entendons en cet endroit dans un autre sens, qui n'est pas moins incontestable, à savoir que la source de tout mérite est dans l'âme, que ce mérite dépend du libre exercice de la volonté, des fins qu'elle se propose, des motifs dont elle est animée; qu'il se mesure, enfin, sur l'intensité, la ferveur et la durée des dispositions. L'œuvre extérieure, disent les théologiens, est indifférente de sa nature; elle n'ajoute rien par elle-même à la bonté ou à la malice de la volonté.
Ce qui honorait la majesté divine sur le Calvaire, ce en quoi sa grandeur trouvait un digne hommage et sa sainteté une juste satisfaction, ce n'était pas précisément les blessures dont le Sauveur était couvert, ni le sang qui en découlait, ni la douleur qu'il devait en éprouver * . S'il n'avait pas accepté ses souffrances au fond du cœur, s'il ne les avait pas endurées pour l'amour de son Père, s'il ne s'était pas conformé intérieurement à ses desseins, quel hommage lui eût-il rendu et quels mérites aurait-il acquis? « Dieu est esprit, dit le divin Maître, et il ne veut être adoré qu'en esprit et en vé-
1. Non mors, sed voluntas placuit sponte morientis, S. Bern. De err, Abœl.. VIII, 21.
rite'. » Qu'est-ce donc qui faisait de l'immolation du Sauveur le principe de tant de gloire pour Dieu, et pour nous la source de tant de grâces ? C'était, avant tout, le sacrifice intérieur qui accompagnait et viviûait son sacrifice extérieur^. C'étaient les dispositions de son cœur, ses anéantissements, ses supplications, son dévouement en faveur de nos âmes. C'était l'excès de sa charité, qui lui faisait désirer de souffrir davantage encore, afin de nous toucher et de nous faire sentir ce que nous avons tant de peine à comprendre : le néant de toute créature en présence du Créateur, l'indignité et la culpabilité du pécheur devant la grandeur et la sainteté de Dieu, le prix auquel la grâce mérite d'être achetée, le malheur d'une âme hors d'état d'arriver au salut^. C'était, enfin, la satisfaction qu'il éprouvait au fond de son âme, de se voir abaissé, brisé, anéanti à ce point, dans sa nature mortelle, pour honorer la souveraineté de son Père, pour attester qu'il devait à la Majesté divine tout ce qu'il possédait comme homme, pour lui rendre grâce de ses dons et pour en obtenir les secours dont nous avions besoin afin de nous sanctifier et de le bien servir. Car tels étaient les sentiments dont son âme devait être remplie. Quant à l'ardeur, à la pureté, à l'excellence de ces dispositions, il faudrait, pour s'en faire une idée,