S. Hieron., Einst. xiv
favorisé qu'il soit, reste toujours à une distance infinie de Dieu et comme un néant devant lui ? Mais si convaincu que nous soyons de cette vérité, nous n'en sommes pas moins autorisé à dire ce que l'Eglise nous enseigne et ce dont la foi nous assure, qu'un prêtre, par cela même qu'il est prêtre, a le pouvoir de faire descendre sur la terre et de rendre présent à l'autel celui que le Très-Haut reconnaît pour son Fils, et à qui sont dus, aussi bien qu'à son Père, tout honneur et toute bénédiction dans les siècles des siècles : Qui est Deus benedlctus in ssecula ^ .
Et le Verbe qu'il produit, dit M. Olier, n'est pas un Verbe humilié, un Verbe dans la faiblesse et l'infirmité de la chair, qui porte au dehors les traits et la ressemblance du péché : c'est un Verbe glorieux dans la splendeur des saints, dans l'éclat de sa Majesté éternelle, figure de la substance du Père et image de sa gloire : Qui, cuni sit splendor glorise et figura suhstantise ejus, portansque omnia verho virtutis suse, sedet ad dexteram majestatis in excelsis^. Aussi a-t-on appliqué justement au prêtre les paroles de l'Apôtre : Quis ascendit in cœlum, id est Christuni deducere? Qui montera au ciel pour en faire descendre le Christ? Vous seul en êtes capable, Prêtre ; et un mot de votre bouche suffit pour opérer ce prodige. Prope est verbum in ore tua ^. Il ne faut qu'un mouvement de vos lèvres pour donner au Verbe de Dieu une nouvelle existence ici-bas : Ad cujus pêne libitum descendit de cœlo in carne Verbum "*. Chaque jour vous pouvez dire du Sauveur dans le temps ce que le Père éternel en dit dans l'éternité : Ego ero illi in
1. Rom., IX, 5. — 2. Heb., i, 2. — 3. Rom., x, 8. — 4. S. Laur, Justin., Serni. de Eiich., 27.
SON l'OUVOIR 111
Paireni et Ipse erit milil in Flllum '. Gliaque matin vous avez droit <le lui répéter à lui-même la parole que son Père lui a dite à l'aurore des siècles et au jour de l'Incarnation : Ego liodie geniii te -.
Comme il est l'image du Père produisant son Fils, le prêtre est aussi à l'autel l'image du Fils glorifiant son Père et s'immolant pour lui.
Le propre du Fils dans l'éternité, c'est de retracer l'image de son Père, et d'exposer à ses regards, comme un miroir fidèle, ses perfections et ses grandeurs. Tel est le sens de ces mots que nous venons de citer : Splendor glorise et figura substanti.ie ejus ^. II est la splendeur de sa gloire et l'image de sa substance. Or, ce qu'il fait de toute éternité dans sa nature divine, il a voulu le faire aussi dans le temps en sa nature humaine. La gloire de son Père a été la fin de toute sa vie. C'a été surtout la raison de sa mort, le but de son immolation, de son sacrifice sanglant. Propterea veni in horam lianc^, disait-il. Il n'a pris notre humanité que pour l'offrir comme victime à la Majesté divine. •
Le sacerdoce catholique participe à cette gloire ; et c'est par là surtout que le prêtre s'identifie, pour ainsi dire, avec le Fils de Dieu fait homme. Car ne se conduit-il pas à l'autel comme un autre Jésus-Christ? Il exerce le même ministère; il se propose la même fin; il immole la même victime; il rend à Dieu le même hon-
1. Hob., I, 5. — 2. Ps. II, 7. — 3. Heb., i, 2. — 4. Joann., xii, 27.
neur; il en sollicite les mêmes grâces. Ce n'est pas en son nom, sans doute, ni par sa propre vertu qu'il agit, puisqu'il n'est de lui-même qu'un néant et un pécheur; mais pourtant il agit; il coopère à l'œuvre de l'Horame- Dieu ; il ne fait avec lui, pour ainsi dire, qu'une même personne. C'est par son ministère que le Sauveur continue à rendre à la Majesté suprême une gloire infinie. C'est par lui que le nom du Seigneur continue d'être exalté au milieu des peuples, qu'il reçoit en tous lieux de dignes adorations et que, du couchant à l'aurore, on immole à sa grandeur l'Hostie pure, l'Hostie sainte, l'Hostie sans tache qu'annonçait le dernier des prophètes et dont les figures d'Abel, d'Abraham et de Melchisédech n'étaient que d'impuissantes figures ^.
Qu'elle est donc grande la dignité du prêtre, et quelle vénération on aurait pour son ministère, si l'on se faisait du Sacrifice et de la divine Victime l'idée qu'on en doit avoir ! Il faudrait entendre saint Jean Chrysostome développer ce sujet avec les lumières et la ferveur de sa foi. « Quand vous voyez, dit-il, le Sauveur du monde immolé sur l'autel au saint Sacrifice, le sacrificateur penché sur la victime, et tous les fidèles prosternés à l'entour, les lèvres teintes du sang précieux, vous croyez-
1. Nam si Jésus Chiistus, Domiuus vt Deus nostor, ipse est summus saceidos Dei Patris et sacriflcium Deo Patri ipse primas oblulit et hoc fieri in siii commemorationem praecepit, utique ille saceidos vice Christi veie fungitur, qui, id quod Christus fecit, imitatur. (S. Cypr., Epist, III, lib. II.)
SON POITVOIK 143
VOUS encore sur la terre au milieu des mortels? Ne vous semble-t-il pas plutôt être transporté au ciel, dans la société des bienheureux et des anges? Représentez-vous Elie sur le mont du Carmel, au jour où il sacrifia publiquement au Seigneur, et où il ramena à son Dieu tout un peuple infidèle. Une foule immense l'environne dans l'attitude la plus religieuse et le silence le plus profond. La victime est étendue sur le bûcher. Tout à coup, le prophète élève la voix pour invoquer le Seigneur, le feu du ciel tombe sur l'holocauste et le peuple s'écrie tout d'une voix : Dominus ipse est Deus ^ ! Voilà un prodige, assurément, un prodige ineffable, qui saisit l'àme tout entière. Mais si vous êtes chrétien, n'avez-vous pas à admirer dans nos églises un autre prodige mille fois plus étonnant et plus sublime encore? Joignez-vous à vos frères à l'heure des saints ^Mystères et réveillez votre foi. Voyez-vous le sacrificateur debout à l'autel, appelant sur la terre, non un feu matériel qu'un souffle peut éteindre, mais l'Esprit du Dieu vivant? Il prie, non pour qu'une flamme consume son holocauste, mais pour que la divine grâce, descendant ici-bas avec la victime, embrase les coeurs de tous les fidèles. Dieu prête l'oreille à la prière de son ministre; les cieux s'inclinent à sa voix, et le mystère de la foi s'accomplit-. »
Intuemlnl quanius sit /tic 3.' s'écriait l'Apôtre, en parlant de Melchisédech, en considérant ce grand personnage comme la figure du Pontife éternel, et en reconnaissant dans son sacrifice de pain et de vin l'image de celui qui s'offre sur nos autels. Erat eni/n sacerdos Dei
1. III Reg., xviu, 20-39. — i. S. Cbrys., De Sacerd., m, 3.— 3.Heb., VII, 4.
altissimi^. Qu'aurait-il dit s'il avait voulu nous faire admirer le prêtre de la nouvelle alliance, le ministre et le représentant du Fils de Dieu, celui qui perpétue au milieu de nous le Sacrifice divin, dans sa réalité et sa grandeur infinies ! Ne se serait-il pas écrié, comme le prophète de Pathmos, dès sa première vision : Vidi similem Filio hominis'^?
0 prêtre! s'écrie à cette vue un saint Docteur, que vous êtes donc grand et que votre dignité est sublime! Quantam dignitatem contulit vobis Deus ! Le Seigneur ne vous a pas seulement élevé au-dessus des princes et des rois; il vous a placé dans un rang supérieur à toutes les grandeurs de la terre. Que dis-je? il vous a mis au-dessus des Anges et des Archanges, au-dessus des Trônes et des Dominations : Prxtulit vestrum ordinein omnibus ordinibus. De même que pour opérer la rédemption il ne s'est pas uni à la nature angélique, mais à la nature humaine, selon la remarque de l'Apôtre, ainsi n'est-ce pas à des anges, mais à des hommes et à ses prêtres exclusivement, qu'il a confié le pouvoir de consacrer son corps et son sang et de les offrir en sacrifice : Sicut cnim non Angelos, sed semen Abrahse apprehcndit ad faciendam redemptionem, sic non Angelis sed hominibus, solisque sacerdotibus, dominici corporis et satiguinis comniisit consecrationem '.