s. Aug., De civ. Dei. viii
coiuine des néants devant lui '. Combien plus l'oblation se rapporte-t-elle directement et uniquement à Dieu, quand la victime est une personne divine, consubstantielle à Dieu, quand c'est un Homme-Dieu qui immole à l'autel la nature humaine à laquelle sa nature divine est hypostatiquement unie!
2° En même temps quMl s'adresse à la Majesté suprême pour lui offrir le divin Sacrifice, le prêtre s'unit à PHomme-Dieu de l'union la plus éti'oite qu'on puisse concevoir. Tout chrétien qui veut plaire à Dieu et faire un acte de vertu méritoire pour le ciel doit agir en chrétien, comme membre de Jésus-Christ. Il doit donc lui être uni comme le bras l'est à la tête, agir dans sa dépendance, sous l'influence de sa grâce*. C'est la condition de tout acte surnaturel.
Voilà une première union que le prêtre doit avoir avec Notre-Seigneur, s'il veut célébrer dignement. Mais le ministère qu'il remplit en exige une autre, plus spéciale et plus intime, qui le mette en état d'agir, non comme un membre de son corps mystique seulement, mais comme son représentant, comme un autre lui-même. Car, que faut-il pour que l'Hostie soit consacrée et que la divine Victime devienne présente sous les espèces eucharistiques ? Il faut que le prêtre fasse à l'autel ce que l'Homme-Dieu a fait au Cénacle, qu'il prononce les mêmes paroles : Hoc est corpus meum ; Hic est sanguis meus, avec la même efficacité. Par conséquent, il faut que le prêtre suprême s'identifie, pour ainsi dire,
1. Qui immolât, praeterquam Deo cocli, occidatur. (Ex., xxii, '20.)
2. Ipso Christus Jésus tanquam caput in membra et tanquam vitis in palmites virtutem influit, quic bona eonim opéra semper antecedit <'t comitatur et subsequitur. ( Conc. Trid., Sess. \i, Do Just., C.)
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avec son ministre à ce point que la volonté de l'un et de l'autre ne soit qu'une seule et même volonté et leur action qu'une seule et même action. Comme l'ange qui parlait aux Israélites au nom du Seigneur, pour leur faire ses communications et leur intimer ses ordres, se disait le Seigneur qu'il représentait : Ego Dominiis, ainsi le prêtre représentant le Sauveur dans l'exercice de son sacerdoce, pourrait dire avec vérité : Ego Christus. a Ce n'est pas moi, enfant d'Adam, ou simple fidèle, qui parle, qui agis, qui consacre, qui offre mon corps et mon sang; c'est Jésus-Christ vivant, agissant, parlant en moi ; ou bien c'est Jésus-Christ et moi tout ensemble, c'est le Pontife éternel et son vicaire, c'est un homme animé et soutenu par l'esprit de l'Horame-Dieu, n'ayant avec lui qu'une même vertu et n'opérant qu'une même œuvre*. » Comment concevoir entre le prêtre et Notre- Seigneur une union plus complète et plus merveilleuse?
Cependant il faut encore en reconnaître une autre, plus étonnante, s'il est possible : celle qui résulte de la consommation du Sacrifice eucharistique ou de la participation du prêtre au corps et au sang du Sauveur. Car il ne peut se borner, comme le diacre et les ministres inférieurSj à s'approcher de la victime, à la prendre entre les mains ou à l'offrir à Dieu : il faut qu'il la reçoive en son cœur, qu'il s'en nourrisse, qu'il y communie. Cette union n'est pas morale seulement, mais réelle et substantielle. C'est comme un sceau que le Sauveur ajoute aux unions précédentes, afin de les rendre plus solides et plus intimes. « Celui qui se nourrit de ma chair et de
1. Quod dabatur a Paulo et quod dabatur a Petro, Christi eiat. (S. Aug., 1)1 Joan., v, 18.)
mon sang, dit-il, demeure en moi et je demeure en lui. Or, celui qui demeure en moi participe à ma vie. Il n'a qu'à se laisser animer et conduire par moi pour s'enrichir de mérites et de vertus surnaturelles '. » Aussi est-ce après le saint Sacrifice et grâce à la Communion surtout que le prêtre peut dire dans le sens le plus étendu : Vù'o, /am non ei^o ; vivit vero in me Cliristus-. « Jésus-Christ n'est plus en moi seulement pour un instant, pour exercer certains actes et remplir certaines fonctions; il y est pour y demeurer, pour y produire des fruits de vie, pour être le principe de ma conduite, surnaturaliser mes œuvres et diviniser en quelque sorte tout mon être. »
3" L'acte que le prêtre fait à l'autel tend de sa nature à procurer à la Majesté divine une souveraine gloire. En effet, si l'on considère cet acte en lui-même comme immolation et oblation d'une personne divine, ce n'est pas assez de dire qu'il honore Dieu essentiellement, il l'honore infiniment. 11 rend à la Majesté divine et à toutes ses perfections, à sa sainteté, à sa justice, à sa bonté, à sa souveraineté, un hommage tel que, non seulement nous ne pouvons en concevoir de plus parfait, mais que Dieu lui-même ne pourrait en désirer de plus glorieux. De même en est-il, si nous le considérons dans ses effets, si nous envisageons les fruits qu'il doit produire. 11 faut reconnaître qu'il n'en est pas qui puisse honorer Dieu davantage, puisqu'il n'est pas de moyen plus puissant, soit pour communiquer aux âmes la grâce du ciel, soit pour les exciter à l'amour du Sauveur et à la pra-
1. Qui nianducat meam carnem et bibit meiim sanguinem, in me manet et ego in eo. (Joan., vi, 57.) Qui manet in me et ego in eo, hic fert fractura multum. (xv, 5.) — 2. Gai., ii, 20.
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tique des gi'andes vertus d'abnégation, de générosité, de zèle, de pénitence et de mortification.
Rien donc de si auguste, même parmi les fonctions sacerdotales, que le divin Sacrifice : Dieu ne saurait confier à personne un ministère plus saint ' !
De là une conséquence aussi importante que pratique : c'est qu'il n'est pas de fonction qui demande du prêtre des dispositions plus parfaites, ou dont la profanation le rendrait plus coupable et pourrait lui devenir plus funeste.
Nous exposerons bientôt les autorités et les raisons qui font, non seulement de l'état de grâce, mais encore de la pratique de la perfection, une condition nécessaire pour mériter d'offrir chaque jour le divin Sacrifice ; mais en attendant, nous croyons devoir faire remarquer ici une chose : c'est l'énormité du péché dont un prêtre se rendrait coupable, s'il montait même une seule fois à l'autel en mauvais état, q'est-à-dire sachant bien qu'il a offensé Dieu d'une manière grave et n'ayant pas de sa faute la contrition qu'il doit avoir.
Quand un prêtre célèbre ainsi en état de péché et avec l'affection volontaire au péché, on peut dire qu'il y a en lui deux hommes qui agissent à la fois en sens contraire, l'homme du dehors, l'homme officiel, qui suit le cérémonial, et l'homme du dedans, l'homme privé, qui agit
1. Necessario fatemur nullum aliud opus adeo sanctiim ac divinum tractari possu quani hoc tremendum mysterium. ( Conc. Trid., Sess. xxii, Décret. )
suivant ses vues personnelles et ses dispositions. Entre l'un et l'autre, c'est une opposition flagrante et une contradiction continuelle. Le premier proclame la souveraineté de Dieu sur tout ce qui existe et reconnaît que les hommages et les adorations des pures créatures ne suflisent pas pour honorer sa grandeur infinie ; le second refuse de se soumettre à son autorité ; il transgresse sa loi, résiste à ses représentations et brave ses châtiments. L'homme officiel prête au Fils de Dieu son ministère et sa parole, pour rendre à son Père la gloire que méritent ses perfections ; l'homme privé, loin de s'unir à la divine Victime, refuse de faire pour Dieu le moindre sacrifice; il veut se tenir dans l'indépendance, satisfaire la passion qui le possède, son orgueil, son ressentiment, son ambition, sa luxure. L'homme officiel dit à Dieu du bout des lèvres, au nom du Sauveur anéanti à ses pieds : « A vous tout droit, toute puissance et toute gloire. Tout ce qui n'est pas vous est néant devant vous, j) L'homme privé lui dit en son propre nom, par ses actes aussi bien que par Iqs dispositions de son cœur : « Ma satisfaction et mon honneur avant tout. Peu m'importe qu'il y ait un Dieu, un Sauveur, une loi, un enfer, une éternité : je veux me contenter et agir comme il me plaît. » Quand le Sacrifice touche à sa fin et que le moment de la Communion arrive, l'homme officiel, le représentant de Jésus-Christ prenant l'Hostie, témoigne qu'il s'associe à ses sentiments et qu'il veut être à Dieu avec elle et par elle; il reçoit le Sauveur en son cœur comme pour lui en céder l'empire et se laisser animer de son Esprit. Mais ce ne sont là que des démonstrations. L'homme privé, lui, l'homme réel ne participe à la Victime que pour la consumer ; il reçoit son
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Sauveur en sa poitrine, comme un hôte qui n'a aucun droit à exercer chez lui. Son dessein n'est pas de se soumettre à son esprit, mais de l'assujettir à sa volonté propre, ou à la passion qui est son idole. Le lieu où il l'introduit n'est pas un trône où il désire le voir régner : c'est une prison où il veut le tenir captif, un sépulcre où il a dessein de l'ensevelir. Ainsi rien ne touche, rien n'arrête, rien ne désarme ce malheureux pécheur. Ce que le Sauveur fait en sa faveur, en raison de son caractère, le pouvoir qu'il lui permet d'exercer, la confiance qu'il lui témoigne, il en profite pour cacher son indignité et offenser Dieu avec plus d'audace. Ce n'est pas dans un moment d'oubli, par inadvertance, par un mouvement subit qu'il pèche; c'est de sang-froid, au mépris des plus vives lumières. Il porte son péché en présence du Saint des saints; et ce qu'il voit faire au Sauveur pour honorer le Roi du ciel, l'hommage infini qu'il lui voit rendre à la Majesté divine et auquel il prête son ministère accroît encore la malice de son acte et lui sert à l'outrager davantage. Comment concevoir un crime plus odieux et qui mérite un châtiment plus sévère ?
Saint Paul enseigne que le fidèle qui ne s'est pas éprouvé avant la communion et qui participe indignement à la sainte Eucharistie mange et boit sa propre condamnation, parce qu'il se rend coupable de la profanation du corps et du sang du Sauveur^. Que faut-il donc penser du prêtre coupable qui ne se contente pas de communier à l'autel, avec le sentiment de son indignité, mais qui ose encore, en dépit de sa conscience et