‹ Du divin sacrifice et du pretre qui le celebreChapitre 82 sur 247 · Heb., VI · texte numérisé non relu

Heb., VI

15G DU PRETKE A L'AUTEL

veur ait encore pitié de ses ministres indignes et qu'il ait quelquefois recours aux moyens les plus extraordinaires pour leur ouvrir les yeux, les faire rentrer en eux-mêmes et les forcer à lui demander miséricorde. Nous en citerons un exemple, entre beaucoup d'autres, emprunté à un auteur digne de foi, qui s'en fait le garant. « Il y avait naguère, dit»il, au monastère de Sainte- Catherine, à Naples, une religieuse d'une grande sainteté, nommée sœur Paule de Sainte-Thérèse. Voici un fait qui lui était arrivé peu de temps avant de quitter le monde, et dont elle a rendu témoignage depuis son entrée au monastère. Comme elle entendait la Messe un matin dans une église, elle vit, au moment de l'Élévation, la sainte Hostie, couverte de taches, noircie et toute difforme, comme ce pain que le prophète Malachie reprochait aux prêtres juifs de présenter à l'autel : panem pollutumK Cette vue la fit trembler de tous ses membres. Sa crainte et sa tristesse augmentèrent encore lorsqu'elle découvrit le mauvais état où se trouvait l'âme du prêtre qui célébrait, Dieu lui montrant à la fois le péché dont il était souillé et le châtiment prêt à tomber sur sa tête. Pénétrée de compassion et enflammée de zèle, elle se mit à implorer en sa faveur la divine miséricorde ; et le Seigneur, habitué à ne rien refuser aux prières de sa servante, lui inspira de tenter elle-même la conversion de ce malheureux, en lui adressant de sa part une admonition charitable. L'ayant donc attendu au sortir de la sacristie et ayant demandé à lui parler en secret, elle commença par s'humilier et lui faire des excuses, de ce qu'elle, pauvre femme, se permettait de

1. Offertis super nltare meum paneui poUutiim, et dicitis : In quo polluimus te ? (MaL, i. T.)

donner un avis à un prêtre du Très-Haut; puis elle lui représenta que ce qu'elle voulait lui dire était dans l'intérêt de son âme, qu'elle n'avait pour s'adresser à lui aucun autre motif que celui de la charité. Enfin, prenant confiance, elle lui dit ouvertement : « Sachez que « Dieu m'a révélé le mauvais état oij vous êtes en ce « moment et où vous ont mis tel et tel péché. Lorsque « vous éleviez l'Hostie pour !a faire adorer du peuple, « je l'ai vue entre vos mains toute souillée et couverte « de taches noires. Cette vue m'a remplie d'horreur, au « point que mon sang se glaçait dans mes veines. Com- « ment donc osez-vous monter au saint autel dans un « pareil état ? Ignorez-vous quelle pureté est requise « dans un prêtre qui doit tenir dans ses mains et rece- « voir en sa poitrine le Fils unique de Dieu et de la « Vierge immaculée? Oh! je vous en conjure, détestez « votre péché, rejetez-le de votre cœur, et purifiez votre « conscience par une bonne confession! Ne différez pas, « si vous voulez éviter le châtiment suspendu sur votre « tête et apaiser le juste Juge des vivants et des morts. » Le malheureux prêtre resta d'abord interdit et muet. La pâleur couvrait son visage. Ce qui l'atterra surtout, ce furent les taches que cette personne lui dit avoir vues dans l'Hostie, et où il reconnut les traces de ses mains impures. Enfin, touché de confusion et tombant à genoux à côté du Tabernacle, il arrosa le pavé de ses larmes, demanda pardon à Dieu, de tout son cœur et, après avoir remercié sa bienfaitrice, il se mit en devoir de se conformer à ses charitables avis. »

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