ATTACHE AU PÉCHÉ
Quand nous disons que la vie du ministre des autels doit être innocente et pure, entendons-nous que, pour être élevé au sacerdoce et offrir le divin Sacrifice, il faille absolument avoir conservé l'innocence du baptême et s'être toujours conservé dans l'amitié de Dieu? Non, Nous n'ignorons pas la prédilection du Seigneur pour les âmes pures ; nous savons quelle innocence il a voulu voir en la bienheureuse Vierge pour se faire son Fils, et quel ornement c'est pour le sanctuaire qu'une vertu qui ne s'est jamais démentie. Néanmoins, pour ne rien exagérer, nous devons dire que, dans le choix de ses ministres, lEglise consulte bien plus les dispositions où elle voit ceux qu'on lui présente que celles où ils ont pu se trouver, et que souvent elle n'hésite pas à fermer les yeux sur quelque faiblesse ancienne, parfois même surdes fautes nombreuses etprolongées, pourvu qu'elles
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aient été dignement expiées et que le scandale ait été réparé par une pratique courageuse et soutenue des vertus contraires.
Sans doute les péchés commis ont toujours été commis; et si l'Esprit Saint ne venait à son aide, le pénitent aurait j)eine à recouvrer, dans son intégrité, la première horreur que le saint baptême lui avait donnée pour le mal. Le vase garde longtemps l'odeur du poison qui y a séjourné, et quand Tacide a pénétré l'intérieur du métal, il est difficile d'en enlever toute trace. Mais ce que la nature ne saurait faire, est possible à la grâce. Aufer rubiglnem de argento, dit l'Esprit Saint, et erit l'as mundissimum ' . Gomme un vase d'argent ou d'or, qu'on jette de nouveau en fusion, s'épure en s'erabrasant, l'âme se dégage par une pénitence sincère de tout ce qui la viciait, et sa ferveur lui rend son premier éclat. Saint Paul, saint Jérôme, saint Augustin n'ont pas rendu moins de gloire à Dieu, après les égarements de leur jeunesse, que saint Jean, saint Philippe de Néri, saint François de Sales, qui ont toujours marché dans la bonne voie. L'important, c'est que les chutes, s'il y en a eu, aient été bien réparées, qu'on ne soit pas moins ferme dans le bien que si l'on avait toujours ignoré le mal, et que les vertus dont on est orné aient fait oublier les défauts auxquels on était sujet : Si quis se emundaverilab islis, dit l'Apôtre, erit l'as in honorem sanctificatum et utile Domino, ad omne opus bonum paralum'^ .
D'ailleurs notre dessein n'est pas d'exposer ici les conditions nécessaires pour entrer légitimement dans les saints ordres. Nous supposons un ecclésiastique ho-
\. Prov., XXV, 4. — '1. II Tim., ii, 21.
noré du caractère sacerdotal, qui a reçu le pouvoir de célébrer les saints Mystères, et qui est disposé à user de ce pouvoir autant que les lois ecclésiastiques le lui permettent. Or nous disons que pour le faire dignement, il lui faut un certain degré de perfection supérieur à l'état de grâce pur et simple, ou que, pour monter chaque jour à l'autel sans manquer de respect à la sainte Hostie, avec profit pour soi-même et édilication pour les fidèles, il doit se tenir exempt de toute affection volontaire au péché, même véniel, et avoir à cœur de diminuer de plus en plus le nombre des infidélités auxquelles il est sujet.
Ce que nous demandons ici du prêtre pour célébrer chaque jour le divin Sacrifice, on l'exige communément des fidèles pour faire la communion fréquente, c'està-dire pour se présenter à la sainte Table une fois ou deux chaque semaine. Les théologiens et les directeurs des âmes, les hommes d'étude et les hommes de pratique s'accordent à dire que, pour ceux dont l'état serait moins parfait, des communions si fréquentes, sans être gravement répréhensibles, témoigneraient peu de respect pour la sainte Eucharistie^ et ils appliquent à ces cas la parole de saint Ghrysostome : Frigida ad Eucharistiam acccssio est periculosa^. Tel est le principe qui
1. I Cor., Jlom., XXIV. Qu'il suffise de citer à l'appui suint François de Sales. Vie déi-ote, n, 21, et saint Liguori, Praxis, u. 140-1.5.5. Non est dubium , dit-il, quin error sit , ut advertit Benotlictus XIV, De Synodo, coucedere comruunioneni frequenteni iis qui sœpe in peccata gravia labuutur, n«^c soUiciti sunt de sua emendatione. aut iis qui accedunt ad communionem curu alVectu ad peccata venialia. sine ullo dosiderio se ab iis liberandi.
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sert de règle aux confesseurs dans la direction des âmes. Sur quoi donc se fonderait un ministre de Dieu pour refuser de s'v soumettre, ou pour prétendre que la célébration quotidienne des saints Mystères n'exige pas une préparation si soigneuse? Ne doit-on pas plutôt penser le contraire, et ne semblerait-il pas juste de demander de lui des dispositions d'autant plus parfaites, que la faveur à laquelle il aspire est j)lus précieuse et que l'acte qu'il veut faire est plus excellent et plus saint'?
Assurément ce serait une prétention étrange de la part d'un (idèle de s'arroger une place privilégiée à la Table eucharistique, de se placer de lui-même parmi les convives les plus assidus du Sauveur, quand il est encore si peu habitué à l'observation des devoirs communs, qu'on a lieu de craindre de les lui voir bientôt enfreindre sur des points importants, quand il a peine à se faire la moindre violence pour y être fidèle, quand il lui arrive souvent de préférer au bon plaisir de Dieu, et même à sa volonté formelle, une inclination déréglée, une fantaisie, une satisfaction déraisonnable. Si son confesseur le savait dans cet état et qu'il le vît user de la sainte Communion avec si peu de retenue, il n'hésiterait pas à lui dire qu'il apprécie mal ses dispositions, que l'amour dont il se croit animé envers Notre-Seigneur, ne pouvant le décider à faire pour lui le plus léger sacrifice, n'est pas un véritable amour, que c''est, à son insu,
1. Pourquoi detnander,-iit-on moins d'un prêtre, dit encore saint Liguori, pour dire la mess»; tous les jours, que d'une religieuse pour la communion quotidienne? Qu'y a-t-il do plus excellent que le divin SacriCce ? (^.Salva, m, 10, 11.) Necessario fatemur nullum aliud opus adeo s.inctum ac sacrificium altaris... Et satis apparet omnem operam in L'O |>onendam esse ut quanto m;ixinia fîeri potest interiori cordis munditia et puritate peragatur. [CoDC.Trid., Sess. xxui.)
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un motif moins pur et moins parfait qui l'attire à la sainte Table. Y aurait-il donc un moindre désoi'dre dans la conduite d'un prêtre qui, tout en montant chaque jour à l'autel, continuerait à se donner les mêmes licences que ce fidèle et persisterait dans les mêmes infidélités? S'il n'avait aucun désir de changer de vie, s'il refusait de veiller sur sa conduite, sur ses inclinations, sur son humeur, s'il était disposé à accroître plutôt qu'à diminuer le nombre de ses infidélités et la gravité de ses fautes, n'aurait-on pas également sujet de mettre en doute la pureté de son attrait pour le divin Sacrifice ? Ou plutôt son irrévérence envers les saints Mystères ne serait-elle pas aussi manifeste que choquante? Remarquez qu'il ne s'agit pas seulement pour lui de participer à l'Eucharistie. Avant de prendre la sainte Hostie et de s'en nourrir à l'autel, le célébrant la consacre, il l'immole, il l'offre solennellement, sous l'une et l'autre espèce, à la Majesté divine. Or, chacun de ces actes n'est-il pas aussi excellent et ne demande-t-il pas autant de préparation que la communion elle-même? Ayant comme elle le Saint des saints pour objet, peuventils ne pas exiger le même degré de grâce et de sainteté ?
Aussi voyez les prières que l'Eglise nous met sur les lèvres dans la célébration du divin Sacrifice. Que nous fait-elle demander à Dieu, tout d'abord, en montant à l'autel? Une entière pureté de cœur, qui nous rende digne des fonctions que nous avons à remplir : Aufer a nobls, Domine, omnes inlquitates nostras, ut ad sancta sanctorum purlsmereamur mentibus introirc. Et à l'Offertoire, quelles paroles nous fait-elle prononcer? Elle nous oblige à nous humilier de tous nos manquements
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et de toutes nos négligences, même les plus légères : Suscipe , sancte Pater, liane Immaculatam hostiam pro innumerabilibus pcccads et offensionibus et negligentiis tneis. Nous devons donc nous en repentir, et ne conserver à cet égard aucune attache volontaire. Et plus tard, à l'approche de la Communion? Libéra me ab universis malis et fac me tuis semper obedire mandatis ; et a te nunquain separarl perniittas. Ne serait-ce pas de la duplicité et une sorte d'hypocrisie d'adresser à Dieu solennellement de telles prières et de garder sciemment dans le cœur une volonté arrêtée, ou du moins une disposition positive à l'offenser encore? Quelle inconséquence et quelle indignité, de venir ainsi chaque jour exprimer au Seigneur un si ardent désir d'une entière pureté, d'une union intime et constante avec lui, et de s'obstiner néanmoins à résister à sa grâce, en continuant à l'offenser par des fautes réfléchies et des infidélités délibérées ?
Non, Dieu ne saurait voir avec indifférence dans le cœur de ses prêtres un pareil partage, une affection si persistante pour ce qui lui déplaît. Lorsqu'ils vont à l'autel pour sacrifier à sa gloire, il veut que leur cœur soit à lui tout entier, qu'il n'y ait ni souillure dans leur âme, ni rapine dans leur holocauste, ni réserve dans leur volonté : Omnis qui habuerit maculam, non accedet offerre liostias Domino, nec panes Deo suo^, disait-il à la tribu de Lévi. Pourquoi exigeait-il si rigoureusement des sacrificateurs de la loi ancienne l'exemption de toute souillure légale ? N'était-ce jjas surtout pour enseigner aux prêtres de la loi nouvelle quelle doit être la pureté