Eph., II
28 DU DIVIN SACKIFICE
maux où il nous voyait plongés. Il lui sembla trop dur de nous perdre tous par le péché d'un seul. Considérant d'ailleurs qu'il glorifierait son Père à proportion de ses abaissements, et que l'homme devrait s'attacher à lui avec d'autant plus d'amour qu'il s'en verrait traité avec plus de clémence, le Fils de Dieu résolut de réparer notre chute et de nous rétablir dans un état plus heureux et plus saint que celui d'où nous étions tombés. II fut décidé, dans les conseils de la divine sagesse, qu'il prendrait sur lui, avec notre nature, la dette que nous avions contractée par nos iniquités, qu'il deviendrait notre Sauveur en se faisant notre victime, que pour nous racheter il subirait de la part du monde, de l'enfer et du ciel même, les épreuves les plus humiliantes et les tourments les plus cruels, qu'après avoir passé sa vie dans la pratique de l'abnégation, de l'humilité, de la pauvreté et de la pénitence, il mourrait du dernier supplice, et se verrait immolé, non sur un autel comme une simple victime de la gloire de Dieu, mais sur un gibet comme le plus odieux des criminels ? Eum qui non noverat peccatum, Deus pro nobis peccatum fecit, ut nos efficeremur justitia Dei in ipso •.
Ainsi le sacrifice que THomme-Dieu devait offrir était un sacrifice d'expiation. Notre-Seigneur n'avait pas seulement à consumer sa vie au service et pour la gloire de son Père, il avait à répandre son sang pour le salut des pécheurs ; et si son immolation devait proclamer hautement la majesté infinie du Créateur et l'étendue de
1. II Cor., V, 21. Semetipsum obtulit immaculatum Deo. (Heb., ix, 14.) Nihil mundum invenit in hominibus quod oflerret pro hoininibus : Seipsum obtulit mundam victimam. Félix victima, vera victiuia, lioslia imniaculata ! (S. Aiig., In Ps., cxux, C.)
son domaine sur tout l'univers, elle devait bien mieux encore faire apprécier la rigueur de la divine justice, l'horreur que Dieu ressent pour le péché et la sévérité avec laquelle il est déterminé à le punir en ceux qui l'ont commis : Qiiem proposait Deus ad ostentionem justetix sux, propter remissionem prxcedentium delictorum^ . A cette condition, le Père éternel promit au Sauveur tout ce qu'il pouvait souhaiter pour lui et pour les pécheurs dont il épousait la cause. Il s'engagea à donner à son humanité une gloire incomparable, à le placer à ses côtés, comme Roi des élus, au-dessus de tout ce qui a un nom au ciel et sur la terre, à rendre en sa considération son amitié aux âmes qu'il aurait lavées de son sang et ornées de ses vertus, enfin à glorifier éternellement avec lui dans le ciel tous ceux qui s'attacheraient à lui, et qui, le reconnaissant pour Sauveur et pour chef, s'uniraient à son sacrifice et réclameraient en son nom la divine miséricorde : Si posuerit pi'o peccato aiiimam suant, l'idebit semen longxvwn. Pro eo quod lahoravit anima ejus, i'idebtt et satiirabitur''^.
L'immolation de l'Homme-Dieu à la gloire de la Majesté suprême, et la rédemption du monde par le sang d'une Victime divine, tel fut donc le dessein capital de l'auguste Trinité '. Tel fut aussi, dès l'origine du monde.