‹ Du Divorce dans la synagogueChapitre 7 sur 22 · LES ROMAINS · texte numérisé non relu

LES ROMAINS

Rome , avant que sa grande prospérité eut empoisonne ses moeurs , ne connaissait pas le divorce . Le mariage y était un - lien "sacré et inâùsoîuhïe\ ou à peu ^ près. \

. L U est bon de rapporter ici le passage de Denys d’Halicarnasse qui a trait à ce sujet. Cet > écrivain grec auquel Henri Etienne V juge si conq|>étent , accorde de grands élogés , avait avant de prendre la plume, fait une étude approfondie des antiquités rd* mainea à Rome même où il s "était rendu à cet effet

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trente ans ayant notre, <$ère« Voici ce qu" il dit au livre II. num. s5. (é). • . , . c

(a) Yoy. Hofmann , Lexicon universale , art. Dwortiumy {b) Tome I. pages 92. gS; éd, d’ Hudsou.

« Les anciens appelaient la sainte cérémonie du mariage confarréation , de la communication , communion , xotvbiviaç , du gâteau sacré appelé far (a) , dont les époux mangeaient en commun . . . Comme donc les femmes venaient vers leurs maris en partageant avec eux cette première et très-sainte nourriture , cette union prend son nom , confarréation^ du gâteau sacré {far ) qui unit les époux nécessairement ( àvayxaîov ) du lien d’ une intimité indis-

(«) Pline , N. H. XVIII. 3.: Quin et in sacris nihil religiosius confarreationis vinculo erat , novaeque nuplaeyàrreum praeferebant.

Tacite IV.16. Patricios confarreatis parentïbus genitos. Voyez la savante note de Juste-Lipse sur cet endroit dans les classiques latins de Turin, tome i. de Tacite , pages 4'® et 4*9* Voyez aussi Alexander ab Alex. Géniales dies,l. II. C. 5. avec les notes de Mercerus et de Tiraquellus sur ces paroles : Quippe cum tribus modis contraherentur nu-^ ptiae , usu , coëntptione et confarratione.

De là vien\ que les poêles accompagnent souvent de r épithète piunt.

Farre pio et plenà supplex veneratur acerra

, . . . Virg. Aen. V. 745. . . • ■ >

Mollibit aversos Penates. . . • .

Farre pio et saliente micâ.

Hor. Od. IIL a3.

Farre pio plaçant et saliente sale.

Tibullc III. IV- 10.

soluble , à tel point que tien ne saurait dissoudre ce mariage (a).

« Cette loi ( de Romulus ) continue le même auteur , obligeait les femmes mariées à s* accommoder à r humeur de leurs insépàrabîes maris ; et elle obligeait les maris {h) à garder, ou plutôt regarder^ leurs femmes comme une chose ( ) qu’ il

fallait supporter avec patience , puisqu* ils ne pouvaient pas s’ en debarrasser («vayctipérot» ). Une longue expérience a proüvé tous les avantages de cette loi touchant leS femmes (c) . C’ est un point incontesté que pendant 1* espace de cinq-cent-vingt ans, on n’a vu à Rome aucune séparation d'époux. Mais dans la cent-trénte-septième Olympiade (d).

[a) sza^ouv ^4 roiîç iepovç ot tvoCKcuoI yocfxovc ... ^«ppaxtec ( Confarratîo, confarrealîo ) sn-t xoivtôvloci roû fuppo; . . . . rô ^>7 xotvuvoùç rriç tsj3cJT<xTVÇ té x«t 7tjhi“ TY}ç rpOfÜç yiveaâou yvvuixaç àv^pelat r>5v psv èrrlx^iocrj xotv(û)tlaç toû fxppàç (t^ev^eîç (rov^tafiov â* avctyxacov oixeloTTOTOç sfepsv «^taWtou ^ xui to ^toupneov Toùç yâ- (xouç toutouç oO^èv yj^v.

(If/ yecl rovç Kv^fiaç 6JÇ «vecyxalou vé xoù uvuyoupiroo rflç yOvotixôç x^otreiv.

‘ (c) pulcprui Si 7oû xaXcûç s^eiv tov repi t<ûv «yuvafxwv vôpiov O îTO^yç j^jsovof.

(d) Deux-cçnl- vingt-neuf ans avant J. C. si nous suivons le calcul (lu P. Petau.

sous le Consulat de M. Pomponlus et de C. Papyrius , Spurius Carvilius , homme d* une condition distinguée , répudia sa femme , ce dont on ne trouve aucun exemple avant lui. Les censeurs Vobligèrent à prêter serment que ce n’était que dans le but d’avoir des enfans qu’il renvoyait sa femme î car celle-ci n’ était pas en étal de lui en donner. Malgré cela ce divorce , bien qu’ il semblât une nécessité , le rendit sans retour odieux au peuple romain »

II. Si Plutarque se trompe, ainsi que je le dirai plus loin , en attribuant à Romulus une loi qui admettait trois causes pour lesquelles le mari pouvait répudier sa femme, il ajoute cependant que dans ce cas-là même , cet homme était obligé de faire un sacrifice aux dieux de la terre pour les appaiser. Voyez au reste ce que je dis de ce passage de Plutarque, dans la deuxième partie du présent traité.

III. Valère Maxime, livre II. cb.i.num. (mihi) 4* dit : « Depuis le commcncementde Rome jusq à la cinqcent-ving tième année, aucun divorce entre mari et femme n’a eu lieu. Le premier qui renvoyât sa femme , ce fut Spurius Carbilius , pour cause de stérilité , et quoique ce motif fut trouvé valable , il ne laissa pas d’ encourir le blâme public. Car on pensait que même le désir d* avoir des en—

fans ne devait pas V emporter sur l[a foi conju^ gale. » (a). ^ .

IV. Le divorce de Carvilius, quoique les moeurs ne fussent plus celles des premiers temps, ébranla la République jusque dans scs fondemens (i).

V. J’ertullien, Apolog.ohap.VI. « Ubl est ilia fe- » licitas matrlmoniorum de moribus utique prospe-

■ , , Al , -i.1 .d y, i i 1 — — — '

(a) Repudium inter uxores et virum , à condilâ urbe usque ad viccsimum et quin^entesiraura annum , nullum intercessit. Primus autem Sp. Cavilius ( alii Cabilius , alii Carbilius ) uxorera sterifilatis causa dimisit Qui quaraquam tolerabili ralione motus videbatur , reprehcnsione tamen non cnruit : quia nec cupiditatcm quidcm liberorum conjugal! fi— dei praeponi debuisse arbitrabatur-

Il paraît , au reste , par un passage d’ Aulu-Gelle que ce Carvilius , qui avait pour sa femme de 1* estime et une grande affection , ne se détermina pour cette séparation, que par un faux scrupule ; car il avait aflirmé aux Censeurs so*u« la foi du serment, qu’. il ne se mariait que dans le but d’avoir des eufans.

“ Atque is Carbilius , dit A. G. , traditur uxorem , quam dimisit , egregie dilexisse , charissimamque morum ejus gratià habuisse , et jusjurandi reiigionera animo atque amori praevertisse , qubd jurare à Censoribus coactus erat, uxorem së liberorum quaerendorum gratià habiturum.

Ce qui prouve 1’ erreur^ d’ A. G., c’est le blâme universel que Carvilius encourut par ce divorce.

{b) Yoy. Terrasson , hist. de la Jurisprudence romaine -, partie i. §, 7 . loi ù5. Boucliaud, VI. table ,Joi VU.

fl

» rata ) quâ per annos fermé sexcentos ab urbe » conditâ ) nulla repudium domus scrîpsît ?n

VI. Valère-Maxîme, atl livre déjà cité,cbap.IX.(a) num. rapporte Tacte de sévérité des Censeurs M. Valérîus Max. et C. Junîus Brutus Bubulcus , qui exclurent du Sénat Lucius Antonius » parce J» qu'il avait ,répudié sa femme, quUl avait jépôusée » vierge ( quod quam virginem in matrimonium du- » xerat , répudiasset ) sans même consulter un seul » de ses amis. Et je île sais pas si ce crime ( hoc M crimen) ne surpasse pas celui de vieillir dans le V célibat) crime dont j'ai parlé plus haut. Car dans » ce dernier cas, le saint mariage (conjugalia sacra) a » été seulement négligé , mais dans notre cas il a a été outragé. G' est donc par les meilleures *rab » sons que les censeurs jugèrent cet homme indi^

» gne de siéger dans le sénat

VU. Vous n’avez certainement pas manqué, Monsieur ) de remarquer le rapport frappant qu’ il y a entre ces mots de VaL Max. quam virginem in mairimonium duxerat , et le reproche du prophète que j* ai cité plus haut : uxorem puhertatis iuae quam tu despexisti ; et plus loin : et uxorem adoîescentiae tuae noü -despicere, ( Malachie IL ^ )

' ' VIII. Le Romains regardaient donc, de même que

(a) Dans d* anciennes éditions , chap. IV.

la synagogue,' comme un plus grand crime de repudler la femme de sa jeunesse , sa première épouse.

G* est ce qui me parait expliquer parfaitement le reproche qu* Antoine fit à Cicéron, clans sa réplique aux philippiques de son éloquent âdtagoniste, savoir: qu* il avait répudié la femme (a) Auprès de laquelle il avait vieilli: ir^aXttv avrev •/uvatxa ( une femme ) îTKpeè J iqripotes (b) Il estVTaî qucPlutarquequi rapporte ces paroles , veut y voir une raillerie fae Trapaffxûwrtfidv , contre T humeut peu guerrière de Cicéron qui préférait le coin de son feu domestique aux champs de bataille. Mais cette explication est visiblement, forcée , tirée par les cheveux , certainement contre T intention d* Antoine qui avait trop de tact pour ne pas s* apercevoir qu' en appelant en même temps Tattention du lecteur sur la lècheté de Cicéron ^ il nuisait à T impression que devait produire 1* accusation de son odieux divorce* Mon explication est toute naturelle et conforme à r opinion des Romains , qui respectaient particulièrement , surtout avant le débordement de leurs moeurs , le premier mariage ^ le mariage virginal, ou comme dit mieux le prophète « le mariage de r adolescence , de la puberté. Au reste, nous ver* rons tQut à V heure une méprise de Plutarque , bien plus importante en fait de divorce.

(a) Voyez à la fin du volume la note JV.

{b) Plutarqua tome i. page 88a éd. de Paris i6a4*

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