‹ Du divorce (volume 2)Chapitre 2 sur 20 · PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRE

Oest une source féconde d'erreurs, lors* qu*on traite une question relatitre à là société, de la considérer seule, et sans rapport aux autres questions , parce que la société elle-naême n'est qu'un ensemble de relations et de rapports , et que , dans le corps social j comme dans tout corps organisé, c*est-à« dire , dont les parties sont disposées dans de certains rapports entre elles relatifs à une fin déterminée, la cessation des fonctions vitales ne vient pas de Panéantissement des parties, mais de leur disjonction, et du dérangement de leurs rapports.

Comment , en effet , traiter du divorce quî désunit le pète , la mèr^ , l'enfant , sans par*- 1er de la société qui les réunit ? Comment trai-* tertre Pétat domestique d^ société ou de la fa« mille , sans considérer Pétat public ou politi* que qui intervient à sa formation, pour en garantir la stabilité et en assurer les effets? Mais la raison du pouvoir domestique qui réu«

( ij ) Dit les hommes dans la famille^ la raison da pouvoir public , qui réunit les familles en corps d*£tat; ne se trouve^ au fond^ ni dans l'homme , ni dan§ la famille ; car l'homme est par lui-même indépendant de tout autre homme • et la famille de tpute autre famille. Il f^ut dpnc remonter au pouvoir supf*ême l^niverse} sur les êtreç; je yçux dite^ àla#Dn- 'naissance d'un être supérieur à Tbongu^^e^ et préexi^t^at à la société humaine , dont la volonté conservatrice des êtres créés ge mailifeste dans up ordre déterminé dç rapports j^ J(?squel8, exprirrijés par des lois, çon3tituent le pouvoir bufla^ais , et, par çp^quent, la société j pouvoir uniy.ersçl de Dj.eu sur les hommes, devoirs des bQm,i;nçs e^verjs Pieu, ipi expliquent rinexpUcavble pouvoir de rhomme sur l'homme, et les devpiirs qui en découlent ; pou vpir divin , doot; 1^ connaissance et le culte çont l'objet de la religion. ou àfi la société qui un^t , qui lie ,, de rcli^arç , p^rçe qu'elle est le lien et la raison dçs a-^tres sor ciétés.

C'est là la marche de la raison , mais ce n*est pas celle de la philosophie moderne ; et puisque la qv^estion qui npi^ç occupe, la pre-

Ynière et la plus fondamentale tie testes lei questions sociales^ est le champ de bataille «pu cette philosopha combat , depuis si longr temps, contre la raison, on me permettra ii exposer ici, avec quelque détail, le sujet de l^ur querelle , et ses effets sur la société*

Une raison exercée comprend tous le$ êtres , et leurs rapports existans et même possibles, sous ces trois idées générales, et les plus générales que l'esprit puisse copcevqir : cause 9 moyen f effet ,àoat la perception est la base de tout jugeaient, et doiat la réa*f lité au dehors est le fo^d^mentde tout o/rdre aocial : et pour applique v ce principe , uq peu abstrait peut-être, à la jspciété, la rais(»l voit dans Dieu qui veut la cause première; "à^n^Vhomrnej pu plutôt, dans l'être hun main quia^/ten exécution de cette joloi^ié^ la cause seconde, ou- Je mpy^riy le miùi^tré'^ 4e médiateur; et. Xqffety <Jans cet ordre d^ choses appelé société , qui résulte de la volonté 4^ Dieu et de l'action de l'homme*

Ainsi , le pouvoir suprêtpe est daas Tixi-. telligcnpe si^prêrae ou dans Dieu j le pouTOÎir subordonné est da^s TintelUgence suhordoBrr x^Ç QP daos uu boomie \ et cet être humain i

C ir )

pouvoir luî-mème , dans Tordre domésti* que de société comme dans Tordre j)ublic , a sous lui des ministres et des su-jets; en sorte que Tordre particulier^ constitué comme Tordre général , est un enchaînement de causes premières , de causes secondes et d'e£Pets , croyable à la raison de Thomme , puisqu'il est existant , et sensible dans son action particulière.

La philosophie ancienne admettait ces principes fondamentaux de tout jugement et de tout ordre ; mais faible pédagogue de peuples enfans^ elle défigurait la vérité par les imaginations bizarres sous lesquelles elle la leur présentait. Elle chantait , dans ses riantes poésies^ le chaos et le temps^ Thomme animé par un rayon dérobé à la Divinité^ les dieux conversant avec les hommes , Tâge dor^ les hommes^ dans Torigine, heureux et innocens j bientôt tous les maux répandus sur la terre par Timprudence d*une femme, chef- d'œuvre d'une Divinité ; Tespérance seule d'un meilleur avenir laissée au genre humain ^ les hommes corrompus , en guerre las uns contre les autres; la faiblesse sans protection contre la force ^ tantumque habe^

rent^ dit Cicéron^ qug.ntum manu et vin* bus per cœdem ac vulnera aut eripere aut retinere potuissent; enfin des hommes inspirés par les dieux , pour tirer les Hommes de cet état de férocité et de destruction , eu donnant des lois aux sociétés ; fictions bril» lantes qui enveloppent d'antiques vérités f anciennes traditions qui ressemblent à des souvenirs à demi-effacés.

La philosophie païenne avait retenu Vempjreinte d'une autre vérité primitive. La raison disait aux hommes^ que la volonté de rÊtre-Suprême étant souverainement éclai* rée^ doit être parfaitement fixe et i,mmua« ble. Les anciens crurent cette volonté im-* muable ^ main ils ne la jugèrex^t pas éclairée. Ils la supposèrent même aveugle ^ parce qu'elle était uniforme^ et ils en firent le des" tin , qui était supérieur aux hommes et même aux dieux 9 et il est vraij dans un sens^ que Dieu même obéit à sa volonté , et qu'étant souverainement libre , il ne peut rien faire contre sa volonté.

Ainsi le paganisme distinguait^ dans Dieu, la volonté de l'intelligence , ce qui est absurde, et personnifiait la vçlonté sous le nom

( vj ) èe destin, supérieur à rintellîgence même; et le christianisme distingue, en Dieu, la volonté de l'action, et il fkit Taction procé^ âant de la volonté, ce qui e»t conforme à la raison ; en sorte qu'il distingue Dieu qui veut par sa^eûle pensée , de Dietr qui agit au dehors, çX par ifuî ioUt a été fait. Mais revenons»

La philose>pbie nàbderne , née en Grèce > de ce peuple éteriieîlèineht enfant , qui cher^ chà ioufburs là sagesse hbrs des voies de la raison, commence çràt ôtér Dieii de l*Unî- Vei^ , soit qu'avec les athées elle refusé à Dieii totite volonté; tfl lui refusant même l'existence; soit cju'àvéfe îes déistes elle admette là volonté créatrice i et rejette raetion conservatrice ou la Providence \ et pour expliquer la société, elle ne remonte pas plus haut que Thommè : car je ftils grâce au lecteur de tout ce (Jumelle à irtiaginé pour rendre raison de la formation de Punivers physique, et même de Thomtoie, sans reôourir à tin être intelligent supérieur à l'homme et à l'Univers.' Elle a dît sur ce sujet des choses si inouïes , elle a donné à l'existence de l'homme, 5c ce chef-d'œuvre de la création, merveille

( vij ) , lui-même au milieu de tant de merveilles, def causes si absurdes agissant par des moyens si ridicules , qu'ellé-mêine àujôurd'Iiiiî , iliieux avisée, impose silence à ses ade^te^ éur cei * systèmes insensés , que pôiir Phoiirieur du temps où lious avoiis vécu, il faut oublier^ s'il est possible , et Surtout ne pas transmettre à la postérité. /JV^c postera cfeâani sœcula.

Nos philosophes, Hobbes excepté, étaient loin de supposer que les homniés , antérieurement à la société , fussent eh guerre les uns contre les autres : « Thomme est ri^ » bob », dit J. J. Rousseau ; « dans Tétât y> dépure niatui'e, dit M. de Montesquieu ,. » les hommes ne ch^eVcheràient pas à s*àt- » taquer, et la paix serait leur première » loi naturelle ». Dès lors l'état de société n'était plus nécessaire ; il n'était, tout au plus , que convenable : l'htommé n'èn'traife pas en société pour côtisérvèrsôrt éj^îstence , mais pour ajouter à ses plaisirs j et avec ce principe , quand nos sophistes auraient admis la croyance dte là t)îvihité , îî ne leur était -plVis nécessaire dfe ta faite ihfervehir pour dbhtier dés lois aux hommes , parce^

que la Divinifé ne peut jamais intervenir sans nécessité} et Yhomme n^ bon , oun-a- Tait pas besoin de lois> ou était assez bou pour donner des lois aux hommes.

Et en effet , ces. mêmes philosophes qui avaient rêvé à leur manière un prétendu état de pure nature antérieiir à toute société , où les hommes étaient heureux et bons^ nous font tout à coup paraître des 3ages, des hommes de génie , philosophes, instituteurs et bienfaiteurs des peuples, qui d'eux-mêmes donnent des lois au genre humain , docile à les recevoir ; sans daigner nous apprendre pourquoi il avait fallu des lois à des hommes qui avaient, sans lois, le bonheur et la vertu; ou si les hommes étaient devenus mauvais , par quel privilège quelques-uns s'étaient préservés de la corruption générale, et tous les autres, déchus de leur bonté première, en avaient retenu la docilité.

Quoi quïl en soit, on ne pouvait attribuer à l*homme le pouvoir de faire des lois et de former la société • sans lui attribuer le pouvoir de les défairç et de dissoudre la société : aussi J. J. Rousseau avança solennellement : « qu'un peuple a toujours le droit

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> de changer ses lois, même les meilleures | :» car s'il veut s^ faire mal à lui-même, qui

> est-ce qui a le droit de l'en empêcherai) »? Nos philosophes avaient senti que l'homme étant originellement indépendant de l'homme > tout homme qui faisait des lois devait être envoyé pour en faire \ et dès qu'ils rejetaient toute mission divine^ c*était une conséquence nécessaire qu'ils eussent recours à une mission humaine , et qu'ils cherchassent dans une agrégation d'hommes , la raison du pouvoir qu'ils ne trouvaient pas dans i|||.,«eul.

Mais le peuple lui-même n'était qu'une col*

lection d'hommes • et c'étaient des hommes

qui envoyaient des hommes pour donner des lois aux hommes. D'ailleurs y en déférant à la raison d'un seul homme pour l'acte le plus important de la société > l'institution des lois, le peuple. reconnaissait llnsuffisance de

I» I I I ' I ■! I > |l 'Il I" " ■

' (l) Op ne croira pas un joiu:, que T^crivain qui a proféré cette absurdité , et celle-ci : P homme qui pen^e est un animal dépravé , et tant d'autres , ait été exposé dftns le plus beau lieu de l'Europe , à la vénération du peuple le plus éclairé de l'Univets.

sa raison pour se gouverner. Il n'agîssaif donc qu'en vertu de sa masse , ou de la supériorifé de son nombre : c'était donc la masse qui ent^oyait la raison ; aussi Jurieu, l'apôtre de la souveraineté populaire , ne put se tirer de cette inextricable difficulté qu'en affirmant naïvement : <? QvtQ le peuple i> est l'a seule autorité qui n'ait pas besoiny> d'avoir raîsoii* pour valider ses actes ». Ce qui prévenait toute objection , et teriïiinait' toute dispute.

Ces législâteutéi envofés p^r léj^èiiple, ou sans être envoyés , agissant en Sètt nom , furent, eh Grêce, Sôlbn ou L]^curgute • à Rdme^, dèstdré, dés décfemvîrs , dfefe triumvirs, ou deà tribuUs ; et dans des temps postérietrrs , furent Mahomet, Luther, et mille autres. En Grèce même, véritable patrimoine des législateurs , les sages n'âttcn-^' daiettfc pas la itti^iion, ils la prévenaient, et parcouraient le pays, cherchant partout des lois à refaire et des cités à policer. La législation ne fut pa« cette médecine amère , <ju'uji malade en délire rejette loin de la demander, et 'quil ne prend que lorsque le médecin emploie la force pour l'y côrftrain-

dre ; maïs le vêtement que se fait faire pour sa commodité l'homme en pleine santé , am* pie sui*tôut> et qui laisse à ses mouvement la plus grande liberté; comparaison que M. de Montesquieu me fournit lui-même, lorsqu'il dit , qu'Un législateur àage doit ^*sayer les lois au peuple > pour voir si elles ^ lui conviennent ^ et il a fait passer cette erreur avec bien d'autres^ à l'aide de beaucoup d'esprit et d'un style itilmitable.

Parmi ces législateurs populaires , Tua permit au père d'expôset son enfant > l'autre à la fènirtié de retttttyer ion mari; celui-ci ordonna au maître d'aller à là ehasse de* soïi e'iJôlave ; e^lui-là cobseilla les âtnours îhfâmes ; ett Crète , i'ittsùtt-éctibh dti peuple contre lie magistrat fut prévue et soumise à des règles ; ici les hommes s'égorgèrent dans les jeux publier, pour amuser leurs stemblables ; ià lefs artisans s'assirent daiis les tribu-

nauk , pour juger leurs concîioyeùs ; en Grèce on îh venta l'oslrâcisme > pour it défaire d'Aristide, et à Âoiiîe, oh se contenta de condamner Verres à une améiïdfe, etc. etc. ; et 'jte fais grade tti lecteur 'de bîéh d'autres Ibiii et surtout de nos lois révolutionnaires.

auxquelles rien ne peut être comparé. Ce r^est pas qu'il n'y eût de l'esprit , plus ou moins, dans toutes ces législations, comme il y a de Tart , et même beaucoup , à cette tour penchée qu'on voit à Pise , qui se soutient hors de son aplomb , mais qui croulerait au moindre ébranlement :

Jam/am.lapsura, cadentkjue [jissimilis.

Mais il n'y eut rien de naturel , et les hommes ne firent que substituer des rapports de leur invention aux rapports que le Créateur, père du genre humain , avait établis entre lesêtr^s.

Il n'appartient qu'à l'Etre , souverainement bon , de se répondre à lui-même de la perfection de ses ouvrages , et de voir quHls sont très-bons, hes homiTies ont bientôt reconnu l'imperfection et le vice de leurs œu* vres , et iios philosophes , mieux placés que les anciens, pour juger de l'efiet de ces institutions humaines , frappés de leur inconsistance) et surt;out des désordres qu'elles avaient introduits dans les sociétés , brisèrent leur idole de leurs propres maijo^ , et déclarèrent, par l'organe de J* J« Rousseau : « que

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> rhomme est né bon , et que la société le dép prave ». Ce philosophe fut même beaucoup plus loin^ et il avança : « Que Tbomme » qui pense est un animal dépravé ». Cette opinion , au reste, n'était pas un accès d'humeur d'un misanthrope mécontent des au* très et de lui-même ; les idées d'ordre , de raison, de justice , de bien , de mal , fonde-

. ment de toute législation , sont au nombre

^ des idées les plus générales que l'esprit puisse

concevoir; et un autre philosophe i Condil-

lac , nous apprend : « Que les idées gêné-

» raies prouvent la limitation de notre es-

> prit, que Dieu n'en a nullement besoin » ; et ailleurs, « les bêtes ont des idées géné-« » raies » , en sorte que la fonction de donner

k des lois aux hommes , regardée comme le

plus noble exercice de l'intelligence , n'en prouverait que la faiblesse et l'insuffisance; et certes , on remarquera sans doute que je ne cite que les maîtres; on verrait bien autre chose , et j'aurais trop d'avantage, si je voulais citer les gloses des disciples.

^ Dès que J. J. Rousseau eut avancé çue

la société déprape rhomme , conséquent à son principe , il chassa l'homme de la société.

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et le renvoya a Tétat de nature, antérieur, selon lui> à la société, et qu'il plaça dans la vie sauvage (nous en verrons bientôt la raison); nouvelle absurdité ; comme si la société consistait dans les murs de nos maisons ou dans l'enceinte de nos cités, et que partout où il naît un homme, il n'y avait pas un père , une mère , un enfant , un langage , le ciel, la terre , Dieu et la société.

Mais si l'homme était dépravé par la société , il était bon avapt d'entrer en société ; l'jétat sauvage qui précède notre état de société , était donc un état bon , en sorte que nos philosophes modçrnes , et particulièrement celui de Genève, entrèrent dans le sentiment de ces philosophes , dontp^rle Leibnitz , <s qui vpient la nature là où il y a le > moins d'art , ne faisant pas attention qu^ » la perfection comporte toujours l'art avec 3^ elle ».,Car Leibnitz, au lieu de placer l'état naturel de l'être dans l'état originel oi^ natif, comme ces philosophes, ne Ja plaçnît q\ie dans l'état subséquent et perfectionw^.

Ui^e fois qu'il fut coftye^u qy^ la yie sauvage est l'état naturel de rhorame , on ^'extapîa. $ur rindusirie decesbomwç? qw> la tçtç

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