‹ Du divorceChapitre 1 sur 41 · PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRE

'C EST une source ebonité d'erreurs, lorsqu'on traite une question relative à la société, de la considérer seule, et sans rapport aux autres RES » parce que la société elle-même n’est qu'un ensemble de relations et de rapports, et que, dans le corps social comme.

dans tout corps organisé, c’est-à-dire dont lesparties sont disposées dans de certains rap: ports entre elles relatifs à une fin déterminée, la cessation des fonctions vitales ne vient pas de l’anéantissement des parties, mais de leur déplacement, et du D di de leurs rapports.

Comment, en effet, traiter du divorce, qui désunit le père, la mère, l'enfant, sans parler de la société, qui les réunit? Comment traiter de l’état domestique de société ou de la famille, sans considérer l’état public ou politique

qui intervient à sa formation, pour en garantir la stabilité et en assurer les effets? Mais la raison du pouvoir domestique, qui réunit les hommes dans la famille, la raison du pouvoir public, qui réunit les familles en corps d’État, ne se trouve au fond, ni dans l’homme, ni dans la famille; car l'homme est par luimême indépendant de tout autre homme, et

Ja famille de toute autre famille. Il faut donc

remonter au pouvoir suprême universel sur les êtres ; je veux dire à la connoissance d’un être supérieur à l’homme, et préexistant à la société humaine, dont la volonté conservatrice des êtres créés se manifeste dans un ordre déterminé de rapports, lesquels, exprimés par des lois, constituent le pouvoir humain, et par conséquent la société; pouvoir universel de Dieu sur les hommes, devoirs des hommes envers Dieu, qui expliquent l’inexplicable pouvoir de l’homme sur l’homme, et les devoirs qui en découlent; pouvoir divin, dont la connoissance et le culte sont l’objet de la religion ou de la société qui unit, qui lie, de religare, parce qu’elle est le lien et la raison des autres sociétés.

C'est-là la marche de la raison, mais ce

rase

n'est pas celle de la philosophie moderne ; et puisque la question qui nous occupe, la première et la plus fondamentale de toutes les questions sociales, est le champ de bataille où cette philosophie combat depuis si long-temps contre la raison, on me permettra d'exposer ici, avec quelque détail, le sujet de leur querelle, et ses effets sur la société.

Une raison exercée comprend tous les êtres, -et leurs rapports existans et même possibles, sous ces trois idées générales, et les plus générales que l'esprit puisse concevoir : cause, moyen, effet (1), dont la perception est la base de tout jugement, et dont la réalité au dehors

est le fondement de tout ordre social : et pour appliquer à la société ce principe, un peu abstrait peut-être, la raison voit, dans Dieu qui veut, la cause première; dans l'*omme, quel qu'il soit, qui agit en exécution de cette volonté, la cause seconde, ou le moyen, le ministre, le médiateur; et effet, dans cet

rs 1) Voyez la Législation primitive, du même auteur, | oùces idées sont développées et appliquées à la société. La Législation primitive , troisième édition , se trouve chez Adrien Le Clere et G;., rue e Cassette, n° "9f prix, 14 fr. . et16 fr. franc de port,

PT ee ordre de choses appelé société, qui résulte de la volonté de Dieu et de l’action de l’homme.

Ainsi le pouvoir suprème est dans l’intelligence suprème où dans Dieu; le pouvoir subordonné est dans l'intelligence subordonnée ou dans un homme; et cet étre humain, pouvoir lui-même, dans Pordre domestique de société comme dans l’ordre public, a sous fui des ministres et des sujets; en sorte que l’ordre particulier, constitué comme l'ordre général, est unenchaînement de causes premiéres, de moyens où causes secondes, et d’ effets, ordre croyable à la raison de l’homme, puisqu’il est existant, et même sensible dans son action particulière.

La philosophie ancienne admettoit ces principes fondamentaux de tout ordre et de tout jugement ; mais, foible pédagogue de peuples enfans, elle défiguroit la vérité par les imaginations bizarres sous lesquelles elle la leur présentoit. Elle chantoit, dans ses riantes poésies, le chaos et le temps, l’homme animé par un rayon dérobé à la Divinité, les dieux conversant avec les hommes, l’âge d’or, les a mes, dans l’origine, heureux et innocens; bientôt tous les maux répandus sur la terre

NE di

par l’imprudence d’une femme, chef-d'œuvre d’une Divinité ; l'espérance seule d’un meilleur avenir, laissée au genre humain; les hommes corrompus, en guerre les uns contre les autres; la foiblesse sansprotection contrela force, tantumque haberent, dit Cicéron, quantum manu et viribus per cædem ac vulnera aut eripere aut retinere potuissent; enfin des hommesinspirés par les dieux, pour tirer les hom- ‘mes de cet état de férocité et de destruction, en donnant des lois aux sociétés : fictions brillantes qui enveloppent d’antiques vérités ; anciennes traditions qui ressemblent à des souvenirs à demi effacés.

La philosophie païenne avoit retenu l’empreinte d'uneautre vérité primitive. La raison disoit aux hommes que la volonté de l’Être suprême, étant souverainement éclairée, doit être parfaitement fixe et immuable. Les anciens crurent cette volonté immuable, mais is ne la jugerent pas éclairée. Ils la supposèrent même aveugle, parce qu'elle étoit uniforme, et ils en firent le destin, qui étoit supérieur aux hommes et même aux dieux ; et il est vrai, dans un sens, que Dieu même obéit à sa volonté, et qu’étant souveraine-

| | Deat 6 ina ment libre, il ne peut rien faire contre sa volonté. | Ainsi ie paganisme séparoit, dans Dieu, la

volonté de l'intelligence, ce qui est absurde; et:

personnifioit la volonté sous le nom de destin, supérieur à l’intellisence même; et le christianisme distingue en Dieu la volonté de l'action, et il fait l’action procédant de la volonté, ce qui est conforme à la raison; en sorte qu'il distingue Dieu qui veut par sa seule pensée, de Dieu ou plutôt de l'Homme-Dieu qui agit au dehors, et par qui tout à été fait. Mais revenons.

La philosophie moderne, née en Grèce, de ce peuple éternellement enfant, qui chercha.

toujours la sagesse hors des voies de la raison, commence par ôter Dieu de l'univers, soit

qu'avec les athées elle refuse à Dieu toute vo-

lonté , en lui refusant même l'existence; soit qu'avec les déistes elle admette la volonté créatrice, et rejette l’action conservatrice ou la Providence; et pour expliquer la société, elle ne remonte pas plus haut que l’homme :

car Je fais grâce au lecteur de tout ce qu’elle a imaginé pour rendre raison de la formation de l'univers physique, et même de l’homme,

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