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CHAPITRE V

DE TROIS ÉTATS DE SOCIÉTÉ : IMPARFAIT, PARFAIT OU NATUREL, CORROMPU OU CONTRE NATURE.

Lis êtres organisés qui ont une fin et des moyens extérieurs d'y parvenir, naissent dans un état de foiblesse de moyens qui les empêche de parvenir à leur fin. Ainsi commencent l'homme et la société. C’est-là l’état imparfait ; et il est imparfait, puisqu'il tend à un autre état meilleur et plus fort, et que l’être périt s'il n’y parvient. |

Le temps et les acquisitions développent ses moyens, et font successivement passer l'être à un état plus avancé. Ainsi la graine devient plante, le fœtus devient homme, et un peuple sauvage devient civilisé.

Les uns font de:ieurs moyens développés Pusage le plus conforme à la fin pour laquelle ils sont , et parviennent à cet état qu’on ap-

pelle, dans la plante, maturité; dans l’homme, virilité et raison ; dans la société, civilisation : c’est l’état parfait ou naturel des êtres. Les autres tombent dans un état mauvais, ou parce que leurs moyens ne sont pas assez développés, ou qu’ils ont dévié dans leurs développemens, ou enfin, parce qu'ils n'en font pas un usage conforme à leur fin. C’est pour l’homme, l’état d’infirmité corporelle et de foiblesse morale, qui, l’un ou l’autre, font de homme un grand enfant; ou l’état de force de corps et de désordre de volonté, qui fait de l’homme un méchant ou un enfant robuste, comme l’appelle Hobbes; c'est dans la société, l’état opposé à la civilisation. Cet état est mauvais, corrompu, contre nature.

État parfait, ou état naturel; état mauvais, ou état contre nature. Nous y reviendrons tout à l’heure.

L'homme individu a, pour parvenir à sa conservation individuelle, qui est sa fin, une volonté et des organes physiques, ministres ou moyens de sa volonté dans l’exécution de ses actions individuelles. . ;

La société a, pour parvenir à sa fin, qui est sa conservation, des lois, qui sont sa volonté,

et des personnes, moyens ou ministres des lois dans l’exécution de l’action sociale.

L'homme, dans l'état d'enfance ou imparfait, a une volonté foible comme ses moyens; tantôt il emploie beaucoup de force pour faire peu, tantôt il veut faire beaucoup avec peu de force.

L'homme, méchant ou fou, a une volonté foible ou désordonnée, servie par des moyens forts : il détruit les autres êtres, il se détruit lui-même; c’est l’état corrompu et mauvais.

L'homme, perfectionné ou bon, a une volonté éclairée, et une action réglée par sa volonté. La loi des membres ne s'élève pas contre celle de l'esprit , et le corps est soumis à la raison , comme le inmistre au pouvoir, et le moyen à la cause.

La société naissante et dans l’état imparfait a des lois foibles et une action foible ou violente, car violence est foiblesse; c’est dans la famille la répudiation ou la polygamie, véritable despotisme domestique ; c’est dans l’État le despotisme politique qui « entraine tout par sa » volontéet parses caprices, » dit Montesquieu. Tantôt il agit sans ministres comme Clovis, qui fendoit lui-même la tête à un soldat, ou

Pierre [*, qui décimoit lui-même ses strélitz; tantôt le pouvoir est usurpé par ses ministres ; par les maires du palais, sous les rois de la première race; ou par les évêques, sous Louisle-Débonnaire; par les patriciens, comme en Pologne. |

La société corrompue a une volonté désordonnée, ou des lois contre nature, et une acuon déréglée. Dans la famille, c’est le divorce qui dépose le père et lui arrache ses enfans; c’est l’infanticide qui fait périr les enfans par le père; ce sont les amours infâmes : dans l'État, c'est le peuple qui se déclare souverain. « Le peuple dans cet état, dit três-bien l'Es- » prit des Lois, a toujours trop ou trop peu. » d'action; tantôt avec cent mille bras il ren- » verse tout, tantôt avec cent mille pieds il ne » va quecomme un insecte. » Ce peuple détruit les autres peuples, il finit par se détruire luimême : « Car s’il veut.se faire mal à lui-même, » dit le Contrat social, qui est-ce qui a le droit » de l’en empêcher ? » À ces traits on reconnoit la démocratie, et c'est Montesquieu et Rousseau qui l’ont nommée. |

Dans l’état bon ou parfait de société, ln volonté ou les lois sont parfaites, et l’action réglée

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par la volonté. Le pouvoir est absolu, et non pas arbitraire; les ministres subordonnés, les sujets soumis. Cet état de société tient aux lois, et non aux personnes; et le foible Louis XII, faisant juger à mort Montmorency, et refusant sa grâce aux larmes de toute la France, avoit un pouvoir moins arbitraire et plus absolu que le fort Clovis, lorsque à Soissons il faisoit luimême justice d’un de ses soldats.

Ces trois états de société sont bien distincts dans la société religieuse. L'action du culte ou le sacrifice étoit imparfait dans la religion judaïque, et la brute étoitimmolée pour racheter l’homme.

Dans la religion chrétienne, l’action ou le sacrifice est parfait, puisque, selon les chrétiens, la victime est le plus parfait des êtres, et que, selon l’histoire, la société chrétienne est la plus éclairée, et par conséquent la plus forte des sociétés.

Dans la religion païenne, état de société mauvais et contre nature, l’homme même étoit immolé à la Divinité, et les dieux mêmes n'étoient que corruption et licence.

Ainsi, réduire en esclavage perpétuel son .

ennemi pris à la guerre, le tuer, lui rendre

la liberté, forment la distinction de l’état imparfait, de l’état corrompu, de l’état parfait du droit des gens chez les chrétiens, et chez les peuples qui ne le sont pas.

. La perfection des lois domestiques et publiques s’appelle civilisation.

Ainsi la civilisation est la perfection des lois et des mœurs, comme la politesse est la perfection des arts et des manières; car les manières sont un art, et les mœurs une loi.

Ainsi ces Grecs, qui avoient des sculpteurs si habiles, des sages si diserts, des courtisanes si maniérées, mais dont les lois permettoient la prostitution à la femme, le meurtre de l’enfant, l'assassinat de l’esclave, les amours abominables, étoient un peuple poli sans être civilisé; et les Germains, avec leurs arts grossiers et leurs mœurs naturelles, telles que nous les décrit Tacite, avoient un commencement de civilisation, sans politesse.

L'état parfait d’un être est son état naturel, puisque l’état naturel d’un être est celui où son être est fini, accompli; et que, à proprement parler, il n'est pas, tant qu'il n’y est pas parvenu, et qu'il cesse d’être, s’il n'y parvient.

Ainsi, l'état naturel ou parfait de la graine

ést de devenir plante, du fœtus de devenir homme, du peuple sauvage de devenir civilisé ; et la graine, le fœtus et le peuple périssent, sils ne parviennent point à cet état parfait.

L'état imparfait dès être n’en est donc pas l’état naturel, mais l’état natif ou originel ; ct cette distinction est fondamentale.

Ainsi la nature, en général, est l'ensemble des lois parfaites des êtres, comme la nature particulière d’un être est l’ensemble de ses lois particulières; et c’est une absurdité d’avoir fait de la nature le législateur de l'univers, lorsqu'elle n’en est que la législation.

C'est ici la grande querelle de la philosophie moderne contre la raison. J. J. Rousseau place l’état naturel de l’homme individu ou social, dans l’état natif ou imparfait. De là sa prédilection affectée pour les enfans, au moins pour ceux d'autrui, et son admiration insensée pour l’état sauvage. De là ces propositions dignes des Petites-Maisons : « L'homme qui » pense est un animal dépravé...; l’homme est » né bon, et la société le déprave.»

Ainsi l’état imparfait de l'être est un état natif ou originel, mais l’état parfait ou natu-

rel est un état acquis ou adventif, adventitius, qui veut dire survenu.

«Certains philosophes, dit très-bien le grand » Leibnitz, mettent la nature dans l’état qui a le » moins d'art, ne faisant pas attention que la » perfection comporte toujours l’art avec elle. »

Ainsi l’homme fait est plus naturel que l’enfant, l'homme savant plus que l’ignorant, l’homme vertueux plus que l’homme vicieux, l’homme civilisé pipe que l’homme sauvage.

De là vient qu'il n’y a rien qui donne plus de peine à acquérir que le naturel dans les ouvrages d'esprit; et que, dans les lois comme dans les arts, dans les mœurs comme dans les : manières, le faux, le mauvais, l'innaturel, se présente de lui-même à notre esprit. 7’erum, dit Quintilien, id est maximè naturale qudd.

natura fieri optimé patitur; reconnoissant ainsi que l'état naturel est un état à la fois acquis et parfait, fieri optimé.

Ainsi la raison place aussi l’état imparfait. dans l’état originel ou natif.

La nature et l’art ne sont donc pas opposés l'un à l’autre, et cette figure oratoire, transportée dans la législation, y a produit de déplorabies erreurs. |

On a cru qu'il y avoit des lois naturelles , comme il y a des besoins naturels; et J, J.

Rousseau a été jusqu’à dire : « Ce que Dieu » veut que l’homme fasse, il ne le lui fait pas » dire par un autre homme, il le lui dit lui- » même, et l'écrit au fond de son cœur ; » et l'on n’a pas vu que si les lois même les plus naturelles, étoient naturelles dans ce sens, l’homme ne manqueroit pas plus aux lois de la société qu'aux lois de la digestion. De cette idée de lois naturelles écrites par Dieu même au fond de ños cœurs , on a conclu des lois artificielles, écrites par des hommes sur le marbre et l’airain , qu’on a appelées positives, et l’on a regardé celles-ci comme moins obligatoires que celles-là. Ainsi, konore ton père a été une loi naturelle; et honore le pouvoir politique a été une loi positive ; et souvent l’on a vanté les vertus naturelles d'hommes ou de sectes qui manquoient aux devoirs publics, et qui, dans le mariage par exemple, faisoient un crime d’une infidélité, et du divorce un devoir ou du moins une bonne action.

D'un autre côté, comme on a appelé exclusivement naturelle la religion des familles primitives, et exclusivement aussi révélée , la re-

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ligion de l'Etat, on en a conclu que la religion patriarcale ou primitive étoit seule naturelle; et que la religion de l'Etat étoit artificielle, et la religion des prêtres.

Osons donc, sinon réformer , du moins éclaircir ce langage équivoque, et disons : que la religion naturelle où domestique étoit naturelle à l'homme des familles primitives, considérées avant tout état public de société, etque la religion révélée ou publique est naturelle à l’homme de la famille considérée dans l’état public. Disons : que la religion domestique a été révélée par la parole, et la religion publique révélée par l'écriture; parce que tout ce que l’homme sait sur ses devoirs, même religieux; lui vient par révélation, c’est-à-dire, par la parole qui lui transmet l'expression de ses propres idées. C'est-là la sublime doctrine de saint Paul, véritable apôtre des nations, puisqu'il enseigne la science de la société. Il dit bien, comme J. J. Rousseau, que nous portons une loi écrite au fond de nos cœurs, lex scripta in cordibus nostris ; mais loin de dire comme lui, «ce que Dieu veut que » l’homme fasse, il ne le lui fait pas dire par un » autre homme, » saint Paul dit expressé-

ment : « que la connoissance vient de l’ouïe ; » et que l’homme ne peut pas entendre si on » ne lui parle » : Fides ex auditu; quomodd audient sine prædicante? Ce qui veut dire que nous avons en nous, comme naturelles, les connoissances nécessaires à notre bonheur ; mais que, pour être perceptibles à notre propre esprit, elles ont besoin d’être revêtues d’expressions , comme les corps, pour être visibles, ont besoin de lumière sensible à nos yeux; différence essentielle d’avec les brutes, qui entendent aussi la parole, qui la répètent quelquefois, mais qui n’y attachent aucune idée, parce qu’elles n’ont pas des idées, et n’ont tout au plus que des images.

Disons que la législation positive ou politique est aussi Men que la législation dite naturelle, parce que l'État est aussi naturel à la conservation des familles, que la famille elle-même à la propagation de l’homme; et que nulle part on n’a vu l’homme naïître sans famille, niles familles se conserver sans former un Etat public. Disons que les lois ne sont pas naturelles , parce que Dieu les a écrites au fond de nos cœurs; ni artificielles, parce qu’elles sont promulguées par l’homme; mais

que les lois domestiques ou publiques sont naturelles quand elles sont parfaites ou éonformes aux rapports naturels des êtres, et que toutes les lois bonnes, parfaites, naturelles, données aux hommes, émanent de Dieu comme raison suprême et volonté générale, et sontannoncées par un homme comme organe de ses volontés, et moyen de leur transmission à l’homme.

Aïnsi donc, si l’on faisoit un traité de lépislation générale (1), au lieu de suivre ces définitions obscures et équivoques de lois naturelles et positives, de droit naturel et positif, on distingueroit les lois en lois domestiques et en lois publiques ; en lois religieuses et en lois politiques, en lois bonnes naturelles, et en lois mauvaises Re date et l’on diroit avec Cicéron : « Ce n’est que dans la » nature que se trouve la règle qui sert à dis- » tinguer une loi bonne de ceile qui ne lest » pas, » legem bonam à mal& , nullé ali& nisi naturali 20orm&, dividere possumus.

- Les lois naturelles sont celles du commence-

(1) C’est ce que l’auteur a essayé de faire dans la Lésisla-

tion primitive.

ment, puisque les rapports entre les êtres dont elles sont l’énoncé sont aussi anciens que les êtres eux-mêmes; elles sont encore les lois de la jin, puisque les êtres ne peuvent parvenir à leur fin qu’en s’y conformant; elles sont Valpha et l'omega des êtres ; et c’est dans ce sens que Jésus-Christ appelle la loi de lindissolubilité conjugale, «la loi du commence- » ment : » 4b initio non fuit sic.

Une société ne peut pas plus rester dans l’étatimparfait que l’homme rester enfant. L'un et l’autre âvancent toujours vers la consommation , et le seul état stationnaire est l’état fini, parfait ou naturel.

La raison conçoit qu'un peuple passe de l’état imparfait à l’état parfait ; c’est la loi de Ja nature et la marche des êtres. La loi de la répudiation, permise aux Juifs, a fait place à l'indissolubilité chrétienne, et leur sacrifice au sacrifice deschrétiens. Ainsi, en France, le pouvoir arbitraire sous Clovis est devenu absolu sous Philippe-Auguste. Cette théorie de l’état imparfait ou légal, qui précède l’état parfait, et qui, foible et inutile pour la fin dela société, est rejeté et changé en un meilleur état, est admirablement exposée dans les Épitres

de saint Paul aux Romains et aux Hébreux.

Nihil enim, dit-il, ad perfectum adducit lex. reprobatio quidem fit præcedentis mandati, propter infirmitatem ejus et inutilitatem.

Si l'état imparfait n’aboutit pas à l’état parfait, il se change en l’état mauvais. Les Grecs et même les Romains passèrent du despotisme de leurs premiers rois au gouvernement populaire, et de la répudiation au divorce; comme leurs ancêtres avoient passé de la religion naturelle à lidolâtrie. Mais une société qui ne sauroit, sans périr, demeurer dans l'état imparfait, peut encore moins stationner dans l’état mauvais opposé à sa fin naturelle, objet de la tendance constante de tous les êtres.

« Car, dit très-bien J. J. Rousseau, si le légis- » lateur, se trompant dans son objet, établit » un principe différent de celui qui naît de la » nature des choses, l'Etat (société) ne cessera » d'être agité jusqu’à ce qu’il soit détruit ou » changé, et que l’invincible nature ait repris » son empire. »

Ainsi les Juifsne pouvoient rester sous l’état imparfait de leur religion, sans tomber à tout moment dans les derniers excès de l’idolâtrie. Sur la fin de leur existence en corps de nation,

la secte des pharisiens avoit altéré leculteavec ses tradiuons, et celle des sadducéens, ruiné le dogme avec ses opinions ; et ce qu’il y a de véritablement merveilleux chez ce peuple, est de le voir aujourd’hui avec une religion sans ministres, et un culte sans sacrifice; lui dont le culte n’étoit que sacrifices, et dont les mi- nistres faisoient une partie si considérable de L la nation, demeurer stationnaire dans cet état plus qu’imparfait, et rejetant le christianisme, se préserver également de l’athéisme et de l'idolâtrie; état extraordinaire, surnaturel même aux yeux d’une raison éclairée, puisqu'il est opposé à la nature ou aux lois des êtres en société.

Le passage de l’état imparfait de société à l'état parfait, est praticable, puisqu'il a été pratiqué ; et il est naturel à l’homme, puisque les peuples du Nord, de qui descendent les peuples modernes, ont tous passé de l’état imparfait et grossier de leur religion naturelle, et de leur société polygame ou despotique, au christianisme, à a monogamie et à la monarchie.

Mais lorsqu'une nation serie à l’état parfait, ef qu’elle a goûté le don céleste des

lois naturelles , elle ne peut en déchoir sans tomber dans le dernier degré dé misère et d’avilissement, parce que cette marche rétrograde est contraire à toutes les lois de la nature des êtres, et à toutes les perceptions de la raison. Ainsi la Pologne, à l'extinction de la race des Jagellons, retombée dans l'état imparfait desociété politique, et bientôt apres de société religieuse et même domestique, # après trois siècles de langueur et de convulsions, a été, du moins pour un temps, effacée du rang des nations. La France, tombée dans la démocratie royale de 1789, est descendue jusqu’à la démagogie vile et sanglante de 1793; et qui oseroit arrêter sa pensée sur les suites probables de ce délire révolutionnaire, si le principe de vie que quatorze siècles de constitution avoient donné à cette société, ne l’eût retirée de l’abime de la honte, de la corruption et du malheur.

Ainsi une nation décline et périt, lorsqu'elle déchoit de l’état parfait; et une nation ne fait que végéter et languüir, tant qu'elle ne peut parvenir à l’état parfait de législation ; témoins les peuples orientaux, Turcs, Chinois, Persans, Indiens, les plus foibles de tous les peu-

ples; car pour le vrai Tartare, il est le plus fort de tous ceux qui ne sont pas chrétiens : parce que sa constitution politique est naturelle, sa religion plutôt imparfaite que corrompue, et que, chez lui, la politesse n’a pas précédé la civilisation ; peuple toujours jeune, tant qu’il n’est pas établi, et qu’il habite sous les tentes, où commencent et recommencent toutes les nations , et même celles qui ont fini dans les boudoirs et sur les théâtres.

Il n’y a donc de repos pour un peuple que dans l’état parfait de société; là seulement est sa véritable force, parce que la force est dans la stabilité, et que la stabilité ne peut se trouver que dans l'état fini ; et quoiqu’aucune société ne soit dans cet état accompli, non plus qu'aucun homme, on peut remarquer dans le monde social, plus de lumières, de vertus, de force et de fixité chez les chrétiens que chez les autres peuples, et même en Europe, plus de désintéressement, de grandeur et de sobriété, plus de progrès dans les arts de la pensée, de véritable force enfin, et de fixité chez certains peuples que chez quelques autres.

Le passage de l'état imparfait à l’état parfait se fait sans effort, parce qu'il.est naturel.

Le christianisme, objet de persécution dans l'empire romain, n’y fut point sujet de trouble. La conversion des Francs ne produisit pas de guerre civile. Celle de plusieurs milliers de Chinois n’en a point suscité à la Chine ; mais le retour d’un état meilleur à un état moins bon ne se fait pas sans trouble et sans déchirement, parce qu'il est contre la loi de la nature.

Là, et là seulement est la véritable raison de la décadence des nations ou de leur élévation. La vicissitude des choses humaines, sur laquelle on débite des lieux communs depuis tant de siècles, est une idée vraie, sans

doute; si on l'entend de la tendance naturelle

et nécessaire qu'ont tous les êtres créés à parvenir à cet ordre naturel après lequel ils soupirent , et dans qui seul ils peuvent trouver le repos; omnis creatura ingemiscit : mais idée fausse et même impie, si on l’entend d’une nécessité de changement aveugle et inévitable, ferrea necessitas , qu’on offre quelquefois commeune consolationaux malheureux qu’on a faits : comme si quelque événement pouvoit, sous la loi de la raison suprême, n'être subordonné à aucune loi, et n'avoir aucune raison;

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et que l'instabilité püt être nécessaire dans la créature, lorsque la volonté du créateur est immuable. k

Les Assyriens, les Mèdes, les Romains, les Grecs, ont péri, parce qu’ils ont passé de l’étatimparfait des peuples naissans, à l'état corrompu des peuples dégénérés. pu peuples du Nord subsistent encore en Europe, plus forts qu’à leur établissement, parce qu'ils ont passé de l’état imparfait de société à l’état parfait ; et la plus extrême foiblesse n’a succédé chez les Turcs à cet accès de délire qui les rendit un moment l’effroi de la chrétienté, que parce qu'ils n’ont pas pu sortir de l’état imparfait de la polygamie, du despotisme et du déisme.

Ces grandes leçons de l’histoire doivent être mieux comprises Lpalet ou : la France les a en quelque sorte résumées , dans la dernière expérience qu'elle a faite sur elle-même ; et 1] seroit affreux pour une nation de périr quand elle a, er mangeant le fruit défendu , acquis la science du bien et du mal, et que le choix en est dans les mains de ceux qui la gouvernent. |

Les principes des deux sociétés, domesti-

que et publique, sont semblables : les effets . seront semblables dans l’une et dans l’autre. Nous avons cherché les principes dans la constitution des sociétés, nous allons observer les effets dans leur histoire. Elle est liée inséparablement à celle du divorce, et doit jeter le plus grand jour sur cette question.

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