‹ Du divorceChapitre 19 sur 41 · FT · texte numérisé non relu

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ordres. Grâces immortelles lui en soient rendues! Ce n’est pas ainsi que le législateur des

chrétiens considère l’homme et la société. Il :

connoîït l’homme et ses penchans, parce qu'il

connoit son ouvrage et celui de l’homme; et loin de proposer à l’homme des lois foibles,

complices de ses passions, ou témoins impuissans de ses désordres, il les lui impose comme

un frein, ou les lui oppose comme une digue:

Perfecti estote, « soyez parfaits, » nous dit-il; parole sublime qu'aucun lésislateur avant lui navoit fait entendre, qu'aucun législateur

‘après lui n’a répétée. « Soyez parfaits, » non

comme Aristide et Caton, de cette perfection païenne qui, à côté des vertus privées qui honorent l’homme, laisse subsister tous les vices qui oppriment l'humanité (4); mais de la perfection de Dieu même, c'est-à-dire de cette perfection qui consiste à obéir en tout aux lois

(x) Caton assistoit aux jeux infâmes de la déesse Flore : sa présence gênoit le peuple. Caton s’en apercçut, et sortit pour lui laisser toute licence. Telle étoit la vertu du magistrat romain le plus vertueux. Martial en a fait le sujet d’une épigramme. Ces vertueux Romains assistoient aux combats de gladiateurs, aux sacrifices de sang “humain, lorsqu’ y en a eu; souffroient l'exposition des enfuns, | ele. etc.

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les plus naturelles, qui, étant l'énoncé des rapports naturels des êtres, sont l'expression de la volonté générale de leur auteur; car c’est là le sens général ou métaphysique dé ce passage : « Soyez parfaits comme votre Père cé- » lesteest parfait.» Etnon-seulement il ditaux hommes qu’il appelle à la vérité, d’être meilleurs que les paiens; « car quel mérite auriez- » vous, leur dit-il, à faire ce que font les » paiens? » Nonne ethnici et hoc faciunt ? maïs d’être meilleurs que les Juifs eux-mêmes, le moins imparfait de tous les peuples; et il leur déclare que, « si leur justice n’est pas plus » abondante que celle des scribes et des pha- » risiens, ils n’auront point de part à la so- » ciété céleste qu’il est venu former. » Il leur met sous les yeux la différence d’une loi imparfaite à une loi parfaite, lorsqu'il leur dit : « Il a été dit à vos pères d'aimer ceux qui vous » aiment, et moi Je vous dis d'aimer ceux qui » vous haïssent. » Il leur présente la distinction des œuvres mauvaises des passions, des œuvres imparfaites de la loi, des œuvres par- | faites de l'amour du prochain, dans cette parabole sublime où l'on voit un homme maltraité. par des voleurs, négligé par le lévite,

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secouru par le samaritain; car il est à remarquer que le lévite représente ici l’état imparfait de la loi, dont il étoit le ministre.

Cette parole puissante tire le monde social du néant de l'erreur et du chaos du crime:

l'ordre, ou l’unité du pouvoir, prend, dans la société, la place du désordre de la pluralité. Le monothéisme dans la religion , la monogamie dans la famille, la monarchie même dans l'Etat, chassent peu à peu le polythéisme, la polygamie, la polycratie mème ou le popularisme; et, pour nous renfermer dans le sujet que nous traitons, le mariage est ramené par le législateur lui-même à son institution du commencement , C'est-à-dire à sa loi natu-

relle; car la nature est au commencement de :. tout. La répudiation, et même pour cause

d'adultère, est interdite à des hommes qui n’alléouoient pas même de prétexte pour divorcer ; et jusque dans la voluptueuse Egypte, où l'inceste avoit été une loi politique et le moyen de la succession de ses rois, des milliers d'hommes s'interdisent les plaisirs les plus lépitimes, pour s’adonner avec une entière liberté à la contemplation de la vépitésribnt | 66

La loi mosaïque fut donc accomplie dans la loi chrétienne, et la perfection des lois et des mœurs commença pour l'univers. La loi judaïque, avec ses pratiques multipliées, ses observances minutieuses, ses peines et ses récompenses toutes temporelles, convenoit à l'enfance de la société, à cet âge où un instituteur sévère règle tous les pas de l’homme, et ne lui parle que par les sens. La loi chrétienne, avec ses grands préceptes, sa morale universelle, son ordre éternel de châtimens

et de récompenses, convient à l’âge viril de Ja société, à cet âge où l’homme, en liberté dans la vaste enceinte que la société trace au-

tour de lui, contenu dans ses passions par les lois, ne prend conseil, pour ses devoirs, que

de son cœur. L'une formoit l’homme pour l’état domestique de société, la société de so1;

l’autre forme l’homme pour l'état publie de société, la société des autres. Pour empêcher le Juif de nuire à son semblable, Moïse lui défend de mettre une pierre d’achoppement devant l’aveugie, lui prescrit de montrer le chemin à l'étranger, et de secourir même

l'animal tombé sous le faix. Jésus-Christ va

plus loin dans un seul mot; il dit à l’homme :

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