‹ Du dressage à l'éducation. --Chapitre 21 sur 52 · Le dressarje du chien d'arrêt, 5* éd., p · texte numérisé non relu

Le dressarje du chien d'arrêt, 5* éd., p

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mais non créer les qualilés correspondantes. Par exemple, une combinaison savante de ii;ateries et de corrections peut guérir un chien de la malpro|)retc, do rindocilité, de l'emballement, du vagabondage, etc, mais non le rendre délicat, intelligent, tidèle, attaché, bon gardien, chasseur intrépide, etc. De même, si les moyens indiqués plus liant peuvent, dans une cerlaine mesure, affermir un caractère peureux, il n'est peut-être pas de procédé qui puisse lui donner l'élan et la franchise. Or la franchise, c'est-à-dire une disposition constante à tirer avec toute l'énergie dis])()nible, quels que soient le poids etleterrain, est la qualité primordiale du cheval d'attelage : aucune intluence ne saurait la créer ou la remplacer. En général, si un animal à l'Age où il devrait s'être déclaré, ne manifeste aucune des qualités inhérentes à son espèce ou à sa race, on a toute raison de s'en défaire, puisqu'il nécessiterait une instruction très pénible pour des résultats nuls ou médiocres.

En somme dans le dressage comme dans toute îiutre création, la volonté Immaine procède par addition, soustraction, comhinaison : elle atrophie certaines tendances, en développe d'autres pour les diriger vers les tins qui lui

sont utiles. Mais elle ne peut susciter, si elles manquent, les facultés qu'elle met en œuvre. Du moins en est-il ainsi, lorsqu'elle ne dispose que d'un temps limité, à savoir de celui qui correspond à la jeunesse des individus auxquels elle s'adresse. Parvenus à l'état adulte, ceux-ci se montrent en général incapables non seulement d'acquérir des qualités nouvelles, mais encore d'atténuer leurs défauts ou de contracter de nouvelles habitudes, même dans le sens de leur nature. Presque tous se comportent à peu près comme les poulains dont on ne peut rectifier les aplombs défectueux que dans l'âge le plus tendre, ou comme les retrievers dont on ne peut faire d'utiles collaborateurs que dans les deux premiers ans de leur existence, à moins qu'ils ne rapportent d'instinct. Si des générations d'éleveurs sélectionnaient dans une race très bien douée quelques sujets d'élite et s'efforçaient par une action continue et des croisements répétés, de fixer une variation heureuse ou un mode d'activité qui d'abord aurait répugné au naturel spécifique des individus choisis, peutêtre finirait-on par se trouver en présence de créations véritables. L'aptitude à garder les troupeaux, môme en l'absence du maître, semble

bien être chez les colleys d'Ecosse el à un degré moindre, cliez nos chiens de la Beauce et de la Brie, une acquisition de ce genre. Mais ainsi entendue l'éducation animale dépasse singulièrement en extension tout ce qui ressemble au dressage puisque, à la limite, elle se confondrait avec l'influence des divers facteurs d'où résulte la transformation phylogénétique des espèces domestiques.

Malgré les îipparences, le dressage savant ne confère pas à ses élèves beaucoup plus d'originalité que l'instruction ordinaire. Sans doute dans le fait d'un chien exécutant le saut périlleux, d'un cheval galopant sur trois jambes, d'un éléphant jouant d'un orgue de Barbarie, d'un tigre progressant en équilibre sur une boule mobile, il y a plus de nouveauté que dans le travail qu'on exige, des mêmes animaux en utilisant leur activité spontanée pour une œuvre spéciale. Mais si l'on considère que le plus souvent on est obligé pour de tels exercices, d'abord de dissocier des mouvements qui à l'état naturel sont toujours combinés sous une forme 'essentiellement systématique, et qu'ensuite il faut par coercition opérer, avec ces réactions fragmentaires, de nouvelles synthèses qui ne deviendront

stables qu'à la suite de nombreuses et patientes répétitions où toute l'impulsion émanera de la volonté de l'instructeur, on pensera sans doute que le parfait automate qu'est un animal savant, loin d'avoir acquis des qualités originales lui conférant une valeur plus grande, est devenu inférieur à lui-même, en raison de sa spontanéité diminuée et par suite de son impuissance relative à modifier les associations existantes en vue des adaptations nécessaires. En effet, lorsqu'un tel dressage est mené à bonne fin, les liaisons formées entre des stimulus déterminés et les mouvements presque toujours artificiels qu'ils suscitent, sont devenues si solides qu'elles se substituent à l'instinct. La plupart des sujets ainsi routines seraient incapables, s'ils retournaient à l'état de nature, de chercher leur pitance, de lutter contre leurs ennemis, en un mot de subvenir à leurs besoins.

Entre ces conséquences et celles qui résultent du dressage vulgaire, il n'y a qu'une différence de degré. Beaucoup d'élèves perdent de leur valeur zoologique dans la mesure où ils profitent des leçons reçues. C'est ainsi que certains épa" gneuls, dont on a rendu la dent assez douce pour qu'ils rapportent, par exemple, un lapin

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vivant sans lui l'aire le moindre mal, ne savent plus, en serrant les mAchoires, mettre à mal un adversaire, pourtant plus faible qu'eux. J'en connais qui, munis de crocs redoutables, se laissent rouler par des congénères moins bien armés, sans même essayer de se défendre. Dans ce cas, le dressage a supprimé une des qualités primordiales de l'instinct, à savoir le courage nécessaire à la concurrence vitale surtout cbe/ les carnivores.

A vrai dire, la valeur des sujets dressés dépend en grande partie des qualités de leur instructeur ainsi que des procédés qu'il a mis en usage. S'il s'est montré impatient et brutal, s'il a eu recours à la coercition, en n'éveillant d'autre sentiment que la crainte dans la conscience de l'élève, celui-ci pourra accjuérir des habitudes inotrices assez compliquées et une docilité telle que le mouvement |H'évu se déclancliera au moindre geste; ce sera un bon numéro d'exposition, de fîeld-trial, de concours hippique; il vaudra louanges et argent à son heureux propriétaire, partout où il suftira de répéter des leçons apprises par coMir. Mais ne lui demande/ pas de l'ingéniosité, de riniliiili\e, de l'imprévu, n'espérez pas de lui des variations intellectuelles

sur les tendances acquises, analogues à celles qu'à l'état sauvage il aurait exécutées sur le thème fourni par l'instinct. C'est au moment où des circonstances nouvelles exigeraient qu'il passât du rôle d'instrument passif à celui de collaborateur actif qu'il se dérobera, malgré tous les encouragements que vous pourrez lui donner. Accoutumé à ne bouger que selon les indications d'une volonté étrangère, à considérer comme coupable tout désir qui surgit spontanément dans sa conscience, il a perdu l'aptitude à combler les lacunes de l'intelligence humaine par les apports de ses intuitions instinctives et de ses données sensorielles.

Au contraire, les sujets dont on a cherché à respecter l'initiative, ou même, plus simplement, ceux que l'on traite avec douceur, en n'ayant recours aux châtiments que le moins possible, semblent au premier abord tirer du dressage un bénéfice très appréciable. Peu à peu ils entrent en sympathie avec leur instructeur, et, sans rien perdre en apparence de leurs qualités primesautières, imitent ses actes, partagent ses émotions, participent à ses joies, en un mot enrichissent leur personnalité d'une foule d'états inconnus à leurs congénères sauvages. Que l'on

compare la gamme des émotions par lesquelles passe un bon chien d'arrêt, à la sensation brutale que doit éprouver un renard apaisant sa faim avec la proie qu'il a capturée parmi des dangers de toute sorte. Par des caresses et de bons traitements, un écuyer fait obéir un cheval à la voix et maintient à ses allures une sûreté et un liant (ju'on ne trouve jamais chez les individus rendus irritables et craintifs par les mauvais traitements. Si le cheval de sang n'a pas de ces défenses stupides qu'on rencontre chez beaucoup de ses congénères roturiers, c'est parce qu'il a l'habitude d'être manié et caressé. Il importe, en outre, pour conserver à un animal sa valeur native, de ne pas le confiner dans une tâche trop spéciale, de ne pas exiger de lui des mouvements séparés artificiellement de cenx qui les accompagnent dans l'exercice naturel de l'activité. Par exemple, un cheval dont on obtient la souplesse d'encolure par l'action exercée sur l'équilibre général est beaucoup plus allant que celui chez qui on cherche à développer la même qualité par des tlexions artificielles, ou par l'emploi de différents enrênements. Seul le premier procédé permet à la lète de faire dans le mouvement d'ensemble son office naturel de balancier.

Il semblerait donc qu'une bête sagement dressée dût posséder une supériorité marquée sur ses congénères frustes ou mal élevés; et l'on aurait sans doute raison de penser ainsi, si l'on proportionnait sa valeur à celle des services qu'elle peut rendre à l'homme. Mais on jugera autrement si l'on remarque que tous les talents dus au dressage ne se manifestent que sous l'influence immédiate de la volonté qui les a formés. L'éléphant lui-même, pourtant si raisonnable, cesse de travailler dès qu'il ne se sent plus surveillé. De plus, justement parce que les qualités acquises par l'animal ont leur fin en dehors de sa personnalité, même devenues automatiques elles lui restent en un sens étrangères, puisque à aucun moment il n'éprouve le besoin de les compléter par des additions ultérieures. L'instruction a beau être menée avec une adresse et un tact consommés, il est une tendance qu'elle n'inculquera jamais à l'élève le plus docile, à savoir le désir de s'instruire. Non seulement le sujette mieux doué n'apprend pas à apprendre, mais en outre il perd peu à peu la faculté d'utiliser son intelligence pour la satisfaction des besoins instinctifs, auxquels il devrait pourvoir de sa propre initiative, s'il ne vivait pas

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à l'état de domesticité. Par exemple, un chien errant (jui, pendant ses premières années, aura reçu un dressage soigné, risquera de mourir de faim là où un loup, un renard ou simplement un cliion courant, trouveront de quoi subsister. 11 en est des bêtes comme des esclaves que notre civilisation essaye parfois de libérer : habitués à n'agir que sous l'impulsion d'une volonté étrangère, ils vivent misérables et viennent parfois supplier leurs anciens maîtres de les rendre à leur condition première.

En un mot le dressage nous apparaît comme une diminution de l'individu qui le reçoit. Si l'éducation que nous donnons à nos enfants, entraînait la même conséquence, nous aurions l'obligation stricte d'intervenir le moins possible dans la formation des jeunes Ames. Mais nous allons voir que, malgré les rapports étroits qu'elle soutient avec l'instruction animale, elle s'en distingue par des caractères d'une telle importance que le résultat final peut être tout à fait différent.

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