‹ Du dressage à l'éducation. --Chapitre 4 sur 52 · PIIILOSOI'IIIE Ul' DUHSSAGE · texte numérisé non relu

PIIILOSOI'IIIE Ul' DUHSSAGE

Or, les 11 al)i tildes créées par le véritable dressage apparaissent toujours plus ou moins comme la modiiication d'instincts naturels. « Si on n'avait pas remarqué chez certains individus de l'espèce canine la tendance à pointer, nous n'aurions pas des pointers '. » Si rélé|)hant sauvage ne se servait pas de sa trompe comme d'une main, nous n'aurions pas en lui un des ouvriers les plus laborieux de l'Asie méridionale. Si le cheval n'était pas une machine à courir construite par la nature, il n'aurait pu acquérir les diverses aptitudes que nous lui avons inculquées pour notre usage. Môme le dressage artificiel des cirques utilise quelquefois les tendances spécifiques de l'animal. Par exemple, si le lapin n'avait la manie naturelle de creuser le sol un peu partout, même en dehors de son terrier, en agitant les pattes antérieures, s'il ne lui arrivait pas fréquemment de jouer avec celles-ci après s'être installé sur son arrière-train, il est probable qu'il n'apprendrait pas à jouer du tambour. De même j)our les exercices du kangnroo, (lu perroquet, etc. l'ourlnnl, les talents de la plupart des animaux savftnls- se préscnlent ^

1. C. (iuillcl, UrrapUulation and éducation. Podap. Sojniiiary, VII, p. 4.30.

comme un système de réflexes n'ayant rien de spécifique, n'ayant rien surtout de la souplesse relative que conserve l'activité instinctive. Les scènes très complexes que Crocker' est parvenu à faire jouer à ses chevaux n'ont aucun rapport avec la motricité particulière à l'espèce, puisque des cliiens, des éléphants, des singes seraient bien mieux outillés pour rouler des cylindres, manœuvrer des pièces d'artillerie, etc. Quand les mouvements ont acquis ce degré d'automatisme, toute la série est entraînée fatalement par un ou |)lusieurs stimulus isolés, les actes cessent d'être en rapport avec les circonstances extérieures et de subir l'influence des variations du milieu-. A moins que les tendances fondamentales, instinct de conservation, nutrition, etc., ne l'y contraignent, le sujet est incapable de s'arrêter, même si on l'appelle"; bien plus, il conserve parfois sous forme de tic, l'habitude de répéter indéfiniment les mouvements appris, tels un cheval de haute école et un âne danseur

1. Hachet-Souplet en donne la description, Dressage..., pp. 113-114.

2. Ce sont Ki les caractères qui, d'après M. Piéron, p. 397, distinguent le réflexe de l'instinct.

3. V. un très curieux exemple dans Hachet-Souplet, Examen, p. IIG.

appartenant tous les deux à M. Hachet-Souplet, dont l'un « pour manger son avoine étendait la jambe comme dans le pas espagnol » et l'autre exécutait du matin au soir « le balancer » presque sans aucun repos. Un tel dressage équivaut si peu à l'éducation animale que le plus souvent un chien d'arrêt parfait au théâtre, perd tous ses moyens dès qu'il arpente les guérets et que, d'une manière générale, les expositions, les field-trials^ les concours hippiques et autres épreuves plus ou moins artificielles, réservent beaucoup de déboires à tout dresseur qui s'attendrait à voir les sujets primés se comporter en pleine nature avec autant de savoir-faire que devant les examinateurs.

D'un autre côté, si l'on compte Iro}) sur la spontanéité de l'animal, si on fait en sorte de le laissser se débrouiller suivant sa propre inspiration, on risque de laisser le champ libre aux instincts nuisibles, lesquels auront vite fait de rompre le faible réseau d'habitudes (jui commençait à les emprisonner, il en est des bêtes utiles comme des fauves (jui, malgré le régime débilitant de la ménagerie, finissent fréquemment |)nr retrouver leur férocité native et manger le belluaire. Sous l'empire d'un exci-

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tant imprévu, un cheval, un chien, un éléphant insuffisamment routines, échappent à toute direction, commettent les pires sottises : courses folles, actes de férocité, etc., et peuvent, s'il sont retrouvé les puissantes émotions liées au jeu des tendances spécifiques, devenir hien moins éducables qu'ils n'étaient auparavant ; par exemple, un chien qui a gobé une caille ou une perdrix au lieu de la rapporter, sera dressé bien plus difficilement au rapport.

Il semble donc que nous soyons pris entre les deux pointes d'un dilemme : Ou bien un animal est devenu un pur automate et, dans ce cas, il ne peut pas s'adapter à la diversité des tâches utiles ; ou bien il a gardé trop de naturel, et, dans ce cas il risque d'échapper à la main qui le dirige et de retomber sous l'influence exclusive de ses instincts : dans aucun des deux cas il n'est dressé. Il ne le sera que si tout en gardant dans les automatismes acquis la même souplesse de détail, la même spontanéité relative qui caractérise les aptitudes héréditaires, il reste cependant entre les mains du dresseur comme un instrument docile qu'on peut employer à des besognes variables dans une certaine mesure. En un mot, le dressage est la création

dans ranimai d'une spontanéité nouvelle dont l'homme reste toujours le maître. En partie indépendante des stimulus sensoriels dans la coordination des mouvements et, par suite, jouissant vis-à-vis des choses d'une certaine indétermination, une telle activité se trouve par contre dépendre étroitement de la volonté humaine. Nous allons nous demander dans quelle mesure et par quels moyens psychologiques on peut la créer.

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