‹ Du dressage à l'éducation. --Chapitre 42 sur 52 · Kx^inpl*» de Prevfr · texte numérisé non relu

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.t. Olociv.ilii.il (le l";iut<'ur.

extension : un garçon ou une fillette de cinq ans feront encore des sacritices pour les personnes et les animaux qu'ils aiment, non pour les objets inanimés K Et ce qui montre qu'à cet âge la morale ne se confond déjà plus avec l'art, c'est que la pitié enfantine se porte souvent vers les êtres disgraciés parla nature: « Va, pauvre Clémentine, disait un petit garçon de cinq ans à une fillette de quatre ans, grognon et mal gracieuse, les autres ne te veulent pas parce que tues laide, mais moi je te veux », et, non content de jouer avec elle, il lui faisait régulièrement part de ses gâteaux, moins cependant qu'à une mignonne petite amie qu'il disputait victorieusement à un de ses camarades^. A plus forte raison le besoin de justice se fait-il jour de bonne heure. Même des qualités moins fondamentales, telles que la sincérité, le courage, se manifestent dans les scènes de la vie enfantine avec autant de fréquence que les défauts opposés. Mais qualités et défauts sont loin de comporter les mêmes distinctions et les mêmes limitations que dans la personnalité de l'adulte. Par exemple, un

i. Sauf peut-être pour les poupées.

2. Observation de M"'= Roques, institutrice à Montesquiousur-Losse, 1899.

J3(l I-ÉDUCATION EST-KI.LE IN DHKSSAflE?

nionsonj;e a|>|»inoi)l |>oiil ôlio imc |)roiive de siiir(''rilé, la reconnnissjmce un si^ne (régoïsme, elc. Or. inlerro^cz un onCant de lécole maleinclle sur uiie(|ueslioii de morale : vousohliendre/ des réponses reproduisant le^^ jui^emenls lial)ilucls de ses parents ou l(>s lec'ons de la maîtresse, uiiiis pn'S(|ii(' jamais l'expression (\i\ sentiment naturel à sa propre conscience. Celui-ci, après être resté peiulanl quelque temps le princi|)e des appréciations qu'il poi'tait sur les camarades et sui- lui-même, cède peu à peu la place à l'empire dt'< formules apprises, d'après lesquelles il juge d'abord les adultes, ensuite les |)eisonnes de tout âge.

Aiii'^i rèdmaliou de la première cNraiicc loin d'aidt'i' à la |)ris(' de possession de reul'an! |)ar lui-méiiK'. >ul»>lilue à sa persouualili' ualivc un lypc couvciilioimcl hini moins inl»''r<'-><nnl par ses car.iclères [)sycliologiques, mais prul-èlre |>lusulil('à la dcsiinatiou sociale dr ir-lcxc. Va] réalilé. elle nr jx-iil l'aire autremeul : ou liicn il jaul lai>s('r le handtin s"t''\('ill('r(lt' lui-même à la \i«' in>-liM<li\(' df sa ra<'('. eu M'illanl siiii|il(.|nenl à ce qu'il nr pn-uiu' pas df numvaiso liahiliidcs, <^)U hit-M. si ou icuumcncc <iéjà à le |»ourvoii" des aptitud(,'S donl il aura Iicsoin plus lar'd. il Caul

qu'on renonce à parler d'initiative et qu'on entreprenne réducalion du premier âge suivant une métliode conforme à la fin qu'on poursuit, c'est-à-dire à la façon d'un dressage'. La spontanéité du petit enfant ne ressemble que fort peu à la liberté de l'adulte ; quoiqu'on puisse faire appel de très bonne beure à la raison spécifique qui sommeille en lui, on ne saurait vouloir qu'il s'en serve pour se diriger lui-même ou pour acquérir par le raisonnement réfléchi les connaissances jugées nécessaires. Car si, comme dit le programme des écoles normales, « l'obéissance est la moralité des enfants », l'imitation, qui n'est qu'une obéissance intellectuelle, est leur principale science, l'une etl'autre impliquant la soumission de la jeune conscience à une volonté étrangère.

A vrai dire, jusqu'à cinq ou six ans les élèves des classes enfantines n'apprennent pas grand'cliose, ou du moins, les connaissances qu'ils acquièrent lentement, ne les mettent guère en

1. M°" KergomarJ elle-même, malgré ses protestations réitérées contre le dressage mécanique, préconise des procédés où, somme toute, c'est la directrice qui a presque toute l'initiative. V. dans VÉduc. matern., pp. 124, 130, 198, 223, etc.. Le chap. vi a pour titre : L'éducation. ensemble de bonnes habitudes.

13S I.ICDLM: VTION i:ST-IiLLE I^N DUESS.VGE?

avance sur coiix de leurs condisciples qui commenceroul à l'cccvoir riuslrucliou scolaire vers leur seplièuie année; il arrive souvent que ceuxci. aprcs lin ou deux: ans d'éludés communes, pronueiil les devants et ne se laissent plus rattraper. Je sais des instituteurs qui préfèrent recevoir à l'école élémentaire des élèves non dégrossis |)ar le travail préparatoire de la classe enfantine; ils font valoir entre autres raisons, que les écoliers habitués à la méthode du travail attrayant sont eu général moins capal)les d'aj)plication que ceux qui, dès le premier jour, aj)pi'eiiuenl à faire alterner le travail avec le jeu , ils |)('iiseiil. avec \V. James', qu'on peut rendre l'élude intéressante sans la transformer en amusement .

Les considéraLions qui précèdent, ne tendent nullement à diminuer l'importance des services rendus parles écoles maternelles. Sans doule, ridiNiI poiii- un petit enfant serait de pousser en pleine liberté, sous l'œil attentif d'une mère (M'iairée qui, sans viser à l'instruire, lui raconte- •rail de merveilleuses histoires, saurait répondre à toutes ses questions et ne gênerait ses mouve-

I. Cintserics pcdai/Ofjiijiuen. 'riad. Piiloiix, 2'' vd., \u KIO fl'.iiis, !■■ Air.in .

l.A PART DU DRESSAGE DANS L'ÉDUCATION. 139

ments que pour l'empêcher de contracter de mauvaises habitudes. Mais tant d'obstacles, d'ordre psychologique et social, s'opposent à ce qu'un tel bonheur devienne le lot de la majorité, que les jardins d'enfants répondent à une nécessité fondamentale. A supposer que la culture intellectuelle qu'on y reçoit ne contribue pas beaucoup aux progrès ultérieurs de l'instruction, il reste que la plupart des élèves y bénéficient d'une éducation morale et physique qui contrebalance les influences pernicieuses de la rue, parfois même du foyer'. Dans la moyenne des cas, il en est des instincts qui s'éveillent dans l'enfant comme de presque toutes les tendances qui s'organisent peu à peu, même dans la personnalité de l'adulte. En soi, l'amour-propre, l'ambition, la curiosité, le besoin d'action, ne sont ni bons, ni mauvais; leur valeur dépend surtout des objets habituels qui les sollicitent. Bien plus, des inclinations réputées mauvaises, par exemple l'orgueil, la colère, peuvent se transformer en des passions généreuses et fonder des caractères d'une haute noblesse. Or, c'est au moment où une tendance commence à deve-

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