‹ Du dressage à l'éducation. --Chapitre 6 sur 52 · V. sur le mécanisme du cheval VEquitation pratique du · texte numérisé non relu

V. sur le mécanisme du cheval VEquitation pratique du

Mendousse. 2

18 PHILOSOPIIIK DU DRESSAGE.

qui se termine à son extrémité antérieure par une masse pesante, toute une théorie de l'équitation repose sur les principes de mécanique qui permettent de tirer de cet ensemble les mouvements les plus rapides, les plus harmonieux ou les plus efficaces tout en réalisant la plus grande économie de force possible. Dans l'espèce un tel point de vue se justifie d'autant mieux que cette macliine obéit presque constamment à une impulsion directrice exercée par le cavalier ou le cocher à l'aide de moyens proprement matériels, tels que la pression des genoux, la tension des guides, etc. Dans le système dynamique formé par le moteur humain, les organes transmetteurs du mouvement et cet appareil de locomotion qu'est le cheval, il y a si peu de place pour la spontanéité de celui-ci, que si l'on s'aperçoit qu'il devine d'avance le mouvement à ^exécuter, on a tout intérêt à lui en demander un autre, car il importe avant tout qu'il soit attentif aux indications actuelles du cavalier. Dans ces conditions la partie psychologique du dressage, sans être limitée aux procédés dont dispose le cavalier pour se faire comprendre et

cap. (le Hii i:nac, — VÉlevage et dressage du Cheval, par G. Ronnefon, otc.

obéir \ est relativement restreinte, au moins dans les débuts; mais elle gagne en importance à mesure qu'on s'adresse à des bêtes qui, sans être toujours mieux douées comme instinct ou intelligence, présentent cette particularité d'accomplir les actes qu'on leur demande à une certaine distance du dresseur et sans lui être rattachées par un lien matériel. Il va de soi que dans cette élude nous ne parlerons que du dressage psychologique, bien qu'il soit loin de prédominer dans tous les cas.

Le dressage est psychologique quand il met en œuvre, pour arriver à ses fins, non seulement l'activité réflexe ou instinctive du sujet mais encore ses tendances acquises ainsi que l'espèce d'afTectivité et d'intelligence qui lui est propre. A mesure qu'on monte les degrés de l'échelle animale, les facultés auxquelles on fait appel et, par suite, les moyens employés se compliquent progressivement, sans qu'aucune des ressources utilisées aux échelons inférieurs puisse être entièrement négligée dans le traitement des sujets les plus élevés en organisation psychique.

1. V. sur ce point G. Le Bon, Les bases psuchologiques du dressage. Rev. phiL XXXVIII; — l'Équitatioti actuelle et ses principes.

En effet, dans ce domaine comme dans bien d'autres, s'il est impossible de ramener le complexe au simple, les propriétés de la synthèse à celle des éléments analysés, par contre il n'existe pour ainsi dire pas, dans les organismes rudimentaires, de tendance qui ne se retrouve aux termes supérieurs de la série, soit qu'elle ait gardée une certaine autonomie, soit qu'elle fasse partie d'une fonction psycho-physiologique de création récente. D'ailleurs, si la psychologie comparée était assez avancée pour tenter avec succès une classification zoologique, fondée à la fois sur la complexité croissante des instincts et le niveau ascendant des fonctions intellectuelles, l'ordre qu'elle établirait entre les espèces diflererait sensiblement de celui qui résulte de leur organisation anatomique. On sait que, d'après M. Quinton, les oiseaux représenteraient le plus parfait des types biologiques apparus au cours de l'évolution terrestre. Or, dans le tableau noologique dressé par M. llachet-Souplct, les deux divisions supérieures ne comprennent aucune espèce appartenant à cette classe. 11 est vrai que lîomanes semble attribuer, à quelques espèces, dans l'exposé des faits qu'il rapporte, des facultés affectives, intellectuelles et morales,

même un sens de la légalité', ne différant guère qu'en degré des fonctions mentales particulières à l'homme. Cependant dans son tableau synoptique les oiseaux n'occupent que le quatrième rang, leur compréhension n'allant que jusqu'à la reconnaissance des images et à l'intelligence des mots, tandis que celle des carnivores, des rongeurs et des ruminants s'élèverait jusqu'à la compréhension des mécanismes, celle des éléphants jusqu'à l'usage des outils-, celle des singes et des chiens jusqu'à la moralité indéfinie. On peut objecter que la plupart des anecdotes relatées par le naturaliste anglais n'ont pas été observées par lui, mais obtenues de seconde ou de troisième main, et sont par suite d'une valeur très inégale; de plus, les étapes de l'évolution mentale restent indéterminées puisque les animaux sont étudiés dans l'ordre zoologique et non dans celui que rendrait nécessaire l'enrichissement progressif de l'activité psychologique.

Or la première condition qui s'impose au

1. V. les peu vraisemblables anecdotes sur les tribunaux de Corneilles, Litellig. des animaux, II, pp. 82-85.

2. On sait que, d'après M. Bergson, ce serait là le critérium par excellence de l'intelligence en tant que différente de l'instinct.

dresseur, c'est de connaître la mentalité de l'espèce à laquelle appartiennent ses sujets : la fécondité des procédés qu'il pourra employer est subordonnée pour une grande part à cette connaissance initiale. Sinon, il est condamné d'avance à des tâtonnements inévitables, et s'expose à des maladresses parfois assez graves pour acculer l'élève et le rendre à peu près inéducable. Cependant les essais à pi-iofi accomplis en ce sens présentent cet avantage précieux, s'ils sont conduits avec méthode, de réaliser de véritables expériences psychologiques, « des expériences pour voir », jetant plus de lumière sur la conscience animale que les observations les plus minutieuses. C'est ainsi que M. Hachet- Souplet a pu répartir les animaux suivant leurs facultés psychiques en trois grandes classes, caractérisées respectivement par l'excitabilité simple, la mémoire fonctionnelle, le discernement intellectuel, selon que prédominent comme moyens éducatifs correspondants l'excitation, la coercition, la persuasion. Au premier groupe appartiennent les protozoaires, au second les mollusques, les crustacés, les poissons, les reptiles, certains mammifères tels que le buffle, le daim, le bélier, etc. ; au troisième un grand

nombre d'oiseaux et d'insectes ainsi que la plupart des mammifères. Ces deux derniers groupes, surtout le troisième, contiennent plusieurs subdivisions fondées sur la complexité croissante du cerveau et des instincts, sur l'ouverture de plus en plus large de l'intelligence.

A première vue la progression intellectuelle ne serait pas le meilleur critérium de l'éducabiliié puisque les espèces les plus intelligentes, et dans chacune d'elles, les sujets les mieux doués, semblent réfractaires aux procédés habituels du dressage, du moins si l'on considère celui-ci comme la création d'un automatisme rigide; un singe est plus difficile à routiner qu'un chien, un chien plus qu'un chevalet ainsi de suite. En effet les opérations actives de l'intelligence, perception, abstraction, généralisation, etc., impliquent toutes la possibilité pour le sujet de dissocier certains caractères du tout dont ils font partie dans la nature, et de les relier, non pas nécessairement à ceux qui les ont accompagnés une première fois, mais à ceux qui leur étaient unis dans d'autres expériences, ou bien même à ceux qui n'ont plus avec les premiers qu'un rapport d'analogie plus ou moins lointain. Mais précisément pour cette raison, si l'on considère l'édu-

cation animale comme la création d'une spontanéité nouvelle capable d'utiliser les habitudes motrices en fonction des circonstances, l'intelligence devient la faculté maîtresse dont les degrés mesurent en général chez un sujet donné la valeur des services qu'on est fondé à lui demander. Seulement dans ce cas le temps nécessaire pour lui faire accepter et accomplir régulièrement les exercices demandés est beaucoup plus long que si l'on se bornait à utiliser les instincts priniaires ou secondaires. Que l'on considère, pour se rendre compte de la différence des résultats, ce que devient une même aptitude que l'on a créée chez deux animaux d'espèce différente, en utilisant avec l'un la persuasion, avec l'autre la coercition, c'est-à-dire la mise en œuvre d'un besoin instinctif. Un cheval à qui l'on a enseigné le rapport en l'habituant d'abord à saisir une serviette contenant de l'avoine, est en général plus vite rompu à cet exercice qu'un chien à qui l'on veut persuader de remettre au commandement un objet de nature variable qu'il va chercher dans des endroits toujours différents. Mais tandis que l'instructeur le plus habile ne tarde pas à trouver la limite des progrès que j)cut faire le cheval,

rien de tel ne se produit avec le chien, puisque, si l'on est parvenu à lui faire comprendre le service qu'on attend de lui, on peut, une fois dressé, l'envoyer chercher non seulement les objets qu'il a l'habitude de rapporter, mais encore tous ceux qu'on lui indique soit en les lui montrant, soit en les nommant ; car cet animal ne tarde pas à identifier les mots entendus avec les personnes ou les choses qu'ils désignent et même, ce qui est bien plus remarquable, avec des classes d'objets. Des noms tels que gâteau, biscuit, chat, canne, guêtre, chapeau, lapin, etc., finissent par acquérir dans son esprit une signification générique telle qu'il reconnaît et va chercher sans hésitation un spécimen delà classe différent à certains égards de ceux qu'il a vus jusque-là: aussi certains individus peuvent-ils devenir de bons commissionnaires.

Illusion anthropomorphique ! diraient sans doute certains biologistes modernes qui, dans leur dévotion pour les tropismes et les réflexes, refusent aux bêtes dont la conscience est le plus développée, toute opération mentale ressemblant au jugement, à l'abstraction, à la formation des concepts; tout au plus concèdent-ils qu'on parle d'associations entre des mouvements

et des sensations, à condition d'entendre cellesci comme des impressions cérébrales c'est-à-dire encore du mouvement '. Ce n'est pas ici le lieu de discuter sur l'existence et le rôle de la conscience animale, d'autant plus que, suivant les actes considérés, on serait enclin à adopter tantôt l'automatisme cartésien, tantôt les vues optimistes (le Romanes et d'Edm. Perrier, tantôt l'opinion moyenne de Leibniz. Pourtant un fait est certain : c'est que toute personne vivant dans la familiarité des bêtes, ne tarde pas à entrer en symimilùe avec elles au point que de part et d'autre, il y a comme des correspondances mentales donnant à chacun des deux, à l'homme et à la bête, l'intuition des dispositions affectives et jusqu'à un certain point des états représentatifs qui se produisent dans la conscience de l'autre. On sait quelle entente parfaite

1. V. en particulier dans le tome XIII de \ Année psychologique l'opinion de Rolin sur ce sujet. Cet auteur qui n'est pas loin de considérer le mouton comme plus intelligent que le chien, présente cependant comme troublant le fait d'un singe qui, n'arrivant pas à se servir d'une clef avec les mains, essaye avec les dents. — Que penser alors du coati qui, sous les yeux de Hachet-Souplot, prit une bandelette dans un tas de cliiffons et s'en servit pour traîner à reculons une chaise jusqu'à une cheminée sur laquelle était posé un œuf qu'il convoitait?

doit exister par exemple, entre le cheval et le cavalier. Elle s'exprime par un langage conventionnel qui leur permet d'être dans un rapport perpétuel aussi intime que possible. Comment à plus forte raison, les sujets qui reçoivent un dressage compliqué par persuasion, sans qu'intervienne presque jamais la contrainte .matérielle, subiraienl-ils l'influence de l'instructeur s'ils ne comprenaient ses intentions ? Puisque les inférences par analogie sont les seuls moyens que nous ayons de pénétrer dans la conscience d'autrui, il semble légitime d'en user dans les jugements que nous portons sur la mentalité des êtres vivants qui non seulement nous ressemblent par les traits essentiels de leur organisation cérébrale, mais de plus se montrent capables d'imiter notre pensée jusqu'à la traduire en actions.

Mais un dresseur s'illusionnerait s'il pensait arriver par la persuasion seule, en s'adressant à l'intelligence de son élève, à faire exécuter à celui-ci tous les actes dont il est physiologiquement capable. Une première difficulté provient de l'étourderie de l'élève, de son impuissance à maintenir dans la conscience une représentation pour en discerner les caractères ou

pour saisir les relations qui l'unissent à d'autres objets de pensée. Il y a longtemps qu'un esprit subtil, résumant en quelques termes d'une remarquable netteté une multitude d'observations pratiquées dans le grand laboratoire de la Nature, affirmait savoir de science certaine

Que (juand la bête penserait

La bête ne réflécbirait

Sur l'objet ni sur la pensée.

En effet l'intelligence ne suit pas les mêmes directions dans l'animal et dans l'homme. Tandis que les représentations propres à l'esprit humain tendent à prendre une valeur objective, celles de la conscience animale sont assujetties à la subjectivité de l'instinct. Analogues aux états affectifs, leurs éléments et leurs rapports se combinent de manière à faciliter les lins poursuivies par l'être vivant. En d'autres termes, tandis que notre pensée, comme l'a montré M. Bergson, présente ce caractère spécilique d'organiser la matière, en elle-même indillerente et impersonnelle, la frange d'intelligence qui borde l'instinct reste intérieure à la vie. Sans doute, elle dilfère de l'instinct en ce qu'elle porte sur des rapports et non pas sur des choses. Mais ces

rapports eux-mêmes, loin d'avoir dans le sujet une existence indépendante des termes à unir, restent asservis aux mouvements particuliers de l'organisme et par suite ne sont jamais entièrement libérés des fonctions physiologiques propres à l'espèce, de sorte que l'intelligence animale est, dans presque toutes ses opérations, conditionnée à la fois par les données sensorielles et par les réactions motrices qui distinguent un type spécifique de tous les autres. Par exemple, il est à peu près impossible de faire comprendre à un singe qu'il doit franchir une barrière à cause de sa tendance à grimper sur tout ce qu'il aperçoit^ On est obligé d'user de subterfuges et, somme toute, de recourir au dressage mécanique. Par contre, rien de plus facile que de le faire marcher sur une corde tendue. Un chien est d'autant mieux dressé, dans le sens le plus complet du mot, qu'il utilise davantage ses sensations olfactives ; car la représentation canine du monde est avant tout un système d'odeurs, comme la nôtre est en général un assemblage plus ou moins ordonné de formes et de couleurs. Aussi n'y a-t-il

Page 1