D£ LA TRANSMISSION DE LA PBOPBIIÉTE
Que la propriété n'est complète que si elle est transmissible par don ou hérédité.
Que rhomme Jouisse du produit de son travail , qu'il mange le fruit cueilli sur les arbres qu'il a plantés , rien n'est plus légitime , disent les sectaires que je combats. Ils accordent ainsi la propriété personnelle à celui qui l'a créée par son travail. La nature en effet, plus forte qu'eux, les confond, les oblige à se taire, en présence de ce fait si simple , si visiblement irréprochable , de l'homme portant à sa bouche le fruit qu'il a fait naître. Us vont même plus loin dans leurs concessions : ils admettent que Phomme possédera plus ou moins, suivant qu'il aura été, dans sa vie , plus ou moins habile, plus ou moins laborieux , que l'un dès lors aura beaucoup, l'autre peu, et ils accordent, par
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conséquent 9 cette première inégalité de biens, résultant de l'inégalité naturelle des facultés de Thomme. Mais là s'arrêtent leurs concessions. Que riiomme jouisse du fruit de son travail , s'écrient-ils , rien de mieux ; mais que le fruit de ce travail se transmette à un autre , que cet autre en jouisse dans l'oisiveté et dans les v ces que l'oisiveté engendre , voilà ce qui répugne à la plus simple équité ; voilà même ce qui Contrarie le résultat que la société avait en vue en consacrant la propriété, celui d'exciter le travail ; voilà enfln ce qui ajoute aux inégalités naturelles que Dieu a établies entre les hommes en les douant inégalement, des inégalités artificielles , qui font qu'un fils paresseux , incapable , parce qu'il a hérité d'un père laborieux et capable, vit au sein de toutes les jouissances, tandis qu'à côté de lui un autre individu , privé du même avantage, vit dans la plus profonde misère. La propriété, étendue jusqu'à devenir héréditaire, arrive ainsi à des conséquences qui sont en contradiction avec son principe , et qui ne sauraient être admises.
C'est effectivement le point , non pas difficile , mais compliqué, du sujet que je traite, car
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la question, semblable à un fleuve qui en s*éloignant de sa source forme des détours plus nombreux, la question s^étend, se développe, se mêle à une foule d'autres^ Néanmoins , ce que les adversaires de la propriété nient, je l'affirme ; ce qu'ils contestent, je le soutiens comme indispensable, et voici mes assertions en regard des leurs :
La propriété est ou n*est pas; . Si elle est , elle entraîne le don ; Si elle entraine le don, elle l'entraîne pour les enfants comme pour les indifférents;
Elle l'entraine durant la vie du père, comme à sa mort;
Loin de favoriser Toisiveté par cette extension , elle ne devient au contraire un stimulant puissant, infini du travail, qu'à la condition de pouvoir se transmettre du père aux enfants ;
Enfin les inégalités nouvelles et plus grandes' qui en résultent, sont absolument nécessaires, et coitiposent Tune des harmonies les plus belles, les plus fécondes de la société humaine.
En un mot, la propriété ne donne tous ses efTets, les meilleurs , les plus féconds, qu'à la
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condition d'être complète, et de devenir de"personnelle héréditaire.
Telles sont les propositions que je vais , dans les chapitres suivants, m'efTorcer de rendre claires jusqu'à exclure, je l'espère, toute contestation.
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