‹ Du droit de propriétéChapitre 14 sur 22 · DE L HÉRÉDITÉ · texte numérisé non relu

DE L HÉRÉDITÉ

Que du don résulte pour le père la faculté de donner à ses enfants, pendant sa vie ou à sa mort.

On m'accorde que le don est l'une des manières nécessaires, incontestables, d'user de la

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propriété. M iintenant faisons un pas de plus. Quoi, je pourrais donner aux indifférents, à ceux qui ne sont rien pour moi , mais dont la souffrance m'a touché , et je ne pourrais pas donner à ma fenune , à mes enfants , à ma femme qui partagea ma vie, à mes enfants qui sont issus d'elle et de moi , à ces êtres qui me sont plus chers que ma propre personne ! Quand ils ont faim, quand ils ont froid , si je ne suis pas dépravé , j'ai plus faim , j'ai plus froid en eux qu'en moi. Leurs besoins sont les miens , et me stimulent plus que les miens même. Dès lors ne me permettrez-vous pas de choisir entre les besoins que j'éprouve , de satisfaire d'abord ceux que je ressens plus vivement, et d'apaiser une faim plus pénible pour moi que celle qui se fait sentir dans mon propre estomac? Vous me permettrez donc de nourrir mes enfants avant de me nourrir moi-même. Ce n'est pas tout d'ailleurs. Ces enfants , il faut bien que pendant une partie de leur vie quelqu'un les soutienne, car pendant un quart au moins de cette vie , ils sont trop faibles pour pouvoir se suffire. Dans l'état sauvage , par exemple , il faui monter aux arbres pour cueillir d«ft fruits;

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dans la société civilisée , on ne trouve le pain qu'après l'avoir gagné. Mais si quelqu'un doit les nourrir, qui se chargera de ce soin , si ce n'est moi , moi leur père , qui suis l'auteur de leurs jours? L'aigle, l'hirondelle « me donnent cet exemple qu'apparemment vous me permettrez de suivre! — Assez, assez, me diront encore mes contradicteurs ; vous démontrez ce qui n'a pas besoin d'être démontré. — Mais où dose fautril que j'aille dans cette voie, pour trouver ce qui a besoin de démonstration?

La propriété n'est pas si je ne puis la donner aussi bien que la consommer : on m'accorde ce point. Si je puis la donner aux indifférents , à plus forte raison pourrai-je la donner à mes enfants, qui même en ont un indispensable besoin pendant une partie de leur vie : on m'accorde cet autre point. Je puis par conséquent donner à autrui, et dans autrui je puis, je dois préférer mes enfants. Où donc commence la difficulté ? Au moment où je vais mourir, c'est-à-dire que je pourrais donner à toutes les époques de ma vie, excepté à celle de ma mort. Quoi, ce serait là l'unique différence , entre le droit que je réclame et celui qu'on me conteste ! Mais cette

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différence serait ou nuile , ou barbare , ou tm- IMWsible.

Entrez dans l'asile domestique , placez^vous dans cet intérieur sacré , et dites-moi si vMii pouvez y pénétrer d'une manière assez certaine, assez supportable, pour empêcher que le père ne livre à son fils ce qu'il veut lui léguer au moment de sa mort? Si vous permettez à un père de donner de son vivant et non à sac mort) il aura soin de se dépouSIer de son vivant même. Il donnera un jour, une heure avant d'expirer, delà main à la main, les biens mobiliers, facilement transnûssibles au chevet d'un mourant, tels qu'argent, jûerres précieuses , ou valoirs de piliers inventées pour la commoditédu commerce. Les valeurs immobilières, plus difficiles à transmettre , telles que terres , matsons, objet s encombrants, il les donnera un an, deux ans, dix ans avant qued'expicer,ou-bien il les vendra, et les avilira pour les convertir ei> valeurs transmissibles à volonté. En un mut, il aura obvié à votre loi en se dépouillant de son vivant. Mais , de celte (Aligation que vous lui aurez imposée de se dessaisir avant de mourir, il naîtra deux conséquences. Le bon père pourra.

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être puni de sa bonté, le mauvais père réooiihpensé de son égoïsme. Le bon père, se dépouillant avant sa mort, trouvera peut-être un fils ingrat, ne pourra pas planter un arbre, creuser un ruisseau, dans ce champ qu'il aura donné à son fils, et vivra comme un étranger au milieu de cette opulence qu'il aura créée , et dont il se sera privé avant le temps, de peur que son fils ne pût la recueillir. Le mauvais père , au contraire , qui n'aura pas voulu se dessaisir, ou le lâche père qui n'aura pas su envisager l'idée de la mort pour assurer l'avenir de ses en£wts , jouira de son bien, en jouira ep maître jusqu'à la fin de ses jours. Ainsi le bon père aura été dépossédé , le mauvais aura possédé jusqu'à sa dernière heure!

A ces odieux résultats n'allez* vous pas m'arréter encore et me dire : Assez, assez ! — Oui ^ il faut s'arrêter, car il est évid^t que la nature ayant mis dans le cœur de l'homme, et surtout de celui qui est bon , un penchant invincible à transmettre ce qu'il possède à son fils, l'asile domestique étant impénétrable, le père donnera à ses enfants, quoi qu'on fasse, la plus grande partie de ses biens, de la main à la main, les dé-

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apurera pour les rendre plui faeilenient tnuumîssibleB , ou , s'il ne peut les dénaturer , s'en défxnnllera avimt sa mort , pour être pluB assuré d'en fidre un usage eonforme à son ocair. Dès lors le législateur , ctrtain de produire des monstruosités s'il s'obstine à contrarier la nature , et d'être d'ailleurs déscrfiéi en voulant la contrarier, disposera le père de ces odieuses précautions, et accordera qu'à sa mort ses tôens passenmt de plein dtt>it à ses enfants; il accor- 'dera en un mot l'hérédité de la prqniété.

Et TOf ei Combien seraient absurdes les conséqseuces d'une prescription contraire! Le père, TOUS td-je dit, ne pourrait pas donner les terres, les misons, les objets saisissables, mm il donnerait malgré vous les objets mobiliers, iniusisBaMesl, transmissibles de la m^ à la main, une heure avant d'expirer ! La Iransmisàon du p^ au fUs esisterait pour certaines ebotes et non pour certaines autres ! Mais il y en a de bien plus précieuses , dont toutes les prescriptions du monde n'empêcheraient pas la transmission. Celui-ci est un ouvrier habile, il a un secret pour tremper les métaux ; celui-là

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est médecin et il a un secret pour guérir : Tem- ^ pêcherez-YOUs, à son lit de mort, de se pencher à Toreille de son (ils et de lui assurer une fortune en lui disant un mot ? Un autre fut un grand politique, il eut la prudence en partage; un autre encore fut un grand capitaine , il eut la gloire. Ëmpêcherez-Yous le premier de trans-. mettre sa prudence à son ûls par les leçons de toute sa vie ? Ëmpêcherez-yous le second de lui léguer sa gloire , seulement en lui léguant son nom? Un troisième , mêlé à toutes les affaires de sa patrie^ a des opinions religieuses et politiques qui lui sont chères; vous ne l'empêcherez pas apparemment de les. inculquer à ses enfants. Et quand les choses morales, qui doivent être les plus précieuses de toutes à vos yeux, si vous n'êtes pas un législateur voué au culte de la matière, se transmettent inévitablement, les choses matérielles, parce qu'elles sont] matérielles , ne se transmettraient pas ! L'argent peut-être, le diamant, comme les plus transmissibles après ces choses morales, passeraient aussi d'une génération à l'autre; la terre seule , quand le père n'aurait pas songé à s'ea

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d^fKHiiller, serait retenue ou passage ! S(Higezvous Inen à ces monstruosités? M'en êtes-TOus pas eonfus^ sophiste intrépide ?

Je tiens donc comme surabondamment démontrées les propositions suivantes :

Le don reconnu runedesmanièresnéeessaîres d'user de la propriété , le don est înévitaMe , surtout au profit des eniants;

Il est inévitable à toutes les époques de l' eiis* tenee du père, et il faut, en accordant de plein drdt la transmission de ses biens à ses enfants, au moment de sa mort , le dispenser de se dépouiller pendant sa vie.

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