‹ Du droit de propriétéChapitre 2 sur 22 · AVANT. PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT. PROPOS

Puisque la société française en est arrivée a cet état de perturbation morale , que les idées les plus naturelles , les plus évidentes, les plus universellement reconnues, sont mises en doute, audacieusement niées , qu'il nous soit permis de les démontrer comme si elles en avaient besoin. C'est une tâche fastidieuse et difficile, car il n'y a rien de plus fastidieux, rien de plus difficile que de vouloir démontrer l'évidence. Elle se montre, et on ne la démontre pas. En géométrie, par exemple, y a ce qu'on appelle les axiomes , auxquels on s'arrête , quand on y est arrivé , en laissant éclater leur évidence même. Ainsi on vous dit : Deux lignes parallèles ne doivent jamais se rencontrer. On vous dit encore : La ligne droite est le chemin le plus court d'un point à un autre. — Parvenu à ces vérités, on ne raisonne plus, on ne discute plus,

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on laisse la clarté du fait agir sur l'esprit , et on s'épargne la peine d'ajouter que, si les deux lignes devaient se rencontrer , c'est qu'elles ne seraient pas à une distance constamment égale l'une de l'autre , c'est-à-dire point parallèles. On s'épargne encore la peine d'ajouter que, si la ligne tracée d'un point à un autre n'était pas la plus courte , c'est qu'elle ne serait pas^ exactement droite. En un mot, on s'arrête à l'évidence, on ne va point audelà.

Nous en étions là aussi à l'égard de certaines vérités morales , que nous regardions comme des axiomes indémontrables à cause de leur clarté même. Un homme travaille et recueille le prix de son travail ; ce prix, c'est de l'argent ; cet argent il le convertit en pain , en vêtement , illeconsonmieenfin; ou s'il en a trop il le prête, et on lui en sert un mtérêt dont il vit ; ou bien encore il le donne à qui il luiplatt, à sa femme, à ses enfants, à ses amis. Nous avions regardé ces faits comme les plus simples , les plus légitimes, les plus inévitables, les moins suscepti- Ues de contestation et de démonstration. Il n'en

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était rien pourtant. Ces ftdta, nout dit-on au* jourd'hui, étaient des actes d'usurpation et de tyrannie. On cherche à le persuader à la multitude émue y étonnée, aouflrante; et tandis que j nous reposant sur Tévidence de certaines propositions, nous laissions le monde aller de soi , comme il allait au temps où un grand po* litique a dit : 7/ monda va da iê , nous l'avons trouvé miné par une fausse science , et il faut , si on ne veut pas que la société périsse, prouver ce que, par respect pour la conscience humaine^ on n'aurait jamaisautrefois entrepris de démon** trer. Eh bien, soit; il faut dérendre la société contre de dangereux sectaires, il faut ta d^endre par la force contre les tentatives armées de leurs disciples, par la raison contre leurs sophismes , et pour cela nous devons condamner notre esprit, celui de nos contemporains, à une démonstration lente , méthodique , des vérités jusqu'ici les plus reconnues. Oui , raffermissons les convictions ébranlées, en cherchant à nous rendre compte des principes les plus élémentaires» Imitons les Hollandais^ qui m appiwaiit

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